4 formats surprenants pour sensibiliser à nos impacts

Par

Marie-Pierre Demarty

Le

Goûter 4V avec l'association ARTS
La Clermont Innovation Week avait cette année pour thème « Surprise ! ». Dans les propositions d'animation orientées vers la sensibilisation aux enjeux écologiques, j'ai donc cherché les formats les plus surprenants. J'en ai testé quatre... avec gourmandise !

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Le pourquoi et le comment   [cliquer pour dérouler]

Pour quelqu’un qui comme moi piste toute l’année les initiatives s’attachant à répondre aux enjeux environnementaux, la CIW est une aubaine. Il y a l’embarras du choix, jusqu’à en avoir le tournis. C’est comme entrer dans un magasin de bonbons.

Pour ne pas frôler l’indigestion, j’ai cherché ce qui me semblait le plus surprenant, réjouissant, drôle ou fun pour aborder des sujets qui en soi sont plutôt inquiétants et n’incitent pas à l’optimiste.

Verdict : ça fait du bien. Tout en rappelant quelques notions qui nous encouragent à faire mieux et plus, à persévérer dans l’apprentissage des bonnes postures et à appeler à la mobilisation solidaire de tous.

Et encore une fois, redire et démontrer que se mobiliser pour un avenir vivable peut aller de pair avec la gourmandise, les aventures sympathiques, la rigolade et les échanges chaleureux.

Bref, j’ai kiffé.

Marie-Pierre

Trois infos express   [cliquer pour dérouler]

  • Économie circulaire, engagement des entreprises, lutte contre la fast-fashion, alimentation saine pour soi et la planète… Tous les sujets de la thématique environnementale ou presque étaient de sortie pour la Clermont Innovation Week. Avec pour thématique la surprise, ça s’annonçait réjouissant.
  • Formats étonnants testés pour cet article : entrer en contact avec des déchets recyclables en devinant au toucher le contenu de 6 poubelles ; jouer à l’entreprise qui émettra le plus de carbone pour réviser les ordres de grandeur ; rencontrer des raccommodeuses, tricoteuses et brodeuses tranquillement installées en plein centre-ville au milieu des passants pour les sensibiliser aux méfaits de la fast-fashion ; confectionner un sain et savoureux goûter en appliquant les règles établies scientifiquement pour prendre soin de sa santé et de celle de la planète.
  • Résultat du test : de sympathiques rencontres, une belle ambiance et autant que possible… la promesse de tenir ses bonnes résolutions.

« Je propose 89 animations en 13 jours, réparties sur toute la métropole de Clermont, organisées par toutes sortes d’institutions, associations, structures scientifiques, groupes de chercheurs ou réseaux d’entreprises, dans l’effervescence et l’émulation. Je suis… je suis… »

La Clermont Innovation Week, bien sûr !

Un événement composé de plein de petits événements, qui se définit comme une « mise en lumière des acteurs qui font de notre territoire, un territoire innovant et scientifique ». Parmi toutes ces propositions, 17 étaient classées dans la rubrique « développement durable ». Et parce que la thématique de cette neuvième édition incitait chaque initiative à se montrer surprenante, j’ai voulu tester quelques formats particulièrement inventifs, joyeux, ludiques, inspirants. Histoire de confirmer (s’il en était besoin) que les sujets environnementaux et la sensibilisation aux enjeux qui conditionnent notre avenir sont tout sauf tristes et punitifs.

Voici quatre formats qui m’ont beaucoup amusée, sans compter la convivialité, les rencontres, les discussions, les boissons à la rose ou à la spiruline et la révision de quelques notions à avoir en tête.

Et puisque c’est mon jour de générosité, je vous en offre un cinquième qui ne va pas du tout vous surprendre.

1. Fouiller les poubelles à l’aveugle

Oserez-vous mettre la main dans la poubelle sans regarder ? Et saurez-vous reconnaître au toucher les déchets qui s’y trouvent ?

Dans un atelier dédié à faire comprendre l’intérêt de l’économie circulaire, il y a forcément un moment où on parle de déchets. Car il s’agit de se défaire d’un modèle d’organisation linéaire, où nous consommons beaucoup et où nous jetons tout ce qui ne sert plus, en produisant des rebuts définitivement inutilisables. Jusqu’à épuisement des ressources.

Quitte à parler déchets, autant prendre contact très concrètement avec le sujet. Claire, l’animatrice de cet atelier proposé par le réseau ECI des acteurs de l’économie circulaire, avait imaginé comme petit exercice introductif de nous faire découvrir au toucher et deviner quels matériaux recyclables se cachaient dans six petites poubelles.

Certains contenus étaient faciles à trouver : bouchons de bouteilles plastique, broyat, chaussettes, frisure d’emballage. Mais d’autres matières nous sont moins familières : les billes de plastique obtenues à partir des plastiques récupérés du tri, pour les expédier sous forme exploitable vers les fabricants de pulls en laine polaire et autres recycleurs de cette matière très polluante. Exercice encore plus difficile pour les petites billes de cire d’abeille qu’on peut utiliser pour les bee-wrap : personne n’a trouvé, même pas celle qui nous a dit pratiquer cette méthode de fabrication d’emballages alimentaires écologiques.

Plus classique mais toujours efficace et ludique, le format de la fresque, en l’occurrence celle de l’économie circulaire, constituait la suite de l’atelier.

Le reste de l’atelier était plus classique pour qui est familier des fresques. Celle de l’économie circulaire permet dans un premier temps de mesurer l’absurdité de transformer toutes les ressources en déchets et de prendre conscience des nombreux impacts générés. Ensuite, on passe au modèle d’organisation circulaire, grâce auquel on va comprendre tout l’éventail des possibilités de faire différemment : que ce soit durant le temps de la fabrication d’un objet, durant son usage et après la fin de son utilisation.

Le but étant de réduire notre consommation, de réutiliser, recycler, restituer à la terre tout ce qui peut l’être et même « refuser », c’est-à-dire éviter de produire des déchets : soit la fameuse « règle des 5 R ». Les moyens d’entrer en circularité sont multiples et peuvent se pratiquer aussi bien à l’échelle des entreprises qu’à celle des particuliers : éco-conception, mutualisation, achats en vrac, seconde main, consigne, réemploi, réparation… N’en jetez plus !

Pour les entreprises et autres structures intéressées : le Réseau ECI, regroupant les acteurs de l’économie circulaire du Puy-de-Dôme, est en train de se structurer. En savoir plus ici.

2. Se mettre dans la peau du grand méchant

Et si pour changer, on jouait au grand méchant pollueur ?

« Make pollution great again ! On veut la roadmap qui pulvérise les émissions de carbone ! Et pour y arriver, on vous a mis en compétition ! » Pas très habituelle, l’entrée en matière de Julia, qui animait avec Clément cet atelier proposé par la Digital League intitulé « Mon entreprise est irresponsable, et alors ? ».

Pour mettre un peu de fun et d’originalité dans une proposition calquée sur le modèle des ateliers « 2 tonnes », ils se sont amusés à retourner le concept. Par équipes de trois ou quatre participants, nous avons joué à faire les choix les plus polluants et émetteurs de gaz à effet de serre possible. En quatre manches, et en choisissant parmi les cartes proposées celles qui provoquent les plus gros impacts, il fallait bien connaître les ordres de grandeur pour marquer des points.

Voyons voir… Vaut-il mieux multiplier les visios ou accumuler ses mails avec grosses pièces jointes ? Circuler avec une flotte de camions diesel ou travailler pour le jet privé de Bernard Arnaud ? Placer ses bénéfices dans les entreprises d’énergies fossiles ou investir dans une turbine à gaz ? Faire des repas d’affaires très carnés ou renouveler les smartphones pro tous les six mois…

Parmi toutes les cartes de « décisions stratégiques » proposées, lesquelles choisir pour marquer le plus de points d’émissions de CO2 ?

Néophytes ou connaisseurs du sujet, nous avons tous délibéré, cogité, hésité, fait des erreurs, argumenté. Et mine de rien, nous avons révisé les ordres de grandeur, pris note de petits gestes faciles à mettre en œuvre mais tout de même efficaces, découvert que laisser tourner des requêtes serveur 24/7 pour un jumeau numérique, « c’est comme se balader à longueur de journée avec une perceuse électrique allumée » (dixit Julia). « Ce n’est pas toujours facile à arbitrer mais il faut creuser, service par service, pour comprendre ce qui peut être amélioré », souligne-t-elle encore.

Au bilan de ces deux heures de défouloir, les participants ont trouvé l’exercice « inconfortable » et « stimulant », gardent en tête la complexité du sujet et son caractère multidimensionnel. Pour ma part, j’étais dans l’équipe des Brûleuses de Forêts et nous avons terminé à la dernière place. Vous savez quoi ? Je n’ai jamais été aussi fière d’avoir perdu !

Pour en savoir plus sur le réseau des entreprises du numérique Auvergne-Rhône-Alpes, consulter le site internet de la Digital League.

3. Raccommoder en plein air

Raccommoder ses vêtements plutôt que les jeter, c’est bien. Le faire en pleine rue pour inciter les passants à en faire autant, c’est encore mieux !

Peut-on encore acheter des tonnes de fringues, les porter même pas cinq fois avant d’inonder le marché de seconde main, de les donner pour la bonne conscience ou se réjouir du premier accroc qui sera un bon prétexte pour jeter et renouveler sa garde-robe ? Trop de gens ne se posent même plus la question. Et continuent de se servir sur les plateformes de fast fashion qui cumulent tous les non-sens de la planète.

Avertir ne suffit pas. Il faut montrer l’exemple. Comment ? Voici la recette.

Rassemblez un fauteuil pliant, un chapeau de soleil et votre ouvrage de couture du moment. Retrouvez les copines (pas beaucoup de copains) sur une place très passante du centre-ville, à l’heure de la sortie des bureaux. Surtout s’il fait beau. Installez-vous parmi la foule. Au choix : raccommodez, cousez, brodez, tricotez… Et laissez les gens s’arrêter, intrigués ; vous poser des questions. Engagez la conversation…

Jamais à court de bonnes idées pour défendre le réemploi, la créativité et les travaux d’aiguilles, le café-couture Flax a déployé le dispositif vendredi au fond de la place de Jaude, pile entre les deux centres commerciaux. Effet garanti.

L’intérêt du street-stitching, c’est surtout d’engager la conversation avec les passants.

En bon français, on vous parlera de street-stitching (prononcez « couture de rue »). C’est un joli moyen d’expliquer la vertu oubliée de ne rien gâcher des textiles que nous utilisons. J’ai pu ainsi découvrir cette nouvelle tendance si pratique consistant à repriser des chaussettes (ou autres vêtements) avec du fil contrastant avec le tissu plutôt que dissimuler la réparation en ton sur ton : à la fois pour mieux voir où on fait passer l’aiguille et exhiber avec fierté son souci de faire durer plus longtemps ses vêtements.

Autre siège pliant : voici une brodeuse professionnelle customisant une veste de seconde main en remplaçant l’ancien écusson par une joli motif tout en nuances de bleu. Tandis qu’une autre couturière improvisait une veste en assemblant les unes aux autres des pièces d’organdi coloré. Une autre encore était lancée à toutes aiguilles dans une création au point jersey…

Ce sympathique happening avait un autre but : informer sur d’autres événements de plus grande ampleur proposés par Flax le lendemain. Comptez sur les couturières pour ne pas perdre le fil de la mobilisation…

Pour découvrir le café-couture Flax, poussez la porte du 27, rue du Port à Clermont, ou consultez le site internet.

4. Préparer son goûter

Un atelier hyper gourmand où on met la main à la pâte… ou plutôt dans le fromage blanc.

Devant nous sur la table : du fromage blanc, des fraises (c’est de saison), des fruits secs de toutes sortes, du chocolat. Quoi encore ? Du miel, du sirop d’érable. Si j’en oublie, complétez…

L’objectif est de se servir parmi ces ingrédients, tous bio évidemment, pour réaliser la plus jolie préparation pour le goûter. La plus jolie, mais aussi la plus saine. Car bien manger n’est pas seulement une question de gourmandise. C’est aussi une histoire d’esthétique et surtout de santé. Non seulement la santé du dégustateur, mais aussi celle de la planète. Et pour cela, il y a la « règle des 4 V ».

Si vous avez suivi l’atelier proposé par l’association A.R.T.S., au moment de préparer le goûter clôture de l’animation, vous savez tout sur la règle en question, sur ses bienfaits, sur la façon de l’appliquer. Et vous n’avez plus du tout envie de piocher dans les rayons de supermarché des produits industriels. Car vous aurez compris qu’ils sont plein de pièges sensoriels pour vous attirer, et plein de trucs imprononçables figurant dans une liste d’ingrédients longue comme la liste des problèmes de santé qui vous guettent si vous avez l’habitude de vous en nourrir.

Vous l’aurez appris aussi : les 4 V sont pour « vrai, végétal, varié, vivant ». Autrement dit, pour vivre mieux, évitez les aliments ultra-transformés, la viande en excès, le régime pâtes-riz et privilégiez le bio, local et de saison. Dit comme ça, ce n’est pas très engageant. Mais en une après-midi nous avons décortiqué les concepts, exploré les mentions sur les paquets d’emballage, joué à essayer de reconnaître des légumineuses, ou à nommer des fruits et légumes classés par appétissantes couleurs, confessé nos péchés mignons et nos savoir-faire culinaires. Voire, nos plus ou moins grosses lacunes en cuisine.

Barres céréales-chocolat industrielles contre barres céréales-chocolat maison. A votre avis, qui l’emporte ?

Autre séquence : l’animatrice Alexia avait tenté de rivaliser avec des barres chocolat-céréales industrielles et nous a proposé de comparer celles-ci à sa friandise fait-maison. En dégustation, l’industriel s’avère plus croquant, plus sucré, moins friable, plus épais, en un mot plus attirant. Mais à l’épreuve de l’application Open Food Facts, qui vous renseigne bien mieux que le sommaire nutriscore, nous avons tous voté pour la version artisanale.

Comme dans toutes les animations proposées par l’association, celle-ci s’appuyait sur les recherches d’un chercheur, avec une caution scientifique, additionnée éventuellement d’une touche artistique. En l’occurrence, il s’agissait ici d’appliquer les conclusions des recherches d’Anthony Fardet, docteur en nutrition humaine travaillant à l’Inrae Clermont et auteur de plusieurs guides pour manger 4V.

Quant au goûter réalisé par nos soins, avec trois fois rien, en trois fois rien de temps, sans cuisson et totalement personnalisé, c’était la conclusion magique de mon périple dans les surprises de la Clermont Innovation Week. Un vrai délice !

Pour tout savoir sur l’association A.R.T.S. et ses animations pour petits et grands, dirigez-vous vers son site internet.

5. Dévorer Tikographie avec appétit !

Ce n’était pas au programme de la Clermont Innovation Week, mais c’est au programme toute l’année : pour mieux comprendre les enjeux environnementaux, notamment à l’échelle de notre territoire du Puy-de-Dôme, et découvrir ou faire découvrir encore plus d’initiatives sur ces sujets, lisez Tikographie. C’est gratuit, accessible à tous, entièrement réalisé à la main, local, joyeux et de saison.

Et pour ne rien perdre de nos publications, vous pouvez même vous abonner à notre lettre d’information. Vous aurez droit en plus aux modestes éditos de votre rédactrice de Tikographie préférée. Surprenant, non ?

Pour aller plus loin, quelques exemples variés d’articles à lire sur ces sujets :
> Comment la gratiferia bouscule nos habitudes de consommateurs
> Dans le Sancy, le tourisme entre dans la boucle du compost local
> Comment MS s’efforce de faire entrer le BTP dans l’ère du circulaire
> Pampa veut convertir l’Auvergne au réemploi du verre
> Terra Preta parie sur l’avenir des biodéchets de la ville

> Yoan de Macedo, numérique mais pas trop
> Flax aiguille les gens vers la capacité à coudre, s’habiller, créer… et s’intégrer
> Marie et Virginie veulent relooker nos habitudes vestimentaires
> Savoir quoi manger… si vaste question !

Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé du 23 au 25 avril 2026. À la une : le résultat de la dernière partie de l’atelier « alimentation saine et durable » où il s’agissait de préparer un goûter selon la règle des 4V.

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