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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
Comment dire ?
C’est innovant, c’est écologique, c’est circulaire, c’est collaboratif et c’est territorial.
Donc c’est dans Tikographie !
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- Trier les déchets alimentaires nécessite dans certains cas des solutions particulières, pensées sur-mesure pour un territoire. Notamment dans le secteur du Sancy, dont l’afflux touristique double ce type de déchets en haute saison. Lesquels déchets passent par les poubelles des professionnels de l’hôtellerie et de la restauration, pour qui les composteurs collectifs de quartier ne sont pas adaptés. Jusqu’à présent, ces « déchets touristiques » étaient donc acheminés jusqu’à Vernéa, près de Clermont, pour y être incinérés.
- Pour remédier à ce processus coûteux et peu écologique, le SMCTOM de la Haute-Dordogne et le Valtom ont coopéré pour créer une plateforme locale de compostage, équipement unique dans le Puy-de-Dôme inauguré vendredi à proximité de Saint-Sauves. Une collecte hebdomadaire a été mise en place dans les communes du Mont-Dore, de La Bourboule, Murat-le-Quaire et Saint-Sauves, pour les professionnels et les particuliers volontaires. Particularité, elle emporte non seulement les déchets, mais aussi les bacs, qui sont échangés pour des bacs propres et désinfectés.
- Au terme d’un chantier qui s’est déroulé en tenant compte des enjeux environnementaux diagnostiqués, la plateforme permet de vider et nettoyer les bacs, d’effectuer un dernier tri manuel puis de faire mûrir le compost, mélangé à de la matière sèche issue de la plateforme de broyage contiguë. Il sera enfin redistribué à des petits agriculteurs en proximité. Le processus inaugure ainsi une solution circulaire, collaborative, économique et réduisant la pollution et les émissions de carbone.
Jusqu’à quelques années en arrière, sauf à avoir un compost au fond du jardin, vos épluchures et autres déchets de cuisine et de repas étaient jetés dans la poubelle des ordures non triées. Où que vous habitiez dans le Puy-de-Dôme, ces déchets organiques étaient acheminés avec le reste de vos sacs poubelles vers un seul point : l’incinérateur du pôle Vernéa, où le tout est brûlé.
Problème : ces biodéchets sont composés d’eau à plus de 60 % (voire bien plus). On imagine facilement l’absurdité de les transporter sur des dizaines et des dizaines de kilomètres, quotidiennement, pour brûler de l’eau. D’autant plus absurde que ça pèse lourd, ça émet beaucoup de carbone, ça pollue sur les routes et bien sûr, ça coûte cher. Surtout, il y a d’autres solutions. Il fallait donc que ça change.
La loi y a aidé, contraignant les collectivités à proposer d’autres solutions à tous leurs habitants à partir de début 2024. On n’y est pas complètement, mais les choses ont bien avancé. Surtout dans le Puy-de-Dôme, très en avance sur ce sujet par rapport à la moyenne nationale. La solution la plus commune étant de proposer des composteurs collectifs partagés, par quartier ou par village. Dans la métropole clermontoise, les déchets alimentaires sont collectés dans une poubelle spécifique et acheminés vers le pôle Vernéa, qui contient aussi un dispositif de compostage.
| Lire aussi le reportage : « Valtom 1/2 : à quoi sert le pôle de valorisation des déchets de Vernéa ? » |
Situation particulière
Mais ces solutions communes ne sont pas adaptées à tous les territoires. Par exemple dans les zones très rurales, très éloignées du site de Vernéa, avec des périodes où elles deviennent très touristiques. Suivez mon regard… jusque vers Le Mont-Dore, La Bourboule et Murat-le-Quaire. En période de sports d’hiver, de cures thermales, de vacances d’été, hôtels et restaurants font le plein, mais ne vont pas s’amuser à apporter au compost de quartier les restes des repas servis.

Pour un tel territoire, le SMCTOM de la Haute-Dordogne, syndicat de communes en charge de la collecte des ordures ménagères, et le Valtom, syndicat de collectivités en charge de la valorisation de ces déchets ménagers pour l’ensemble du Puy-de-Dôme et le secteur de Brioude, se doutaient qu’il était possible de trouver autre chose.
On était en 2018. Après deux études, un vote à l’unanimité et un chantier de quelques mois entouré de beaucoup de précautions, un dispositif unique dans notre département a été lancé en mars et inauguré vendredi dernier. Il permet de collecter, traiter et redistribuer les épluchures, restes d’assiettes et même les déchets carnés sans qu’ils quittent le territoire. En quelque sorte, du champ à la cuisine… et retour. Détaillons ce « circuit circulaire ».
Acte 1 : équiper
Côté collecte, c’est le SMCTOM qui est à la manœuvre. Depuis juin dernier, les établissements de tourisme proposant de la restauration ont été équipés de bacs, du même type que vos poubelles grises ou jaunes, mais avec des particularités : « Ils sont légers, pour éviter les troubles musculo-squelettiques autant pour les restaurateurs que pour les agents de collecte, et ils sont équipés de filtres coco pour limiter les odeurs », expliquait Célia, guide-composteur du SMCTOM, lors de l’inauguration. Existant en deux tailles, ils sont aussi munis d’un QR code permettant le suivi, l’ajustement, le repérage des dysfonctionnements. Tout déchet alimentaire peut y être jeté, même les déchets de viande ou de fruits de mer.

Côté particuliers, ce sont des bacs plus petits, des sauts et des sacs kraft qui ont été distribués. Et 56 colonnes d’apport volontaire ont été installés. Sont concernées non seulement les trois communes touristiques, mais aussi Saint-Sauves, puisque comme on va le voir, la commune se trouve sur l’itinéraire de la collecte.
Acte 2 : collecter
Le SMCTOM s’est équipé d’un imposant camion, dont la remorque ornée d’un paysage à deux visages été-hiver ne passe pas inaperçu et attire l’attention sur son message : « Le tri dans le Sancy, c’est sans soucis ! ». À la différence d’un « camion-poubelles » classique, celui-ci embarque les bacs des restaurateurs et des particuliers, pas seulement leur contenu. En échange, chaque semaine, un bac propre et désinfecté leur est restitué.
« La première collecte auprès des professionnels a eu lieu le 16 juin auprès de 35 établissements. C’était un succès : nous avons récupéré une tonne de déchets la première semaine », poursuit Célia. Mais elle reconnaît que les débuts chez les habitants, en octobre, ont été « un échec cuisant »… qui s’améliore cependant progressivement.

Aujourd’hui la collecte dessert 70 établissements professionnels et l’objectif est d’arriver à 150 participants, détaille Bertrand, chef de projet biodéchets au Valtom. En basse saison, le camion récupère 2,5 tonnes par semaine, avec un potentiel de doubler le volume en haute saison, et de produire 150 tonnes de compost par an.
Les premières collectes, en attendant la création de la plateforme locale, ont été expédiées à Vernéa pour être traitées dans le méthaniseur. Depuis le mois dernier, les déchets alimentaires collectés restent sur le territoire de la Haute-Dordogne et ont désormais un destin purement local.
| Sur le centre de tri des emballages, lire aussi le reportage : « Le destin sélectif de nos poubelles jaunes » |
Acte 3 : composter
Car à la fin de sa tournée, le camion prend désormais la direction de l’ouest. Cap sur le site des Balusseaux, commune de Saint-Sauves, en rase campagne sur la route de Messeix. Jusqu’à présent, ce site appartenant au Valtom comprenait une petite déchetterie sommaire et surtout, un centre de transfert où les ordures ménagères du secteur sont centralisées et compactées avant d’être dirigées soit vers l’incinérateur de Vernéa, soit vers le centre de tri du Brézet. Détail important : il s’y trouve aussi une plateforme de broyat.
Et un grand bout de terrain, où a été aménagée la toute nouvelle plateforme de compostage. À la convergence des compétences du SMCTOM et du Valtom, et donc porté et financé par les deux instances, le nouvel équipement permet de réceptionner les bacs, les vider, puis les nettoyer et les désinfecter sur une petite structure métallique, pourvue d’un volant permettant la rotation de son axe. « Ça permet de retourner les bacs facilement, et de les traiter quatre par quatre », explique Gweltaz, maître-composteur qui poursuivait la visite inaugurale dans le local de travail.

Le vidage se fait dans une autre machine où un tapis roulant permet un dernier tri d’éléments indésirables (côté pros : vaisselle cassée ou échappée, dosettes de sauce et autres micro-barquettes de beurre ou de confiture ; côté particulier : surtout des sacs dits « compostables » mais qui ne le sont pas).
L’ensemble de ces opérations est réalisé par trois agents : un au vidage et au tri, les deux autres au nettoyage-désinfection.

La matière organique, poursuit Gweltaz, est ensuite « passée dans un broyeur industriel, à une maille de 12 mm, puis évacuée par une vis sans fin vers les alvéoles extérieures. » À ce stade, le compost est mélangé à de la matière sèche en provenance de la plateforme de broyage voisine, puis va commencer un parcours d’alvéole en alvéole, déplacé tous les 15 jours pour être ainsi aéré et permettre l’arrivée de la « fournée » suivante. Trois mois de mûrissement suivront ; puis un mois supplémentaire pour une analyse, qui sera systématique au moins dans les premiers temps.
Acte 4 : redistribuer
Il reste donc environ trois mois pour trouver des débouchés à cette précieuse ressource. Public visé : « Le but est de redistribuer le compost à des petits agriculteurs, maraîchers, producteurs de petits fruits, le plus près possible, c’est-à-dire sur le territoire du SMCTOM », explique encore Gweltaz. Une dizaine d’utilisateurs potentiels ont été repérés, ce qui semble suffisant pour absorber les volumes produits.
Circulaire jusqu’au bout, la plateforme récupère les eaux de lavage des bacs et de mûrissement du compost, grâce à un caniveau central qui court sur la longueur du bâtiment et des alvéoles. « L’eau est réutilisée une fois pour le premier lavage des bacs, puis envoyée dans une micro-station d’épuration avant d’être restituée au milieu naturel », précise encore le maître-composteur.

L’indésirable et le protégé
Toujours au cours de la visite, Céline, responsable du pôle technique au Valtom en charge du chantier, précise par ailleurs les exigences du chantier d’aménagement de la plateforme. Car ce chantier a été pensé en cohérence avec ses objectifs écologiques. À cette fin, le CPIE a été sollicité pour un diagnostic faune-flore du site et un suivi des préconisations. « L’étude a fait apparaître deux sujets : la présence de renouée du Japon, plante invasive difficile à éliminer, et la présence du lézard des souches, espèce au contraire à protéger », explique Céline.
Pour la renouée, des mesures drastiques et précautionneuses ont été prises afin de l’éliminer, avec incinération des plantes transportées en sacs hermétiquement fermés, excavation des racines, chape de béton, réensemencement avec des plantes pouvant tenir tête à cette indésirable.

Pour le second, un habitat de souches et de pentes a été créé à proximité de la plateforme. Et la période de travaux a été calée de façon à le déranger le moins possible. Bienvenue, donc, à Lacerta agilis, ce reptile « corpulent à pattes courtes et à tête courte et épaisse » (indique Wikipédia), classé « en préoccupation mineure » et effectivement protégé en France, bien moins connu que la redoutable renouée du Japon.
Robuste et évolutive
Comme pour toute coupure de ruban, il y avait samedi des invités. Quelque 80 personnes étaient attendues, dont beaucoup d’élus du secteur du SMCTOM, mais aussi des syndicats voisins : preuve de l’intérêt de cette innovation, « projet reproductible qui peut devenir inspirant », comme l’a souligné Karine Berger, directrice régionale déléguée de l’Ademe Auvergne-Rhône-Alpes. Car, comme pour toute inauguration, il y a eu aussi quelques discours.

Retenons-en ce qui permet de comprendre la portée de cette initiative. Yves Clamadieu, président du SMCTOM, s’est attaché à souligner la pertinence de ce dispositif, première phase d’une « réflexion plus large aboutissant à un double projet » ; car celui-ci doit se poursuivre avec la création d’une déchetterie grand format. Il a énuméré les nombreux avantages de cette nouvelle collecte : pas de charges supplémentaires de fonctionnement mais au contraire « des économies sur la collecte, puisque cette plateforme évite le transport de ces déchets vers l’incinérateur », et aussi des créations d’emploi, une réduction des émissions de carbone. Autant d’atouts qui « permettent au syndicat de remplir sa mission sans augmenter la redevance. »
Pour Laurent Battut, président du Valtom, la nouvelle plateforme est une « solution sur-mesure », « robuste et évolutive », mais aussi « un véritable défi technologique adapté à des contraintes sanitaires très particulières » : car l’intégration des restaurateurs dans la boucle a nécessité de pouvoir absorber tous les déchets alimentaires, pas seulement végétaux, en respectant des normes sanitaires plus exigeantes.
Innovation rurale
Le député Nicolas Bonnet, parlant de « démarche exemplaire », a pour sa part rappelé « l’évidence d’aller de plus en plus vers l’économie circulaire » et interroge : « Quel déchet est plus revalorisable que les déchets organiques ? »
Pour finir, Karine Berger évoquait la « vraie réussite » d’un projet intégrant l’implication de nombreux acteurs du territoire et soulignait qu’il est, comme nous aimons le mettre en avant à Tikographie, « la démonstration que les territoires ruraux se sentent concernés par la transition écologique et savent innover pour la mettre en œuvre. »
Résumons : sur-mesure, adapté à une situation locale précise, coopération entre des collectivités, des acteurs économiques et des habitants d’un même territoire, tenant compte des enjeux environnementaux et tendant à instaurer une économie circulaire. Quelle case n’est pas cochée dans cette réalisation ?
Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé vendredi 17 avril 2026. À la une : coupure du ruban pour l’inauguration de la nouvelle plateforme de compostage des déchets alimentaires, sur le site des Balusseaux à Saint-Sauves-d’Auvergne
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