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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
La Métropole clermontoise ayant fait d’énormes efforts pour mettre à niveau son schéma cyclable et son réseau de transports en commun, beaucoup de Clermontois se sont mis au vélo, à la trottinette, au bus, au tram. Il y a là un progrès sensible.
À titre personnel, je préfère la marche à pied. Les trottoirs de Clermont sont ma salle de sport, mon spot d’observation des évolutions environnementales de la ville, mon petit bonheur quand j’aperçois des hirondelles vers la gare, des violettes perçant le bitume ou une murmuration d’étourneaux au-dessus de la place des Salins. Quand je suis contrainte de venir en voiture, les mêmes étourneaux ont le chic pour maculer copieusement mon véhicule. C’est dire si je préfère circuler à pied.
La marche, c’est encore ce qu’on fait de moins polluant, de moins carboné, de meilleur pour la santé. Sans compter que ça incite à revoir légèrement son rythme de vie et son organisation personnelle, ce qui peut être salutaire pour soi et, selon l’expression consacrée, pour la planète.
Voilà pourquoi je m’interroge depuis longtemps sur ce fait : autant la communication publique abonde en promotion du vélo et du bus, autant on n’entend vraiment pas grand’chose sur la circulation piétonne. Comme si ça allait de soi.
Mais je me doutais bien que c’était plutôt un sujet qui typiquement passe sous les radars. Il me restait à trouver l’interlocuteur. Check !
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- La métropole clermontoise, comme la plupart des villes de France, n’offre pas les conditions idéales pour circuler à pied. Trottoirs étroits, dégradés ou en dévers, encombrés de poubelles, de voitures mal garées, de vélos, signalisations mal faites ou temps de traversée au feu trop courts… Les obstacles sont nombreux, notamment pour les personnes âgées ou handicapées, les enfants, les poussettes, les gens qui portent un gros panier ou tirent un chariot de courses.
- Correspondant à Clermont de l’association 60 Millions de Piétons, Clément Siebering réclame deux mesures prioritaires : l’inscription d’un plan piétons dans le Plan d’accessibilité de la voirie et de l’espace public (PAVE), et la neutralisation des places de stationnement situées à moins de 5 mètres d’un passage piéton, ce qui va être obligatoire en janvier prochain.
- Les mesures pour améliorer la situation sont relativement peu coûteuses et faciles à mettre en place, mais peuvent s’avérer sujet de mécontentement pour les automobilistes. Clément prône le dialogue, l’appel aux usagers et les méthodes qui donnent envie de marcher. Bonne nouvelle : rencontré par hasard lors de ce reportage, le maire de Clermont semble partager cette vision.
Si vous êtes bon marcheur, vous n’y prêtez pas attention. Mais pour peu que vos jambes n’aient pas les capacités standard, ou simplement si vous commencez à y prêter attention, vous allez les voir partout : ces défauts du trottoir, ces obstacles, ces carrefours mal fichus, ces voitures mal garées… tout ce qui entrave la circulation des piétons en ville.
« Pour inciter les gens à marcher, il faut que la marche soit agréable », me dit d’emblée Clément Siebering, alors que nous prenons place à une table du café des Augustes à Clermont. Objectif : échanger sur le sujet « piétons en ville », avant d’aller déambuler à la rencontre de quelques-uns des pièges et embûches qui parsèment Clermont-Ferrand. Clermont, ni plus ni moins que la plupart des villes de France. Et on ne va même pas chercher à s’interroger sur les villages…

Clément est le correspondant local de l’association 60 Millions de piétons. Un nom bien choisi, car avant d’être automobiliste, motarde, cyclistes ou usagers des transports en commun, « nous sommes tous piétons », rappelle-t-il. Durant la campagne électorale des dernières municipales, il s’est fait connaître en écrivant à chaque candidat pour attirer l’attention sur la nécessité de prendre soin des piétons. Une urgence à ses yeux, surtout maintenant que la ville est devenue à peu près cyclable et bien pourvue en transports en commun. Et il a obtenu des réponses, des intentions de développer un plan piéton, avec plus ou moins de détails.
« Pour inciter les gens à marcher, il faut que la marche soit agréable. »
Ce qui motive ce retraité ? Bon marcheur, amateur de randonnée pédestre qu’il pratique en club chaque jeudi, cycliste aussi pour des trajets plus longs, il se revendique « non pas expert mais expérimenté en tant que piéton ». Il témoigne : « J’éprouvais des difficultés à me mouvoir en tant que piéton. Dans mon quartier, c’est compliqué d’aller simplement faire ses courses ou vider son seau au composteur le plus proche », ce qu’il me démontrera un peu plus tard, en parcourant avec moi la rue des Chanelles. Car celle-ci semble une vitrine de tout ce qui peut transformer l’achat d’une baguette de pain en parcours du combattant. Du moins si vous circulez avec une poussette, un déambulateur, un panier un peu volumineux ou des chevilles fragiles.

Deux priorités
À force de signaler les problèmes sans jamais obtenir de réponse, Clément a franchi un pas en devenant adhérent de l’association nationale qui porte la parole des marcheurs du quotidien. « Depuis que je suis représentant local, je suis plus écouté », relève-t-il.
Ce qu’il a à demander tient en deux points prioritaires. Le premier est de penser un réseau piétonnier qui soit inclus dans le PAVE, c’est-à-dire le Plan d’accessibilité de la voirie et de l’espace public, document obligatoire pour toutes les communes de plus de 1000 habitants.
Le second est d’anticiper une autre obligation, qui va devenir impérative au 1er janvier 2027 : en vertu de la loi d’orientation des mobilités qui date de 2019, les places de stationnement se trouvant à moins de 5 mètres d’un passage piéton devront être neutralisées.

À sept mois de l’échéance, on est loin du compte. « Il s’agit de les neutraliser pour les voitures, car un véhicule en stationnement empêche le conducteur de voir le piéton et réciproquement. Et cela d’autant plus que les voitures sont de plus en plus hautes avec le développement des SUV », explique Clément, qui suggère de nombreuses solutions assez simples à mettre en place : y installer des arceaux à vélos, des bacs à fleurs à condition que les plantes restent assez basses, ou au contraire planter un arbre à condition que le houppier soit assez haut. Clément apprécie ma suggestion d’y implanter des bacs à compost : ces équipements devenus eux aussi obligatoires ne font-ils pas pile la bonne dimension pour occuper une place de parking ?
Parcours d’obstacles
Quant à l’accessibilité, elle se heurte à de nombreux problèmes. Le piéton est cerné par deux types d’obstacles : ceux qui relèvent de l’aménagement urbain et ceux qui tiennent de l’incivilité.
« Un enfant, une personne âgée ou handicapée ne vont pas à cette allure. »
Voitures, motos, bacs à ordures et même des déchets encombrent trop souvent les trottoirs. Et pour la première catégorie, il mentionne les trottoirs défoncés ou en dévers, les passages piétons à moitié effacés, les ronds-points mal conçus, les temps de traversée au feu trop courts pour un marcheur lent : « Le temps pour traverser est calculé à raison d’une seconde pour un mètre, mais un enfant, une personne âgée ou handicapée ne vont pas à cette allure », souligne-t-il.
Les trottoirs ? Parfois trop étroits. « Il est préconisé une largeur d’1,40 m et l’idéal, c’est 1,80 m, pour permettre à deux personnes de se croiser. » Les flaques d’eau le long de la chaussée, les passages piétons mal placés, les places de parking à cheval sur le trottoir qui sont « un mauvais signal » complètent le tableau.

Et que dire des zones piétonnes ou des zones de rencontre, dont personne ne comprend comment elles fonctionnent ? « Dans les zones de rencontre, le piéton est prioritaire sur toute la chaussée et il n’a pas à s’écarter pour laisser passer les voitures, qui doivent rouler au pas. Mais tout le monde pense que les potelets délimitent des zones piétonnes, alors qu’ils servent seulement à empêcher les voitures de se garer. »
Donner envie
Clément dénonce la sur-signalisation, qui brouille la lisibilité à certains endroits, et il réclame des bancs, des points d’eau. « L’idée, c’est qu’on ne contraint pas : on donne envie », dit-il. De même qu’il ne manque pas de glisser sur le pare-brise ou la vitre d’une voiture garée sur un trottoir un petit papillon indiquant que « tous ceux que vous gênez ne vous disent pas merci », dont il trouve la formule « pas trop agressive ».
Plus enclin à entraîner les urbains dans le plaisir de la marche, il rêve de relancer la Métropolitaine, une randonnée annuelle à travers la ville qu’a organisée un temps le Comité départemental de randonnée pédestre. « C’est une belle façon d’inciter les gens à marcher et de promouvoir les itinéraires qui existent dans la métropole. Puis de la marche de loisir, on peut avoir envie de passer à la marche du quotidien… et inversement d’ailleurs ! »

Rencontre impromptue
Anecdote : alors que nous sortons pour un « exercice pratique » de repérage de tous ces obstacles, le hasard veut que nous croisions le nouveau maire de Clermont, qui termine une interview télévisée au beau milieu de la place Gaillard. Clément ne manque pas cette occasion de se présenter et de lui toucher quelques mots de la vaste problématique des piétons. Et Julien Bony de lui confirmer qu’il a toujours en tête le projet, comme mentionné dans son programme de campagne, de « constituer une trame verte et bleue pour que le cheminement piéton soit agréable, car le piéton a été le grand oublié du mandat précédent ».
Nous apprendrons encore que le maire souhaite créer un schéma global de cheminements pensés pour les piétons. Et qu’il marche beaucoup et vite. « Mes collaborateurs s’en plaignent », ajoute-t-il dans un sourire.

Voilà qui augure de possibilités d’échanges, car Clément, quelques minutes auparavant, me partageait la même envie, sous la forme d’un « schéma piéton avec des indications de temps ou de distances de parcours, comme sur les chemins de randonnée, et une signalétique spécifique pour indiquer les points d’intérêt ».
Il préconise même des « magistrales », équivalents pour piéton des autoroutes, consistant en un cheminement sans interruption, avec passages souterrains ou des dispositifs pour ralentir les voitures. « Elles pourraient être aménagées là où sont les plus gros flux piétonniers, pour inciter à laisser la voiture au garage », suggère-t-il.
Pas très coûteux
Des idées pour améliorer la circulation des piétons, il en a plein. Par exemple, celle de pouvoir alerter sur les stationnements gênants en utilisant l’application municipale « Proxim’cité », conçue pour signaler des anomalies sur le domaine public. « La case n’existe pas, mais ça m’arrive de faire des signalements dans la case ‘trottoir dégradé’ », dit-il avec malice.
Encore une suggestion pour rendre les aménagements vraiment adaptés aux usages ? Clément imagine un grand appel aux habitants pour recenser les points chauds qui compliquent le quotidien des habitants, un peu sur le principe des sciences participatives. Car « rien ne vaut l’expérience des usagers », souligne-t-il.
Le dispositif « rue aux écoles » lui semble aussi une bonne idée : il permet de fermer une voie le temps de la rentrée ou de la sortie des élèves. La mesure est peu employée à Clermont, mais elle est en usage aux abords du groupe scolaire proche du stade Philippe-Marcombes, à la suite des revendications d’un solide groupe de parents.
« C’est encore le piéton qui est le plus souvent l’intrus. »
L’avantage des revendications piétonnes, c’est qu’elles sont relativement simples et peu coûteuses à mettre en œuvre, demandant surtout une volonté politique de faire face aux mécontentements des automobilistes. Car il peut s’agir simplement de réduire la vitesse sur une artère, comme le réclament les mêmes protestataires pour l’avenue de la Libération, de supprimer quelques places de stationnement, de rectifier le creux que fait un trottoir devant une entrée de garage privé. Et plus généralement, dit Clément, de « faire que ce soit la voiture qui soit l’intruse dans le flux des piétons, alors que c’est encore le piéton qui est le plus souvent l’intrus. »

Et pourtant, de tous les moyens de se déplacer, lequel est le meilleur pour la santé ? Le moins polluant et le moins émetteur de carbone ? Le moins gênant ou dangereux pour les autres usagers ? Le plus propice à faire du lèche-vitrine et à faire prospérer les commerces ? Et même celui qui permet d’observer le plus finement ce qui se passe autour de vous, les architectures, la nature en ville, le temps qu’il fait et les oiseaux qui chantent ? En somme le plus doux des moyens de transport ?
| Pour en savoir plus sur l’association 60 Millions de Piétons, c’est ici. Et pour prendre contact avec son correspondant local Clément Siebering, le meilleur canal est l’adresse courriel pietons63 [@] protonmail.com |
| Application pratique dans le prochain article : « Les cheminements piétons ne sont pas dans les clous » |
Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé mercredi 20 mai 2026. À la une : Rue des Chanelles, Clément Siebering me montre quelques défauts qui se cumulent pour entraver la marche des piétons : trottoir étroit et en fort dévers, bandes du passage piéton à moitié effacées…
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