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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
Il me semble important de garder un œil sur les projets que nous mettons en lumière et documentons, depuis maintenant six ans. Notre projet à nous étant notamment de repérer les expérimentations et initiatives à développer ou à essaimer pour renforcer la résilience des territoires, je suis souvent allée voir des projets à leurs tout débuts ou même dans une phase de préfiguration.
Un, deux ou trois ans plus tard, ont-ils perduré ? Se sont-ils épanouis ? Ont-ils rencontré des difficultés ?…
Au fil de l’actualité ou de ma curiosité, je me suis posé ces questions à propos de trois de mes reportages passés. Je suis donc retournée sur les lieux.
En l’occurrence, pour Pampa, « sur les lieux » est une expression un peu rhétorique. Car il n’y avait pas de lieux à proprement parler à l’époque de mon premier article.
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- Pampa, le projet de consigne et réemploi des bouteilles en verre en Auvergne, a démarré son activité il y a presque trois ans. Aujourd’hui, l’équipe est constituée de trois personnes. Elle a fait circuler et réemployer 150 000 bouteilles et compte 27 points de collecte. Les bouteilles sont toutes lavées à Montpellier, le centre de lavage le plus proche. Entre quelques fermetures de brasseries artisanales et quelques nouveaux arrivants, le nombre de producteurs partenaires est resté stable. Mais des perspectives s’ouvrent.
- Parmi ces perspectives de développement, l’intégration de brasseries plus importantes et de producteurs du Limousin devrait contribuer à étoffer les volumes. Pampa s’est par ailleurs associée à 8 autres structures similaires dans d’autres régions, pour créer la société Soverre, qui va pouvoir négocier des marchés à l’échelle nationale, notamment avec la grande distribution. L’association auvergnate a concrétisé de nombreux partenariats avec des collectivités, y compris sous forme de conventions pluriannuelles. Et elle a intégré le nouveau parcours de la Convention des entreprises pour le climat.
- La prochaine étape sera la création d’un centre de lavage en Auvergne, à l’horizon de 2028-2029. Pour y parvenir, Pampa doit lever des fonds et associer des investisseurs privés au projet. L’objectif est de se transformer en société coopérative d’intérêt collectif, pour asseoir le modèle d’un projet de territoire fondé sur la mutualisation, sur la relocalisation des activités et sur une économie circulaire résiliente.
| Pour mesurer le chemin parcouru, lire le précédent reportage, paru le 27 novembre 2023 : « Pampa veut convertir l’Auvergne au réemploi du verre » |
Quand j’ai rencontré Guillaume Angot en novembre 2023, le directeur de Pampa n’avait pas encore de bureau : le rendez-vous était dans un café à Issoire. Le déploiement de la consigne et du réemploi du verre démarrait à peine, avec 25 producteurs et trois points de collecte des bouteilles dans des supérettes bio.
Deux ans et demi plus tard, le système de consigne s’est bien développé. 150 000 bouteilles au total ont été lavées et réemployées, dont 80 000 l’an dernier. Et 27 points de collecte sont déployés sur les quatre départements auvergnats.
Pampa dispose de bureaux à Pascalis, dans la zone d’entreprises de La Pardieu à Clermont, et d’un local de tri et stockage des bouteilles, dans la zone du Pra de Serre à Veyre-Monton. Guillaume est entouré de deux autres salariés, Lauriane Gozard, coordinatrice de projets et chargée de communication, et Anthony Adevah, responsable de la logistique et du suivi des clients, qui sillonne la région pour emporter les casiers de bouteilles retournées par les consommateurs ou livrer celles commandées par des producteurs.

Un beau signal
À Veyre-Monton, les bouteilles sont triées par catégories : une vingtaine de modèles standards que les vignerons, brasseurs ou producteurs de jus de fruit ont accepté d’adopter de manière uniforme. Seule, l’étiquette leur permet de se distinguer. Initialement lavées à Valence, elles sont aujourd’hui envoyées à Montpellier, le site de lavage le plus proche. Y compris les bouteilles à gros goulot, de type jus de fruit. Car celles-ci avaient bénéficié initialement d’une solution locale, grâce à l’atelier d’insertion riomois Brigades Nature, mais ce petit centre de lavage a stoppé son activité.
« Nous avons embarqué très vite les plus engagés. »
Le nombre de producteurs adhérents à Pampa a peu varié : quelques nouveaux adhérents ont remplacé les quelques brasseries ayant fermé leurs portes. « Nous avons embarqué très vite les plus engagés, qui sont toujours présents. Les autres sont plus difficiles à convaincre ; ils ne viennent pas spontanément, car il y a un très léger surcoût par rapport à des bouteilles neuves et cela demande aussi un changement d’habitudes », poursuit Guillaume.

Mais un nouveau palier de déploiement est en vue, promet-il. Car à côté des petites brasseries artisanales, de plus gros producteurs entrent dans la boucle, dont les bières Voltige en Haute-Loire, que d’autres devraient suivre bientôt. « C’est un beau signal et cela va nous permettre de faire plus de volume », dit-il.
Par ailleurs, des producteurs du Limousin commencent à toquer à la porte, car les circuits de production et de vente dans ces territoires sont trop restreints pour espérer développer un projet du même type localement. Mais en Creuse ou en Corrèze, les « plus engagés » ont tout autant qu’en Auvergne envie d’entrer dans la boucle du réemploi.
Laver sur place
Cette histoire de volumes de bouteilles reste pour Pampa un enjeu important, car le projet d’implanter en Auvergne un centre de lavage est toujours dans les cartons. Initialement espéré pour 2025, il est repoussé à une échéance de fin 2028 ou 2029. Les paramètres pour le rendre réalisable sont en effet nombreux et pas si faciles à rassembler. Mais ça se précise.

Le premier est la nécessité d’augmenter ces volumes, d’autant plus que la consigne, aujourd’hui à 50 centimes par bouteille, doit passer bientôt à 30 centimes nationalement. Même si Pampa, de statut associatif, n’a pas pour objectif de rentabiliser à outrance le projet, il nécessite tout de même de trouver un équilibre. Si la marge diminue, l’équilibre peut se trouver dans l’augmentation des volumes.
Ensuite, le projet doit trouver ses financeurs. Pour cela, Pampa se structure et renforce ses partenariats. D’abord avec des partenaires publics, qui sont de plus en plus nombreux à adhérer, aux côtés du Valtom qui est partie prenante depuis les prémices. Par exemple, toutes les collectivités de l’Allier portant la compétence déchets ont adhéré. Et avec certains de ces partenaires, la structure a commencé à signer des conventions sur trois ans, qui permettent de penser le développement et le déploiement à plus long terme.
Convaincre
Des conventions sont déjà signées avec le Valtom, Clermont Métropole, le Sictom de la région montluçonnaise et Aurillac Agglo. Ces collectivités trouvent un intérêt dans le réemploi du verre, car celui-ci permet de réduire les volumes de déchets dont elles ont la charge. Les enjeux de relocalisation industrielle et de souveraineté commencent aussi à devenir pertinents pour les embarquer. Les conventions contiennent aussi un volet « plan d’action » qui peut finir de les convaincre. Car Pampa peut leur fournir un appui pour faire changer les habitudes de leurs services, sensibiliser les organisateurs d’événements aux pratiques du réemploi, ou pour communiquer auprès du grand public.
« La SCIC nous permettra de lancer une levée de fond. »
« Mais il reste encore à convaincre des investisseurs privés de se joindre au tour de table pour réaliser le projet de centre de lavage, explique Guillaume Angot. Nous devions transformer l’association en société coopérative d’intérêt collectif pour les accueillir. Nous avons un peu repoussé cette opération mais nous arrivons au bout du modèle associatif. La SCIC nous permettra de lancer une levée de fond. »
Il reste aussi à déployer une autre facette du réemploi du verre, qui se trouve aujourd’hui au point mort : le réemploi des bocaux. Mais ce problème dépasse l’échelon local. « Les modèles de bocaux sont beaucoup trop disparates et les producteurs ne sont pas prêts à harmoniser leurs contenants ; ça a été plus facile pour les bouteilles parce que traditionnellement, il existe des formes standards pour les bordeaux ou les bourgognes par exemple. Mais on retrouve la même difficulté avec les producteurs de rosés de Provence, qui ont chacun leur modèle de bouteille fantaisie et ne veulent pas y renoncer », souligne-t-il.
La force dans l’union
La dernière pierre de cette structuration, opérationnelle depuis peu, se joue à une échelle plus large. Pampa s’est associée à huit autres structures du même type, réparties dans autant de régions, avec les mêmes valeurs : celles de l’ancrage dans leur territoire, des logiques de coopération et de mutualisation. Ensemble, elles ont créé Soverre, une société en SAS, dont le lancement officiel a eu lieu le 18 mai dernier.
« Nous couvrons nos territoires et pouvons sous-traiter pour les autres régions. De la sorte, Soverre a la capacité de proposer une offre harmonisée à l’échelle nationale. Cela va nous permettre de discuter avec les groupes de la grande distribution en étant interlocuteur unique. Nous voulons défendre notre système, qui propose une boucle complète de consigne et revente des bouteilles, garantissant que le réemploi se fait dans de bonnes conditions », poursuit-il.
« Soverre a la capacité de proposer une offre harmonisée à l’échelle nationale. »
Cette union va faire la force du collectif et de chacun de ses associés, dont Pampa. Progrès espéré, de ce côté-là encore, vers une augmentation significative des volumes de bouteilles consignées. Et encore plus si la législation évolue, même si la tendance ne va pas dans ce sens actuellement. « La loi AGEC prévoit qu’on soit à 10 % de réemploi en 2027, mais on n’est qu’à 1 % aujourd’hui. Et le Sénat vient de proposer de retirer ce 10 % à cette échéance, pour se conformer à l’objectif plus lointain décrété par l’Europe. Les choses sont enclenchées, mais il manque une volonté politique », soupire Guillaume Angot.
Arguments robustes
Dernière actualité récente, Pampa a intégré la troisième promotion du parcours de la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) du Massif central, qui vient de démarrer. Est-ce réellement nécessaire pour une association de cette nature ? « Nous en avons besoin, pour convaincre que notre modèle fondé sur la robustesse et sur la mobilisation des territoires est plus intéressant que le modèle des éco-organismes imposant plutôt la performance. La CEC nous permettra de trouver des arguments pour embarquer nos parties prenantes, et d’étendre notre réseau, auprès d’acteurs qui partagent avec nous une sensibilité commune. L’échelle du nord Massif central peut nous permettre d’élargir notre zone de travail de façon cohérente. Et le but de ce parcours est aussi de structurer un projet sur dix ans, tenant compte des impacts réels identifiés sur notre territoire », continue le directeur.

Après une interminable gestation suivie d’un démarrage modeste, Pampa démontre petit à petit la pertinence de ce modèle « robuste » : celui qui consiste à ne pas aller trop vite, à rassembler tout un territoire autour d’un projet d’intérêt général, à consolider ses arguments pour convaincre par le sens plutôt que par les profits, à préférer les logiques de coopération et de mutualisation à celles de la concurrence.
Autant de bonnes raisons, pour les consommateurs, les producteurs, les collectivités, les distributeurs et les acteurs économiques d’Auvergne, de suivre la consigne.
| Pour en savoir plus sur Pampa, consulter le site internet. Pour en savoir plus sur Soverre, le site internet encore en construction (en juin 2026) sera bientôt accessible ici. Mais vous pouvez dès maintenant consulter la page LinkedIn là. |
Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé mardi 26 mai 2026. À la une : Guillaume Angot, dans l’entrepôt de stockage des bouteilles consignées à Veyre-Monton.
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