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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
Les beaux jours reviennent, et même une (inquiétante) vague de chaleur précoce. Et avec elle le niveau de pollution. C’est le moment ou jamais de s’essayer à laisser sa voiture au garage et à changer ses habitudes.
Certes, tout n’est pas parfait à Clermont ou ailleurs pour s’essayer à la circulation à pied. C’est ce que j’ai voulu démontrer ici.
Le but est surtout de montrer qu’on peut améliorer les choses, certainement pas de vous dissuader de marcher. Le premier qui prend prétexte de ce double article pour renoncer à se déplacer à pied aura un gage. Est-ce clair ?
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- En pratique, les zones où les piétons sont censés être prioritaires sont règlementées de façon complexe et pas toujours compréhensibles. Que ce soit les zones piétonnes où l’on découvre toutes sortes de dérogations et restrictions, ou bien les zones de rencontre où les voitures n’ont pas à exiger des piétons qu’ils s’écartent pour les laisser passer.
- Dans les zones de circulation automobile « normale », les cheminements à pied se compliquent, car parfois les trottoirs sont parsemés d’obstacles pour le piéton : poubelles, motos ou voitures mal garées, dévers, trous, passages piétons effacés, voire manquants…
- D’autres endroits sont tout de même plus propices, notamment quand les trottoirs sont larges. Et Clermont a accueilli son premier rond-point à la hollandaise place des Carmes : il apporte une réelle amélioration pour les piétons. Effort à poursuivre…
| Sur l’argumentation en faveur des piétons et d’une amélioration des aménagements pour mieux circuler à pied, lire le premier volet : « Comme une envie de changer de trottoir » |
Si vous n’êtes pas totalement convaincu.e par les propos de Clément Siebering dans l’article précédent, ou si vous pensez qu’il exagère, que nos trottoirs sont sûrs et fréquentables, je vous propose trois expériences.
La première consiste à simplement marcher dans Clermont. Regardez autour de vous. Vous pourrez facilement constater que le problème est général. Depuis mon entretien avec Clément, j’en ai encore fait l’expérience plusieurs fois. Essayez donc, par exemple, de déambuler rue du Pré-la-Reine : c’est épique.
La deuxième expérience consiste à aller « prendre l’air » avec une personne âgée qui a des difficultés à lever les jambes ou à garder l’équilibre. Cela fonctionne aussi avec une nounou entourée d’un ou deux bambins et d’une double poussette. Et avec quelqu’un qui se déplace en fauteuil roulant ou avec des béquilles. Vous pourriez très vite avoir à changer de trottoir… et de point de vue.

Et voici la troisième expérience : déroulez cet article tout en photos. Il illustre le parcours que m’a fait faire Clément Siebering. Chaussez (mentalement) vos meilleures baskets. Et rendons-nous pour commencer place Gaillard.
Au pays des piétons… pas rois
Tentons d’abord de partir en zone piétonne. Là, c’est simple, pensez-vous peut-être. Par définition, le piéton est le seul usager. Il peut déambuler sur toute la chaussée, sans risque, sans arrêt obligatoire, sans regarder avant de traverser.
— Simple ? Vous n’y pensez pas !
Voyez le panneau à l’entrée de la zone piétonne. Vous êtes prié.e de l’apprendre par cœur avant de risquer un orteil dans l’avenue des Etats-Unis.
Et encore n’êtes-vous pas au bout de vos peines. Comme dans les meilleurs contrats, il faut bien lire les petites lignes. Vous la voyez ? Celle qui vous dit (et entre parenthèses encore) : « voir règlementation au dos. » Je laisse aux plus curieux le soin d’aller voir au dos. On y découvre toute une tartinée de restrictions sur d’autres catégories de piétons que la vôtre : chiens, chats, pigeons, patineurs à roulettes. Et encore est-il précisé qu’il s’agit d’un « extrait du règlement ».
Tournons vite le dos à cette effrayante collection de règles. Allons voir si c’est plus simple de déambuler dans la rue Sainte-Claire.
Au passage, Clément me fait remarquer l’usure des picots qui servent de point de repère aux personnes malvoyantes.
Si vous parvenez à traverser, vous remarquerez peut-être une autre anomalie qui n’est pas due à l’usure : il n’est pas indiqué de ce côté de la rue que vous entrez dans une « zone de rencontre », ce que nous ne constaterons qu’à l’autre bout de la rue. Dans la logique des poseurs de panneaux, ce n’est pas utile puisque les voitures ne peuvent pas entrer, en raison du sens unique. Voilà bien une logique d’automobiliste : les piétons n’ont-ils pas le droit de savoir qu’ils sont ici prioritaires sur les autres véhicules ?
Engageons-nous tout de même dans cette sympathique ruelle.
Pour rappel, les potelets ne servent pas à délimiter l’espace piéton mais à empêcher les voitures de stationner. L’espace piéton, c’est toute la rue : du moment que vous êtes en marche, les voitures doivent vous suivre ou, si elles arrivent en sens inverse, attendre patiemment que vous vous écartiez.
La même règle s’applique sur toute la rue. Enfin, presque toute la rue.
Car en bas, caramba ! Il n’y a plus de règles. On n’est plus dans la zone de rencontre. Il n’y a pas de passage piéton en vue. Le message semble clair : marcheurs, débrouillez-vous !
La plupart semblent d’ailleurs bien se débrouiller, en coupant le carrefour en plein milieu. Tant qu’il y a peu de voitures et que les vélos y vont doucement, on va dire que ça passe…
Poursuivons par la petite rue Saint-Alyre. Elle aussi affiche la prévalence des piétons.
Aventure en pays motorisé
À vrai dire, pas complètement, car cette nouvelle zone de rencontre est coupée en son milieu, à hauteur de la rue Sainte-George. Dans celle-ci, le flux des voitures doit juste prêter attention au passage piéton.
Pourquoi pas. Mais une fois de plus, le cheminement pour ceux qui traversent cette rue à pied n’est pas du tout fluide.

Comme le montre Clément Siebering, le piéton qui parcourt la rue Sainte-Alyre a tendance à aller tout droit, puisqu’il est autorisé à occuper toute la chaussée, aussi bien avant qu’après le carrefour. Cela paraît d’autant plus naturel qu’on a pris soin de paver juste cette portion de la rue, comme pour suggérer une continuité.
Et pourtant, comme vous le remarquerez sur la photo ci-dessus, le passage piéton n’est pas là. Il se trouve quelques pas plus loin, sur la gauche. Quelle est donc la logique de ce petit crochet imposé aux marcheurs ? Et qui la respecte ?
Vous avez un petit moment pour y réfléchir, car nous allons remonter toute la rue jusqu’au boulevard Lavoisier, traverser celui-ci, puis tenter de rejoindre le rond-point des Chanelles par la rue Châteaubriand. Et je dis bien « tenter ».
Car le trottoir ici est moyennement praticable. Ici une moto s’arroge le privilège de vous faire descendre sur la chaussée. Juste derrière, le trottoir présente un dévers dissuasif pour les plus fragiles. Un peu plus loin, il se rétrécit. Ou il accueille de volumineuses poubelles. Ou les deux en même temps, tant que nous y sommes. Vivement l’arrivée au rond-point où au moins, le trottoir tient la route.
La traversée n’est cependant pas très rassurante, à ce carrefour très fréquenté où les voitures défilent sur une quatre-voies les incitant à accélérer l’allure. Séparant les deux sens de circulation, ce terre-plein est parfait pour masquer aux automobilistes les volontaires pour la traversée sur le passage zébré. Prudence si vous vous engagez…
Rue des embûches
Renonçons donc, et retournons-nous vers la rue des Chanelles. Elle est intéressante pour l’habitant du quartier puisqu’elle accueille un supermarché en son milieu et une boulangerie tout en bas. Elle n’est pas bien longue, mais c’est un festival.
Pour commencer, sur le haut de la rue, un chantier mange les deux tiers du trottoir. Voici une première raison d’en descendre, que ce soit pour croiser un autre piéton ou pour faire tenir votre déambulateur sur ses roulettes. Si vous n’êtes pas content, changez de trottoir. Dommage : c’est celui-ci qui est à l’ombre et de ce côté-ci que sont les commerces. Prière de patienter jusqu’à la fin du chantier.
Passé le chantier, ne vous croyez pas sortie d’affaire : vous allez devoir contourner des poubelles, puis jouer aux montagnes russes devant ces garages. Courage, vous êtes presque arrivé au premier carrefour et à la supérette du quartier.
Mais à l’angle de la rue Aicard pourtant, c’est le pompon.
C’est tout juste s’il ne faut pas s’encorder pour continuer d’avancer sur la forte pente. L’endroit conviendrait mieux à un dahu qu’à une personne âgée. Par contre, il convient bien au véhicule qui ambitionnerait de stationner dans la minuscule cour qu’entoure le muret vert. Même sur les trottoirs, le confort du piéton n’est pas la priorité. Il peut bien s’adapter…
Que dire du passage piéton qui suit ? Les rustines du bitume l’ont en partie effacé ou recouvert. Celui qui traverse la rue des Chanelles, sur la gauche, n’est presque plus visible. Un coup de peinture ne ferait pas de mal. En profiter pour neutraliser la place de stationnement qui le colle : elle ne sera plus autorisée dès janvier prochain.
Mais on n’est pas encore tout en bas de la rue.
Passons vite sur les garages suivants, dont les bateaux gondolent littéralement la suite du trottoir : vous avez compris le principe. Et arrivons à ce carrefour. Ne manque-t-il pas quelque chose ? Trois passages piétons pour quatre rues ont semblé suffisants. Une substantielle économie de peinture, ou peut-être de freins de voitures.
Rien de grave, mais tout de même : juste derrière le panneau de la rue que vous voyez sur la photo, il y a un gros immeuble avec tout plein d’appartements. Et derrière l’endroit d’où est prise la photo, à peine plus loin dans la rue, se trouve le composteur du quartier. Si vous voulez être dans les clous pour vous y rendre, il va falloir franchir trois rues à cause de ce passage piéton manquant. « Pour inciter les gens à marcher, il faut rendre la marche agréable », me disait Clément. Ici, il s’agit non seulement d’inciter à marcher, mais aussi à trier ses déchets végétaux. Pas sûr que la configuration de ce croisement soit très incitatif.
D’autant plus que…
Une fois franchi le carrefour, pour atteindre le composteur, il va vous falloir emprunter ce trottoir… Du moins si vous êtes d’accord pour l’appeler un trottoir. Personnellement, j’hésite.
Pas pire
Je ne vais pas vous laisser sur cette impression que Clermont n’est qu’un vaste chaos pour qui veut laisser sa voiture au garage. Nombre de trottoirs de la métropole auvergnate sont tout à fait fréquentables. Et la création d’un schéma cyclable cohérent n’a « mordu » sur les trottoirs que là où ils étaient suffisamment larges pour faire cohabiter les deux modes de déplacement. Reste aux piétons, encore un peu, à s’habituer à laisser ces nouvelles voies pour deux-roues dégagées et à prendre le réflexe de bien regarder avant de les franchir, comme avec les voies pour voitures. Mais « globalement il n’y a pas de difficultés entre piétons et vélos », a pu constater Clément Siebering.
Notre petit périple souligne aussi quelques autres aménagements pensés intelligemment, ici ou là. Y compris dans cette rue des Chanelles de tous les dangers, où Clément se réjouit que le nouveau schéma de circulation des transports en commun ait renoncé à faire passer des bus.
Plus précisément à ce même carrefour où on a relevé différents problèmes, on peut aussi noter des améliorations. Clément m’indique qu’il y a contribué : il a signalé sur l’appli Proxim’Cité un panneau de la supérette qui gênait la visibilité à ce carrefour. Le panneau a été retiré.
On a aussi là un exemple de ce qui doit être généralisé dans moins d’un an : la neutralisation des places de stationnement collées à des passages piétons. Ici, les derniers mètres ont été occupés par des arceaux à vélo. Rien de bien compliqué à mettre en place.
Un peu plus loin, nous redescendons jusqu’au boulevard Lavoisier.

Ici, les cheminements du piéton rencontrent une voix automobile très circulante, qui n’a pas (ou pas encore ?) été modifiée par les travaux d’Inspire. Les vélos roulent donc volontiers sur le trottoir. Et le carrefour connaît des engorgements pénibles, notamment aux heures d’entrée et de sortie de l’école Saint-Alyre, juste au-delà. Mais au moins a-t-on installé un ralentisseur, qu’on aperçoit dans la rue de Blanzat, en arrière-plan. « Ça, c’est très bien », commente Clément.
Ici, il se livre à une petite expérience : celle de chronométrer les feux. Pour les voitures de Lavoisier : 40 secondes de feu vert. Pour les piétons : 20 secondes de feu vert suivies de 17 secondes au rouge avant que le feu repasse au vert pour les voitures. « Pas si mal », conclut-il.
Terminons par le must, dont on se doute qu’il est très récent.
Dans l’ensemble, les ronds-points sont un cauchemar pour les piétons, car les conducteurs sont d’abord préoccupés par les voitures auxquelles ils doivent céder la priorité ; mais Clermont a accueilli à la faveur des travaux de la place des Carmes son premier rond-point « à la hollandaise ».
Ici, le passage piéton est bien en amont du carrefour, large, visible, et suivi du passage de la voie vélo. Les automobilistes doivent ralentir pour passer au pas cette séquence longue et bien marquée sur la chaussée. Plutôt sécurisant.
Ce nouvel aménagement, à ce carrefour d’où partent six voies dont certaines très fréquentées, est un bon début. Et si on partait de ce point pour repenser un schéma piéton cohérent et agréable, à l’image de ce qui a été (en grande partie) accompli pour les cyclistes ?
Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé mercredi 20 mai 2026. À la une : traversée piétonne au carrefour « à la hollandaise » de la place des Carmes.
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