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Sommaire
- Les intervenants
- Le podcast
- La synthèse : Quels chemins pour une info fiable ?
- Autres ressources
- Les crédits
Les intervenants
- Sonia Reyne, cofondatrice de Mag’Eruptif
- Benoît Bouscarel, cofondateur et directeur de l’Onde Porteuse
- Benoît Chaboud-Mollard, trésorier de Radio Campus Clermont
Le podcast
Pour le podcast de la rencontre, il vous faudra un peu de patience. Pour des raisons techniques qui n’ont rien à voir avec la canicule mais tout à voir avec une « migration » de notre site internet pour en assurer la résilience, nous ne pourrons pas le diffuser avant ce jeudi au mieux. Pour vous mettre en appétit, lisez la synthèse ci-dessous !
La synthèse : Quels chemins pour une info fiable ?
Pas de démocratie sans médias indépendants. Et pas de culture commune sans médias ancrés dans leur territoire. Ce sont les deux pieds sur lesquels s’appuient les radios et journaux qui permettent aux habitants-citoyens de s’informer localement : un même credo pour tous les médias locaux d’information, qu’ils aient 30 ans comme Radio Campus Clermont, 10 ans comme l’Onde Porteuse ou qu’ils soient en train de naître, comme Mag’Eruptif.
Parce que Tikographie s’inscrit aussi dans ces questionnements, notre Rencontre du mois de juin aux Volcans a invité les voix de ces trois représentants (parmi d’autres) du paysage médiatique puydômois, aux modèles divers et singuliers.
Pour le tour de table et par ordre d’ancienneté, présentons-les. Pour Radio Campus Clermont, Benoît Chaboud-Mollard insiste sur la qualification de « radio école », dont le modèle associatif permet à toute personne « qui a envie de se former » de proposer une émission, de s’initier à la technique, de participer à la vie associative.

Benoît Bouscarel présente l’Onde Porteuse, radio de format magazine implantée à Clermont et à Nantes, comme une « radio inclusive » : elle est à la fois média et structure d’insertion, permettant à des personnes de se réinsérer dans la vie professionnelle en s’initiant à la radio. Et cela « marche très bien », précise-t-il, avec 85% de retour à une activité, parce que l’accompagnement long, promet le média, laisse « le temps de trouver un projet qui te convient ».
Quant à Mag’Eruptif, c’est un journal trimestriel que vous ne trouverez pas encore sur les présentoirs, mais qui propose déjà une newsletter mensuelle. Sonia Reyne explique qu’il naît à la suite de la disparition de La Galipote, et qu’il se propose de reprendre « certains fondamentaux de La Galipote mais pas tous ».
« On perd un élément de cohésion. »
Nos trois invités ont défendu sous plusieurs angles un paysage médiatique diversifié, dans notre région comme partout ailleurs, comprenant autant que possible une pluralité de titres indépendants, au moins un journal régional historique – en l’occurrence La Montagne – ainsi que la présence de l’audiovisuel public. Chacun ayant sa place, sa légitimité et son utilité pour permettre aux habitants de bien s’informer. « On peut critiquer La Montagne, qu’on appelle parfois ‘La Pravda’, mais on est content quand ils font leur taf », souligne Benoît Bouscarel, faisant allusion à l’affaire sortie le jour-même au sujet du premier adjoint au maire de Clermont. Quant à Sonia Reyne, elle défend aussi l’audiovisuel public qui « est à nous tous, à la différence des médias privés ».

Elle justifie pourtant la création de Mag’Eruptif, par la nécessité de « raconter le territoire des quatre départements auvergnats autrement » et de « construire une culture commune ». Car cette identité, souligne-t-elle, ne se retrouve ni dans le découpage administratif de la nouvelle grande région, ni dans la logique départementale ou hyper locale de la presse quotidienne régionale. Il reste une place pour « un journal qui rend compte d’une réalité géographique, culturelle, économique » sans lequel « on perd un élément de cohésion ».
« L’indépendance des médias soulève la question d’une information qui n’est pas soumise à des intérêts économiques ou politiques. »
Benoît Bouscarel s’appuie sur le contre-exemple des États-Unis pour élargir le propos : « Un habitant sur cinq vit dans un territoire sans presse locale. Dans ces zones où il n’y a plus de média qui apporte une information précise et de qualité, le vote pour Trump a progressé directement », s’alarme-t-il, en soulignant que « la presse locale est importante pour l’information et pour la démocratie. »
Benoît Chaboud-Mollard ajoute la notion d’indépendance, avec « la question d’une information qui n’est pas soumise à des intérêts économiques ou politiques ».
Cette dernière question renvoie à la quadrature du cercle pour les structures d’information de toute taille et de tout genre : comment assurer l’indépendance d’un média, meilleure garantie de la fiabilité de l’information, tout en assurant sa viabilité ? Au regard des difficultés actuelles des médias, des plans sociaux en cours, de la précarité des journalistes comme des structures, les auditeurs auront compris qu’il n’y a pas de modèle économique parfait, mais que certaines composantes sont indispensables. « La presse a longtemps vécu sur un modèle financé pour un tiers par les aides publiques, un tiers sur la publicité et un tiers sur les lecteurs. Mais un modèle sans publicité est plus résilient, car aujourd’hui la publicité est détournée vers les Gafam », explique Sonia Reyne.
« Un modèle sans publicité est plus résilient. »
Elle souligne que « les aides à la presse ne sont pas à rejeter car c’est l’argent de nous tous ». Les deux Benoît l’illustrent par les bienfaits du Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale (FSER) pour lequel le réseau des radios locales s’est mobilisé, ce qui a permis de le « maintenir à des niveaux convenables. »

Au-delà des subventions, radios, journaux et médias en ligne ont besoin de compléter leur budget et beaucoup le font en développant une œuvre utile d’éducation aux médias et à l’information. Outre la possibilité de financer l’activité journalistique, l’EMI est une activité naturelle pour nombre de rédactions. « Nous sommes des réservoirs d’acteurs pour parler de comment bien s’informer », souligne Benoît Bouscarel. L’EMI doit « permettre aux gens d’avoir un regard critique sur comment recevoir l’info », ajoute Sonia Reyne. L’atout des médias locaux est aussi, dit Benoît Chaboud-Mollard, de « permettre géographiquement aux gens d’aller dans les médias » et ainsi de mieux comprendre la fabrique de l’information.
« Nous sommes des réservoirs d’acteurs pour parler de comment bien s’informer. »
Il déplore également que certaines subventions disparaissent et laissent la place au « règne des appels à projets » qui a rendu « compliqué de se projeter à long terme ». « Nous avons six mois à un an de visibilité financière », illustre Benoît Bouscarel, malgré les financements spécifiques de l’Onde Porteuse pour l’insertion.
Reste une dernière piste qui peut s’avérer la plus solide pour garantir l’indépendance et la qualité de l’information : celle du soutien des lecteurs ou auditeurs. Par des dons, des abonnements, des adhésions, des achats, selon le modèle économique de chaque média, le public peut participer à la qualité du paysage médiatique et ce faisant, à la qualité de la vie démocratique. « C’est un choix citoyen de soutenir un média plutôt qu’un autre », avertit Sonia Reyne.

Un choix d’autant plus important que des phénomènes inquiétants apparaissent et viennent polluer le débat démocratique. Benoît Bouscarel insiste sur le rôle de la désinformation, particulièrement virulente en période électorale. « Des milliers de sites internet fakes, imitant l’aspect de médias existants, sont créés pour diffuser une fausse information et notamment pour favoriser l’extrême-droite. Ces faux médias vont créer de la confusion et veulent aboutir à des situations où tout se vaut et où on ne comprend plus rien », explique-t-il. D’où l’importance, face à ces tentatives de déstabilisation, de « préserver des rédactions avec des gens qui savent faire passer l’information. »
« Même à Gaza il y a encore des journalistes qui continuent à travailler. »
Il ajoute le rôle des réseaux sociaux et des géants du numérique en général, qui en captant l’attention à des fins lucratives ou politiques, « nous empêchent d’aller consulter la presse » et « sont en train d’assassiner notre vie démocratique. » Benoît Chaboud-Mollard approuve, soulignant que faire disparaître un média revient à « casser un bout de ce qui fait la question démocratique en France. »
Sonia Reyne se veut cependant optimiste : « Si on disparaît, on fera autre chose. La Galipote a disparu, on crée un autre journal. L’information trouve toujours son chemin. Même là où des régimes tuent tous les médias, l’information continue de circuler. Même à Gaza il y a encore des journalistes qui continuent à travailler. Quelles que soient les conditions, on continuera. »
« Mais à quel prix ? », lui répond Benoît Chaboud-Mollard, pour souligner qu’il serait plus bénéfique d’éviter d’en arriver à ces situations extrêmes. Benoît Bouscarel souligne à ce sujet que la Belgique a réussi à contenir la montée de l’extrême droite parce que « les médias ont tenu le cordon sanitaire ; en France on a choisi de ne pas le faire et c’est une énorme erreur. »
Il explique qu’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir serait dangereux pour la cohésion sociale et la vie démocratique, garanties par des dispositifs comme l’aide aux médias et à l’insertion dont bénéficie notamment l’Onde Porteuse. « Si l’extrême droite passe, c’est terminé, car elle nous considère comme ses ennemis », insiste-t-il.
« Les géants du numérique sont en train d’assassiner notre vie démocratique. »
La réponse peut se trouver dans l’union et la synergie. Benoît Bouscarel témoigne du plaidoyer lancé par les médias locaux de la région nantaise, durant la dernière campagne des élections municipales : appel auquel l’antenne nantaise de l’Onde Porteuse a participé. Sonia Reyne « plussoie, car il faut sortir de la logique de la concurrence ».
Si les médias locaux, dans leur pluralité et malgré leur fragilité, ont un grand rôle à jouer dans la cohésion et la vie démocratique du territoire, ils ont peut-être pour premier devoir de s’allier pour mieux faire entendre leur caractère indispensable. Chiche qu’on lance le mouvement ?
Synthèse par Marie-Pierre Demarty
| Sur ce sujet, lire aussi l’entretien avec la journaliste Anne-Sophie Novel, spécialiste des médias et de l’écologie : « Anne-Sophie Novel prône une information sensible, locale mais sans concession » et le reportage sur une résidence de journaliste à l’Université Clermont Auvergne : « Une résidence pour transmettre l’art de s’informer » |
Autres ressources
- La carte de la « presse pas pareille », réalisée par le média L’Âge de faire, recense (de manière non exhaustive mais déjà bien complète), les médias qui « mènent une véritable démarche d’information, sans se cantonner à l’expression d’opinions [et] sont favorables à une société plus juste et solidaire, sans exclure aucune catégorie de personnes. »
- Plus générale, la carte (très) subjective du paysage médiatique français, réalisée à l’initiative de la journaliste Anne-Sophie Novel.
- Et pour un aperçu de la concentration des médias non indépendants, consulter la carte « Médias français, qui possède quoi ? » conçue par l’observatoire des médias Acrimed et le journal Le Monde diplomatique.
- On pourra aussi consulter le rapport de la Fondation Jean Jaurès cité par Claire en introduction de la rencontre : « Vers des déserts médiatiques en France. La démocratie peut-elle survivre sans médias ? »
Les crédits
Merci à la librairie les Volcans d’Auvergne pour le partenariat de réalisation des Rencontres Tikographie pour cette saison, et en particulier à Boris, Philippe, Lénaïc, Olivier et Gaëlle.
Merci à nos invités, aux participants et à l’équipe de l’association Tikographie qui porte et organise les Rencontres.
Pour cette Rencontre spécifique ont œuvré :
- Claire à la préparation éditoriale, à l’animation et à la technique ;
- Marie-Pierre aux photos et au compte rendu.
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