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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
J’ai trois choses à exprimer dans cet encadré. La première, c’est que je connais depuis longtemps l’existence de Biloba, car l’association est membre d’un groupement d’employeurs où je suis également présente au titre de mes activités bénévoles. Les entendre à chaque assemblée générale présenter leur activité en quelques mots m’intriguait. Je me souviens aussi des éloges à leur égard de Catherine Lenne, chercheuse spécialiste des arbres. J’ai enfin pu satisfaire ma curiosité personnelle, en plus de vous la transmettre.
Deuxième point : vous remarquerez à la lecture de l’article que, contrairement à mes habitudes, je n’ai pas évoqué le fonctionnement, l’histoire et les perspectives de l’association. Et pour cause : elle est vouée à disparaître prochainement. Victime indirecte d’un problème qui ronge l’ensemble du monde associatif : la baisse des subventions, aussi rapide et inéluctable que la fonte des glaciers. Indirecte dans le cas de Biloba, car c’est surtout les associations avec lesquelles ils ont l’habitude de monter des projets qui voient leurs financements se rétrécir. Compte tenu de l’énorme travail social et environnemental qu’accomplit le monde associatif pour vraiment pas cher, tout ça est très inquiétant pour la cohésion et l’avenir de notre société. Qu’on se rassure au moins sur un point : Muriel et Adrien ont bien l’intention de continuer à faire grimper le monde. Mais ce sera sous une forme juridique différente et sans doute un peu plus précaire.
Enfin, ma petite note personnelle, au cas où vous vous poseriez la question : non, je n’ai pas testé la grimpe. J’ai assisté à la séance d’en bas. Car je suis plus que servie dans le seul handicap qui peut vous empêcher d’expérimenter cette activité : le vertige.
Quoi qu’il en soit, même vu d’en bas, la hauteur c’est top.
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- L’association puydômoise Biloba propose des animations d’initiation à la grimpe dans les arbres. Samedi dernier, plusieurs séances pour 8 participants maximum étaient proposées près du lac Servières, sur 1h30 chacune. Une durée suffisante pour apprendre à manipuler la corde, ses nœuds, sa pédale. Puis pour se hisser dans un grand hêtre et prendre le temps de savourer la sensation d’être plus proche de la nature, d’embrasser le monde avec un nouveau point de vue.
- Car les éducateurs de Biloba ont d’abord pour objectif de faire connaître les arbres et les principes du végétal, se sensibiliser à la nécessité de protéger l’environnement et d’amener les participants à l’émerveillement. La grimpe permet de s’adresser aussi à des personnes en quête de sensations fortes qui n’ont pas de sensibilité écologique.
- De plus l’activité s’adresse vraiment à toutes les personnes volontaires, sans restriction. Car elle est facile, ludique, et ne demande pas de force particulière. Pour les personnes en situation de handicap, différents systèmes permettent de les faire monter aussi. L’activité est même proposée à des fins thérapeutiques, autant pour les aspects physiques que pour le bien-être psychologique des patients.
Muriel a choisi un hêtre vénérable : élancé, solide, bien droit, en bonne santé. Un arbre qui inspire confiance. Un peu à l’écart du chemin pour que le groupe ne soit pas dérangé. Car nous sommes au bord du lac Servières, par un samedi très chaud dans la plaine. Le site va attirer du monde.
Mais ici, seuls les merles, les pouillots véloces et leurs copains perturbent le silence, accompagnés au loin par un pic épeiche qui tambourine. La forêt embaume des parfums de sève. Et des cordes pendent du hêtre vénérable. On n’en voit même pas le haut, perdu dans la ramure. Elles serviront à se hisser, plus ou moins haut selon chaque participant.
Car autour de Muriel un groupe attentif découvre, écoute, observe. Ils sont sept, venus par familles de deux ou trois : des parents, des enfants. La plupart n’ont jamais pratiqué la grimpe. Ils sont venus tester cette activité, proposée pour tous les publics, entre autres sorties découvertes à l’occasion d’une « fête des lacs », autour du Servières et du Guéry. L’intention étant de mettre en valeur ces deux sites classés espaces naturels sensibles et l’importance de les protéger.

C’est pourquoi l’animatrice a pris le temps de faire le lien entre le lac et la forêt qui l’entoure : « Il y a des animaux qui ont besoin des deux », souligne-t-elle, laissant deviner au groupe desquels il peut s’agir : oiseaux, grenouilles et crapauds, chauves-souris, loutre…
Connaître pour mieux apprécier
Mais ce n’est pas seulement pour coller au thème de la journée que Muriel insiste sur la nécessité de protéger la forêt et sa faune. Car elle est l’animatrice, en duo avec Adrien, de Biloba, une structure qui a pour vocation de faire grimper dans les arbres d’abord dans un but de sensibilisation.
« Plus on monte, plus on change d’univers et de point de vue. »
Dès la balade qui a emmené le groupe du lieu de rendez-vous près du parking jusqu’à l’arbre choisi, Muriel a fait une pause pour enrichir les connaissances des participants. Avant de grimper dans les arbres, commencer par savoir les reconnaître. Chaque famille participante aura découvert les signes distinctifs du hêtre, les indices pour différencier un sapin d’un épicéa ou d’un douglas, la liste non exhaustive des autres essences présentes, le goût des aiguilles prélevées sur les jeunes rameaux de résineux.

Plus tard, à la fin de sa présentation et juste avant le moment d’enfiler les baudriers, Muriel prépare aussi le groupe à se laisser charmer par l’environnement des hauteurs. « L’ambiance sonore est assez géniale. Plus on monte, plus on change d’univers et de point de vue. Prenez le temps de le percevoir. »
Et dans ses consignes, elle recommande de prêter attention à ne pas arracher les feuilles en atteignant les branches. « Parce que la photosynthèse est ce qui fait manger l’arbre ; c’est le phénomène le plus complexe de la planète », explique-t-elle dans l’intention d’éveiller la curiosité des participants et de les guider dans un temps de contemplation.


| Pour une autre balade en forêt et un autre regard sur l’arbre, lire aussi le portrait de Catherine Lenne : « Dans la peau d’une chercheuse fascinée par les arbres » |
Sécuriser les corps et les esprits
Il est temps de s’équiper. Muriel distribue les baudriers – « Enfilez-le comme un short ». Elle les vérifie, les ajuste, les resserre un à un. Puis elle rassemble à nouveau le groupe pour les instructions. Il est question du mousqueton, par lequel on s’accroche à la corde et qu’on ne manipule qu’au sol. Puis du nœud autobloquant Prusik (du nom de son inventeur) que l’on fait monter le long de la corde. Et la pédale dans laquelle on va passer un pied pour se hisser vers le haut…
L’animatrice prend soin de montrer tous les systèmes de sécurité garantissant que personne ne tombera. Mais elle a aussi des mots pour sécuriser les esprits. « On prend son temps, on va chacun à son rythme. On n’est pas obligé d’aller en haut. Si on est bien à 2 mètres, ou si on a envie de se poser sur une branche, on se pose. Et on peut s’autoriser à avoir peur. »
« On n’est pas obligé d’aller en haut. »
S’ensuit une petite révision, où l’on apprend que si on oublie de faire monter le nœud autobloquant, ce n’est pas grave… mais on ne montera pas. Elle invite les sept grimpeurs à choisir une des cordes qui pendent de l’arbre sur 20 mètres de hauteur. En quelques minutes, sept formes humaines flottent autour du tronc, à quelques dizaines de centimètres du sol. On dirait un manège à l’ancienne attendant de se mettre en route.
Expérience ascensionnelle
Ensuite, il faut se souvenir des gestes précis. Replier une jambe pour aller trouver la pédale. Déplacer le nœud rouge vers le haut. Puis pousser. Muriel avait prévenu : « Au début, c’est un peu laborieux. »
Un lent ballet se déploie dans les airs avec une certaine grâce. D’abord tous à l’unisson, avec des regards et sourires complices. On sent un mélange d’excitation et de concentration. Puis petit à petit, chacun prend ses marques et progresse, plus ou moins haut, plus ou moins vite, avec plus ou moins de hardiesse, mais toujours concentré.
Certains atteignent les premières branches, choisissent de s’y installer. Ce premier obstacle n’est pas facile à négocier, mais Liam et Rebecca, après une pause, continuent l’ascension. Jade prend le temps d’un selfie avec sa mère, avant de s’aventurer plus haut. La petite Julie, la plus jeune du groupe, se crispe à quelques mètres du sol. Ses parents ralentissent sans trop savoir comment l’aider.
« C’est normal d’avoir peur. »
Entre-temps, Muriel a rejoint le groupe à la vitesse où les autres ont donné une seule poussée de la pédale. Avec l’aisance que vous auriez sur le parquet de votre salon, elle passe de l’un à l’autre, vérifie que tout fonctionne, lance à l’intention de tous « N’oubliez pas de respirer. » Puis contourne le tronc pour aller rassurer Julie.

Son but : faire se décrisper les deux petites mains cramponnées à la corde. « C’est normal d’avoir peur. Tout le monde a peur », lui explique-t-elle doucement. Après un petit câlin de son papa revenu à sa hauteur, prudemment, la jeune fille redescend jusqu’au sol.
Mais elle est persévérante. Ne pas rester sur ce premier échec. Après une longue pause pour se remettre de ses émotions, hop !, elle se lance à nouveau, appuie lentement sur la boucle-pédale et revient presque à la hauteur précédente, bien moins stressée. Ses parents, comme Muriel, peuvent être fiers.

Redescendre
Mais il est bientôt l’heure de la fin de cette séance d’une heure trente et l’animatrice rappelle à la vie terrestre les rêveurs des hauteurs. Peu à peu, les uns et les autres se laissent descendre, avec pour certains une petite sensation de vertige qui ne rassure pas.
Pour détendre l’atmosphère, Muriel fait la chauve-souris et se balance, tête en bas, rigolant, proposant aux participants de l’imiter… Hum, pas de volontaire. On ne devient pas écureuil en 90 minutes.
Retrouvant sous leurs pieds le tapis de feuilles mortes, les apprentis grimpeurs expriment leurs ressentis. « On était sereins en haut » ; « On serait bien restés »… Il est temps de remercier Muriel. Et l’arbre. Et de prendre congé.
« Il n’y a pas d’âge minimum. »
Pour l’animatrice, la journée n’est pas terminée. Elle aura accueilli quatre groupes de huit personnes au maximum durant la journée. Groupes d’initiation accessibles à tous. « Il n’y a pas d’âge minimum, m’explique-t-elle. Les tout petits sont très agiles et n’ont pas d’appréhension. Ce n’est pas une question de force pour se hisser mais de position. »
| Pour une vision plus globale de l’éducation à l’environnement, lire aussi l’entretien : « Selon Emilie Barat-Duval, l’éducation à l’environnement peut cibler les adultes comme les scolaires » |
Grimpe pour tous
C’est d’ailleurs la volonté des animateurs de Biloba d’accueillir tous les volontaires. « Je suis venue à la grimpe parce qu’auparavant j’étais éducatrice nature ‘classique’, mais on ne s’adressait qu’à des convaincus, témoigne Muriel. Aujourd’hui nous pouvons toucher aussi des personnes qui ne sont pas sensibilisées et qui viennent pour les sensations. C’est une bonne occasion de faire passer des messages. »
C’est pourquoi les animations peuvent parfois prendre des formes plus ludiques ou conviviales : spectacles, ponts de singe pour passer d’arbre en arbre, apéros perchés… « Mais nous sommes plutôt portés à amener les gens vers la contemplation et l’émerveillement », ajoute-t-elle.
« On ne s’adressait qu’à des convaincus. »
Pour pouvoir accueillir vraiment tout le monde, il ne manque pas d’équipements – poulies, chaises, systèmes permettant de se hisser au moyen des bras quand les jambes ne fonctionnent pas – ce qui permet d’inclure des personnes âgées ou handicapées. La grimpe peut même avoir des vertus thérapeutiques. Car le contact avec la nature apporte bien-être et apaisement, et l’aspect physique peut aider à remettre le corps en mouvement.

De sorte que Biloba travaille avec toutes sortes d’établissements, des écoles aux hôpitaux et établissements spécialisés. Et ses éducateurs, dûment diplômés, se déplacent dans toute l’Auvergne et même au-delà. Partout où ils sont demandés pour encadrer des séances ou monter des projets, qui peuvent aussi inclure d’autres activités de sensibilisation autour de l’arbre et du végétal.
Mais toujours avec un même but : apprendre à apprécier et respecter les milieux naturels, faire prendre conscience de la vie qui nous entoure, changer nos comportements. Pour tout cela, rien de tel que de prendre de la hauteur.
| Pour en savoir plus sur Biloba et connaître les prochaines activités proposées au grand public, consulter le site internet et surveillez la page des actualités. |
Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé samedi 13 juin 2026. À la une : Les participants en cours d’ascension.
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