Parc Saint-Jean : une bouffée de verdure déjà accueillante

Par

Marie-Pierre Demarty

Le

Retour sur les lieux 3/3 – Nous l'avions découvert en chantier. Il fallait y retourner pour vérifier que les fonctions « refuge en cas de canicule » de ce parc urbain nouvelle génération remplissent leur office. Un an après son ouverture, il est déjà très convaincant.

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Le pourquoi et le comment   [cliquer pour dérouler]

S’il y a un point de vulnérabilité majeur pour l’agglomération clermontoise, c’est bien l’amplitude des canicules à venir. Ce printemps de tous les records nous le rappelle bien. Et si on continue à mettre les sujets environnementaux sous le tapis, ils pourraient se montrer bien plus dévastateurs que les faits divers les plus médiatisés du moment, aussi alarmants soient les faits en question.

Prenons tout de même les choses par leur côté heureux et encourageant, comme on essaie de le faire le plus possible dans le « média du vivable » qu’est Tikographie. La métropole se transforme, ça fait râler du monde, ça ne va pas assez vite, mais ça va aussi trop vite et c’est parfois perçu comme brutal. Cependant dans tout ça, il y a des havres de paix, de fraîcheur et de verdure où on peut se réfugier : du bruit ambiant, des polémiques, de la chaleur…

En cette mi-juin où la canicule est déjà de retour après celle de mai, allons prendre un bain de fleurs, d’ombre douce et de tranquillité.

Marie-Pierre

Trois infos express   [cliquer pour dérouler]

  • Le parc Saint-Jean, conçu comme un îlot de verdure et de fraîcheur dans un quartier en pleine mutation, a été ouvert au public il y a un an. Il démontre déjà la pertinence de ses aménagements en rupture avec les parcs urbains traditionnels : pas de clôture, des espaces laissés en libre évolution, des brumisateurs pour se rafraîchir, des petits îlots pour créer une intimité, une zone humide pour recueillir l’eau des rases, des étendues d’herbe plus proches de la prairie que du gazon ras et uniforme.
  • La végétation remplit déjà bien ses fonctions, notamment grâce à de grands arbres préservés des époques antérieures, à partir desquels le parc a été conçu. Une grande allée de platanes, notamment, prodigue déjà une belle ombre, appréciable aux heures chaudes. Et la plupart des végétaux ajoutés autour d’eux se sont bien acclimatés. Le fleurissement foisonnant, la diversité des espaces et des cheminements achèvent de rendre le site agréable et séduisant.
  • Peu à peu, les habitants et travailleurs du quartier s’approprient le lieu. Des classes d’écoliers viennent parfois prendre un cours en plein air dans son théâtre de verdure. Mais la prochaine étape lui apportera probablement plus d’animation, car il est prévu une opération immobilière sur le terrain adjacent. Ce projet devrait être défini d’ici à la fin de l’année.
Pour comparer avec la version « en cours d’élaboration » du parc, lire le précédent reportage, paru le 25 mars 2025 : « Le parc urbain du futur prend forme à Saint-Jean »

Retourner sur les lieux d’un parc public qu’on a visité uniquement durant le chantier de son aménagement a quelque chose de spectaculaire. Un an après son ouverture, même en cette fin de canicule précoce où je l’ai visité, la végétation est devenue luxuriante. Elle prodigue ombre et fraîcheur, invite à s’étendre dans l’herbe et réjouit l’œil.

Joint par téléphone, Romain Sarry, le responsable du projet pour la SPL, confirme la réussite de celui-ci : « Un constat de plantation a été fait avant l’ouverture, puis à l’automne, car les arbres plantés ont une garantie. Nous avons été amenés à remplacer seulement quinze arbres sur près de 420, ce qui est un très bon résultat. Les plantes vivaces se sont bien tenues aussi. Le choix de l’arrosage au goutte-à-goutte a sans doute joué. Les massifs sont denses, ils restent frais et ombragés. »

« Aucun dysfonctionnement majeur n’est constaté. »

Il a pu constater aussi que le quartier s’est bien approprié les lieux : peu de dégradations, des écoles qui viennent occuper l’amphithéâtre pour un cours, le terrain de pétanque investi quasi quotidiennement aux beaux jours, des brumisateurs qui ont été bien utilisés l’an dernier, a-t-il constaté. Il précise les rares améliorations qui ont été nécessaires : « Les sièges tulipes colorés ont été victimes de leur succès et nous avons dû mettre des pavés de basalte à leur pied car l’herbe avait disparu. Nous avons ajouté des accoudoirs aux bancs. Et les usagers évoquent parfois qu’il manque peut-être un ou deux jeux sur l’aire réservée aux enfants. »

Il reste quelques points en suspens. La clôture restée optionnelle est toujours à l’étude. « Ce sera à la nouvelle municipalité de décider de son déploiement, poursuit Romain Sarry. Une solution de caméras de surveillance est également possible. Mais nous faisons un point régulier avec les services de police municipale et aucun dysfonctionnement majeur n’est constaté. »

Vous n’avez pas encore visité ce petit îlot refuge entre les zones commerciales et industrielles du quartier Saint-Jean ? Allons-y…

Se balader

Le parc n’est pas immense, mais il est une vraie invitation à l’arpenter dans tous les sens. D’abord grâce à la diversité des espaces, mais aussi par la qualité même des allées. Et même, dès l’abord, par la facilité à y entrer.

Où s’arrête la ville ? Où commence le parc ? Derrière le bosquet de ginkgos, c’est directement la rue. Attention, vous risquez d’entrer sans même vous en apercevoir.
La porosité est d’autant plus forte que les « portes » ne sont pas vraiment des portes – puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas de clôture d’enceinte ! Considérez-les plutôt comme des sortes de totems qui permettent de se repérer, et qui marquent des changements d’ambiance. Mais ces poteaux-repères invitent à varier aussi votre façon d’arpenter l’espace. Car vous rencontrerez la « porte des traversées », la « porte du raccourci », celle des « roulés-boulés » suggérant que vous pouvez vous autoriser à vous rouler dans l’herbe. Et même celle des « vols d’oiseaux ».
Tiens, justement, ils sont là, les oiseaux. On les entend partout, surtout dans les espaces laissés en friche où ils peuvent trouver plein de cachettes. Il n’y a pas encore eu d’inventaire de la faune depuis l’ouverture du parc. Mais tout a été conçu pour qu’elle se sente elle aussi accueillie. Et ce merle, en tout cas, se comporte en propriétaire des lieux. J’ai comme l’impression qu’il se moque…
Pour vos traversées en tout cas, vous avez le choix du matériau que vous souhaitez sentir sous vos pieds. L’herbe tendre ou ce pas japonais de basalte ?
Et pour les allées, vous préférez les planches au soleil ou la demi-ombre de cette pergola ?
À moins que la traversée de cette petite jungle laissée en libre évolution ne vous tente…

S’activer

S’activer ? En fait, pas trop. En tout cas, un jour de semaine en milieu d’après-midi, quand il fait plus de 25°C, je peux témoigner qu’il n’y a pas grand monde pour s’agiter.

Mais si vraiment vous y tenez, ou le soir à la fraîche, ou un jour de week-end, vous pouvez toujours vous ébattre sur l’aire de jeu des enfants, vous mesurer aux joueurs de pétanque sur le terrain adjacent, courir ou faire du vélo dans les allées… Lors de mon passage, l’ambiance était plus paisible. Les visiteurs étaient plutôt là pour…

Se poser

L’endroit idéal pour lire au soleil. Bancs esthétiques et confortables. Cette partie a été aménagée pour former comme des petits salons à l’air libre, pour s’isoler. Le coin est équipé de brumisateurs. En cas de forte chaleur, appuyez sur le bouton… mais pensez à protéger votre livre.
Sinon il y a le mode sieste. Ici au soleil dans un autre recoin tranquille.
Là en duo sur la pelouse, pile dans l’ombre bienvenue du platane.
Mode sieste encore : mais aux heures chaudes, il est permis de délaisser les chaises longues au soleil pour les bancs à l’ombre.
Les sièges tulipes attendent eux aussi que l’on vienne ouvrir leur corolle.
Décidément sympa, cette allée de platanes est tentante. Comment des arbres aussi grands peuvent se trouver dans un parc aussi récent, remplaçant une friche occupée autrefois par des abattoirs ? Figurez-vous qu’ils ombrageaient alors le parking de l’entreprise. Le parc a été créé, en quelque sorte, autour d’eux et à partir d’eux. L’esplanade sur la droite a été pensée pour accueillir des événements festifs.
Mais si on veut se poser pour regarder un spectacle ou assister à un cours ou un discours en plein air, on choisira plutôt ces gradins, qui vous permettent d’avoir les pieds dans l’herbe.
Ils font face à cette scène de planches, bien tentante pour se mettre à danser ou à déclamer… mais à cette heure paisible, le spectacle, c’est le parc lui-même.

Contempler

Car tout compte fait, qu’on y vienne pour se reposer, pique-niquer, courir, bavarder ou s’amuser, ou pour trouver un refuge à la chaleur, cette ambiance accueillante est entièrement créée par un élément central : le végétal. Dans l’ensemble, la place qui lui est laissée est moins contrainte que dans un parc traditionnel. La pelouse a des allures de prairie. La plupart des plates-bandes ne sont pas disciplinées et donnent une impression de fouillis naturel et luxuriant.

Voyez par exemple ce parterre un peu sauvage qui harmonise les bleus et les mauves.
Il y a encore plus sauvage : notamment ce carré bordé de tilleuls, qu’on ne peut contempler que de loin, par-dessus la barrière. Qu’est-ce que c’est que ce parc où on laisse des espaces « inutiles », où il n’y a rien, interdits aux visiteurs ? En réalité, cette partie est réservée à d’autres visiteurs : dans ces herbes hautes, dans les buissons ou sous les arbres, la petite faune des villes, plus nombreuse que vous l’imaginez peut-être, pourra s’installer sans être trop dérangée. Insectes, oiseaux, hérissons et autres petits mammifères, peut-être des chauves-souris…
Quant à ce bassin où l’on n’accède pas non plus, et qu’on ne peut voir que depuis la passerelle qui l’enjambe, ce n’est pas une mare ratée. C’est une zone humide réussie. « Le sol y reste humide en permanence et les plantes aquatiques que nous y avons mises sont encore bien vivantes », souligne Romain Sarry. Cette zone a été prévue pour recueillir l’eau du petit réseau de rases qui irriguent le parc. « Elle a été conçue pour se remplir uniquement dans des cas de pluies d’amplitude décennale, celles qui ne surviennent que tous les dix ans environ », précise-t-il. Comme le chanterait Brassens, « Rendez-vous au prochain orage ».
Pour les végétaux visibles de plus près, prêtez attention aux étiquettes. Elles sont à la fois bien visibles, informatives et jolies. Elles vous renseigneront par exemple sur les arbres locaux de variétés anciennes qui ont été choisies, comme cet amandier, sur les conseils du Conservatoire d’espaces naturels. Même s’ils ne sont pas les plus nombreux, car le parc a été davantage conçu comme un laboratoire d’adaptation au climat futur, avec bon nombre d’essences plus méridionales.
Enfin, que les amateurs de carrés bien propres alignés au cordeau se rassurent. Ils pourront s’épanouir dans ce petit enclos. Le « jardin de fleurs » se veut un hommage aux jardins ouvriers qui fleurissaient autrefois dans ce quartier. Il constitue une des ravissantes surprises dans l’exploration du parc.
Terminons la balade par un hommage à ceux qui entretiennent ce bel espace. Car entretenir un tel endroit demande du travail, pour garder un savant équilibre entre l’aspect naturel et l’aspect accessible, entre la propreté et la liberté, entre l’accueil des humains et de tout le vivant qui l’entoure, entre l’ombre et le soleil…

À suivre…

Et pour conclure ? Elargissons la focale. La prochaine étape de l’aménagement du quartier sera immobilière. Tout un espace attenant au parc a été réservé à la construction d’immeubles de logement. « Nous espérons avoir un projet à la fin de l’année, pour une livraison d’ici à 2030 environ », indique Romain Sarry.

Derrière ce charmant fouillis végétal, une palissade annonce déjà la suite…

Cette opération va conditionner les aménagements paysagers suivants : d’un côté, un mail végétalisé qui traversera cet îlot d’immeubles pour relier le parc au boulevard. De l’autre, un espace formant comme une enclave derrière le gymnase et le lycée voisins. Car l’idée, pour cet espace, est de proposer des fonctions que le parc n’offre pas : potagers, équipements sportifs… « Mais nous prévoyons une co-élaboration avec les premiers habitants », précise le responsable de l’aménagement du secteur. Un point de plus pour la réussite de ce quartier-du-futur.

Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé jeudi 21 mai 2026. À la une : une après-midi paisible au parc Saint-Jean, entre l’allée bordée de platanes (premier plan) et l’amphithéâtre (en arrière plan).

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