Valtom 1/2 : à quoi sert le pôle de valorisation des déchets de Vernéa ?

Dix ans après la mise en service du pôle de valorisation, la contestation autour de la création de l’incinérateur s’est apaisée. Mais sait-on ce qui se passe aujourd’hui dans cette énorme enceinte si visible dans le paysage ? Guidée par le directeur du Valtom, j’ai poussé la porte…


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Le pourquoi et le comment

La question des déchets est sans doute une des plus épineuses de nos sociétés contemporaines. Elle est partout, monstrueuse, apparemment insoluble. Et trop nauséabonde (au propre comme au figuré) pour être populaire. Elle nécessite d’aller mettre le nez dans nos poubelles, dans nos toilettes, dans nos rebuts. Mais aussi dans la nature pour y glaner mégots et canettes, et même au sommet des montagnes et au fond des océans où la faune mange du plastique, nouveau genre de plancton pas très digeste…

Vu de très loin, l’humanité apparaît comme une gigantesque usine à transformer le vivant en déchet inutilisable. Pas top…

En attendant d’être tous en mesure d’appliquer strictement l’adage selon lequel « le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas », il nous semble dans notre rôle, à Tikographie, de faire connaître les grandes infrastructures qui existent sur notre territoire pour traiter le problème et les ordures qui vont avec.

Le Valtom fait des choses importantes en la matière, qui méritent d’être connues. Le sujet est multiple, souvent technique, plein de chiffres. On ne va pas tout aborder mais au moins donner un aperçu.

Parmi les divers équipements dont il dispose, j’ai choisi d’aller jeter un œil sur le plus visible, le plus encombrant, celui qui est né dans la douleur des polémiques.

On se doute que les opposants qui ont combattu avec acharnement le projet de l’incinérateur ne sont toujours pas convaincus, dix ans après sa mise en service, de la nécessité de cet équipement et de son innocuité. Gageons qu’ils doivent encore avoir un pincement au cœur ou une bouffée de colère à chaque fois qu’ils aperçoivent cette « verrue » impressionnante du paysage, à la sortie de Clermont.

L’idée n’est pas de chercher à les convaincre. Mais de comprendre comment il fonctionne et à quoi il sert.

Bref, de savoir comment le Puy-de-Dôme se débrouille avec ses ordures.

Marie-Pierre


Information sur notre prochain événement

Le nom de Valtom est devenu tellement familier dans le Puy-de-Dôme qu’on en oublie presque qu’il s’agit d’un sigle, désignant le Syndicat de Valorisation et de Traitement des Ordures Ménagères. Il est surtout une structure originale, car à l’échelle de l’Hexagone « la plupart des collectivités ont gardé un syndicat mixte unique pour les compétences de l’enlèvement des ordures et de leur valorisation », explique Olivier Mezzalira, directeur de cette institution désormais incontournable dès qu’on parle déchets et économie circulaire dans notre département.

Car le Puy-de-Dôme, auquel s’est aggloméré le secteur de Brioude en Haute-Loire, a choisi en 1997 l’option d’une entité différente et indépendante pour la valorisation des déchets. Neuf collectivités compétentes pour la collecte des ordures y adhèrent, couvrant l’ensemble du territoire  : communautés de communes, syndicats intercommunaux et la Métropole clermontoise.

« La plupart des collectivités ont gardé un syndicat mixte unique pour les compétences de l’enlèvement des ordures et de leur valorisation. »

Un choix qui lui a valu une histoire contrastée. On se souvient de la très forte opposition à l’édification de l’incinérateur, emmenée notamment par la Métropole clermontoise, qui avait secoué la région au début des années 2010. Mais depuis, le Valtom s’est aussi illustré par son engagement pionnier dans le développement du compostage et d’autres formes de valorisation.

Une page tournée

« Les élus avaient tenu bon face à l’opposition et je pense qu’ils avaient eu raison. Car la gestion à l’échelle départementale apparaît pertinente pour mutualiser les outils. Même s’il faut aussi s’adapter au contexte de chaque territoire, qui est forcément différent entre une Métropole de 295 000 habitants et par exemple le Sictom des Couzes qui en compte 27 000. En fêtant les dix ans de l’incinérateur l’an dernier, nous avons inauguré le raccordement du réseau de chaleur pour lequel nous sommes partenaires de la Métropole, un beau symbole de l’apaisement. Aujourd’hui, nous avons tourné cette page de la contestation et nous pouvons avancer plus sereinement », résume le directeur, arrivé à son poste après l’épisode orageux, au moment de la mise en service de l’équipement.

« La gestion à l’échelle départementale apparaît pertinente pour mutualiser les outils. »

L’équipement en question ne se résume pas à l’incinérateur. D’abord parce que le Valtom, s’il a son siège sur le site de celui-ci, dispose de différentes installations réparties sur le territoire : le centre d’enfouissement de Puy-Long, juste à côté, et deux autres à Ambert et Saint-Sauves, où sont stockés les déchets ultimes stables ; un centre de tri à Clermont, ainsi que des centres de transfert, des plateformes de tri ou de broyage, et le site de Vernéa qu’Olivier Mezzalira me fait visiter.

Olivier Mezzalira
Dans la salle où sont accueillis les visiteurs des (nombreuses) visites guidées du site, Olivier Mezzalira, directeur du Valtom, explique le fonctionnement du site de Vernéa et, ici, les différents flux de déchets qui l’alimentent.

S’étendant sur 8 hectares, celui-ci est propriété du Valtom. Mais l’installation est gérée en délégation de service public par Vernéa, filiale du groupe Suez créée spécifiquement à cette fin.

Le site ne se résume pas non plus à l’incinérateur, comme le suggère son appellation officielle de « pôle multifilières de valorisation et de traitement ». Il réunit différents outils qui permettent de traiter les déchets de diverses provenances et de diverses natures. Et il les transforme en produits encore plus divers qui pourront à nouveau servir : compost, métaux ferreux et non ferreux, mâchefer, gaz, électricité, chaleur.

212 000 tonnes de déchets

Traduit en chiffres, si on se réfère au bilan d’activité 2022 de Vernéa, le site engloutit plus de 212 000 tonnes de déchets à l’année, issus principalement des 700 200 habitants du territoire. Il les transforme à 83,6%, pour produire de l’énergie – 110 389 MWh d’électricité, 1 281 903 Nm3 de biogaz – mais aussi en 7 500 tonnes de compost, 5 322 tonnes de métaux, 20 286 tonnes de mâchefer. Il reste après cela 33 500 tonnes de déchets qui ne peuvent pas être valorisés et partent vers l’installation de stockage de déchets non dangereux de Puy Long, auxquels s’ajoutent 3 138 tonnes de cendres stockées du côté « déchets dangereux ».

Vernéa vue aérienne
Le site de Vernéa. Vu d’en haut, on peut distinguer les différentes unités : tout à gauche, la valorisation des déchets verts ; les grands bâtiments au centre abritent le tri mécanique des déchets non recyclables et, sur le devant, l’incinérateur ; enfin dans l’aile droite se trouve la plateforme de traitement des cendres, mâchefers et métaux. – Photo Suez

Face à la maquette du pôle, dans les salles d’accueil des visiteurs où de grands schémas résument le parcours des ordures, puis dans le poste de commandes, Olivier Mezzalira explique le fonctionnement des trois grandes unités réunies dans ces vastes bâtiments.

La première traite les biodéchets issus de la poubelle verte et des déchets verts apportés en déchetterie. Ces derniers sont valorisés par broyage et compostage. Tandis que les biodéchets seront dirigés vers un méthaniseur qui les transforme en deux produits : biogaz d’un côté, digestat de l’autre, lequel va rejoindre le stock de compost commercialisé auprès des agriculteurs et coopératives. Quant au gaz, « il est transformé en électricité et va aussi alimenter la station de GNV, carburant utilisé par les camions qui convergent vers le site. »

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Montagne combustible

Occupant la partie centrale du site, la deuxième unité valorise les ordures ménagères issues des bacs gris, les encombrants de déchetterie, les déchets d’activité économique – la part de service « non Valtom » que Vernéa commercialise auprès d’entreprises du Puy-de-Dôme principalement et, pour 20% environ, des départements limitrophes – et les erreurs de tri en provenance des poubelles jaunes, via le centre de tri. « Ces erreurs coûtent à la collectivité 6 à 7 millions d’euros… une raison de plus pour inciter les particuliers à bien respecter les consignes de tri », relève-t-il au passage.

« L’électricité produite représente l’équivalent de la moitié de la consommation de Clermont. »

Cette partie se décompose en deux étapes : un tri mécanique pour séparer gros et petits déchets au travers d’un grand cylindre perforé qui sert de crible. Les petits déchets, qu’on suppose principalement organiques et humides, seront traités pour les stabiliser avant de les expédier vers la décharge voisine de Puy Long.

Le reste – des monceaux d’objets et matériaux hétéroclites non recyclables – va alimenter l’incinérateur, soit 147 119 tonnes à l’année (chiffres 2022). On ne verra pas l’intérieur du four pour des raisons évidentes, mais la fosse où s’entassent les déchets en tous genres est déjà très spectaculaire. Une montagne de détritus formant sur un côté un puits vertigineux. Et virevoltant par-dessus, un énorme grappin qui puise dans le tas. Vu à travers la vitre du centre de commandes, le tableau a de quoi alimenter l’imagination des amateurs de films à sensation ou la méditation attristée des militants du « zero waste »

Vues de la fosse des déchets
Deux vues de la fosse où s’entasse une montagne de déchets, manipulés à l’aide de l’énorme grappin. Tout en haut, la baie vitrée de la salle de commande, pourtant grande, apparaît toute petite… – Photos Suez

La combustion de ces déchets produit de la chaleur qui réchauffe l’eau d’une grande chaudière et la transforme en vapeur pour produire deux types d’énergie : elle entraîne la turbine qui produit de l’électricité, et désormais, réchauffe le circuit d’eau du réseau de chaleur. Celui-ci file vers Clermont pour chauffer l’équivalent de 10 000 foyers ou, plus concrètement, le CHU, l’Université, les immeubles collectifs du quartier Saint-Jacques… Quant à l’électricité produite, « elle représente l’équivalent de la moitié de la consommation de Clermont. Nous en consommons 15 à 20% et le reste est injecté dans le réseau. »

24 heures sur 24

L’incinérateur produit par ailleurs des fumées, qui sont évacuées après passage dans de nombreux filtres pour atténuer au maximum leur toxicité. Et enfin, restent les cendres : un gros volume de résidus qui prennent la direction de la troisième et dernière unité.

Comme on peut l’imaginer, c’est une nouvelle opération de tri qui les attend. Sans détailler les multiples étapes, on retiendra qu’il en sort trois types de produits valorisables : les métaux ferreux et les métaux non-ferreux, qui seront livrés aux industries pouvant les recycler, et les mâchefers qui deviendront sous-couches de futures routes.

Echantillon de mâchefer
Un échantillon de mâchefer, un des produits issus de la troisième unité, qui trie les cendres de l’incinérateur. Le site en produit 20 000 tonnes par an, utilisées comme sous-couches des routes.

Au total, cette grosse usine (à gaz et à plein d’autres produits) tourne avec soixante employés Vernéa. Elle accueille aussi la trentaine d’agents du Valtom, dont ceux qui travaillent à animer les campagnes de sensibilisation, de communication ou d’actions pédagogiques.

Mais une de ses équipes joue un rôle plus directement lié au fonctionnement du site de valorisation. Car le Valtom a conservé la fonction de contrôler et peser ce qui est amené à un rythme régulier par les camions : ceux qui apportent directement les déchets de vos poubelles grises ou vertes, ceux qui viennent décharger différents matériaux collectés en déchetterie, ceux qui redirigent les « erreurs de tri » de votre poubelle jaune détectées au centre de tri. Tous ces matériaux proviennent de l’activité de collecte des adhérents du Valtom, prioritaires. Ils alimentent à environ 90% l’installation qui est, souligne Olivier Mezzalira, « à saturation constante depuis sa mise en service ». Car les quelque 10% restants sont commercialisés par Suez, notamment pour des déchets de type similaire aux ordures ménagères en provenance d’entreprises.

Le pôle tourne 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, « sauf pendant les arrêts techniques de maintenance et les pannes », précise le directeur. Car on n’arrête pas tous les quatre matins un four qui chauffe à près de 1000°C. D’autant moins que chaque redémarrage est amorcé au propane, sa combustion étant ensuite auto-alimentée par les déchets dont il se nourrit.

Salle de contrôle du site de valorisation des déchets
Point névralgique du site : la salle de pilotage et de contrôle des différentes unités. Les écrans permettent d’avoir une vue des différents points sensibles, y compris le four de l’incinérateur (en violet et jaune vif, sur la gauche de l’écran le plus grand). Les ordinateurs, au fond de la pièce, affichent les données de contrôle. Derrière la baie vitrée à gauche, les opérateurs ont une vue plongeante sur la montagne de déchets alimentée en permanence dans l’unité de tri, en amont de l’incinération.

Sous haute surveillance

Les arrêts techniques sont programmés deux fois par an, sur deux à trois semaines. Le Valtom en profite pour faire effectuer des visites de contrôle par un bureau d’étude indépendant.

Pesée à l’entrée et passage en revue des installations aux arrêts techniques ne sont qu’une partie de la surveillance que le syndicat a mis en place pour encadrer le travail de son délégataire. Le Valtom envoie aussi un agent chaque semaine faire le tour du site, procède à des visites inopinées, et possède ses outils d’analyse des rejets de fumées qui s’ajoutent à ceux de Vernéa. La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (ou DREAL), de son côté, a ses propres procédures de contrôle.

Balles de déchets stockées sur le site
Deux fois par an, Vernéa procède à un arrêt technique de maintenance. Sur ces périodes, le flux de déchets est mis en balles pour être traité progressivement après la remise en route.

Dans son rapport annuel d’activité, Vernéa affirme de son côté contrôler « plus de 1500 paramètres environnementaux » et mesure en continu, en application d’un arrêté préfectoral, huit types de rejets atmosphériques, dont elle surveille et publie notamment les dépassements de plus de 30 minutes : elle en a ainsi relevé 8 en 2022 et 11 en 2021.

Aux différents contrôles internes à l’enceinte du site, s’ajoute un partenariat de Valtom avec Atmo Auvergne-Rhône-Alpes, pour mesurer de façon régulière les taux de dioxyde d’azote et de poussières de type PM10 à proximité du pôle.

« Toutes les oppositions initiales au projet ont contraint les élus à être très vigilants ; elles ont eu des effets positifs. »

On se souvient qu’une des principales critiques de la contestation concernait les potentiels rejets de dioxine dans les fumées crachées par la cheminée de l’incinérateur. « On en rejette, mais en dessous des valeurs limites d’émission fixées par la règlementation », analyse le directeur, qui ajoute : « toutes les oppositions initiales au projet ont contraint les élus à être très vigilants sur la mise en place des contrôles ; elles ont eu des effets positifs. »

Sans doute le contrôle des rejets est-il capital. Mais un autre enjeu de la problématique des déchets se situe à la source, dans la production de déchets et dans ce qu’on en fait. Peut-on faire mieux ? Comptabiliser moins de déchets ? Trier plus efficacement ? Réemployer plutôt que jeter ou recycler ? Éléments de réponse dans le prochain article.

Prochain article : « Tout le monde n’est pas encore convaincu par la nécessité de trier »
Il est possible de visiter le site de Vernéa, ainsi que d’autres sites du Valtom, soit en groupe, soit lors de journées portes ouvertes. Renseignements et inscriptions sur le site du Valtom.

Reportage Marie-Pierre Demarty, réalisé le 17 avril 2024. Photos Marie-Pierre Demarty, sauf indication contraire. A la une : le pôle de Valorisation des déchets de Vernéa. En arrière plan, on aperçoit une partie de la colline de Puy Long, formée par le millefeuilles des ordures ménagères de Clermont pendant des décennies, puis encore aujourd’hui par les déchets résiduels non valorisables.

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