Quoiqu’on fasse, faire ensemble

Par

Marie-Pierre Demarty

Le

Le chantier participatif autour d'une des sources du puy Saint-Romain

J’ai expérimenté hier de faire des trucs qui me sont désagréables, mais à plusieurs. C’est nettement plus sympa.

La chronique mensuelle de Marie-Pierre Demarty

Ce dimanche, j’ai envie de vous raconter ma journée d’hier. Si vous avez lu mes précédentes chroniques, vous savez que je ne suis pas très à l’aise dans le froid, la neige, et toutes les petites attentions dont le climat nous gratifie (normalement) en hiver – ce qui ne m’empêche pas de m’inquiéter quand elles n’arrivent pas. Vous connaissez mon poêle à bois et mon plaid douillet. Et puisque vous me lisez régulièrement, vous pouvez déduire qu’une bonne part de mon métier se passe confortablement devant un ordinateur à aligner des mots sur l’écran.

Même dans mes engagements associatifs, je choisis toujours les places au chaud : dans les tâches de communication, dans les conseils d’administration, dans la paperasse et l’organisation des réunions. Surtout, n’allez pas penser que ces places au chaud sont des places de planqués : elles manquent de volontaires dans nombre d’associations, elles rebutent la plupart des personnes, qui s’engagent plutôt pour faire des choses concrètes : bêcher un bout de jardin partagé, manifester contre un projet qui les met en colère, jouer au barman en relayant les copains à la buvette, etc. Mais envoyer des newsletters et des convocations à la prochaine AG, remplir un dossier de subvention ou aligner des chiffres crédibles dans un budget prévisionnel, réfléchir aux prochaines orientations, voire recruter ou négocier le départ d’un salarié, c’est moins fun mais ça a aussi son utilité. J’y ai trouvé la mienne.

Un samedi dans la gadoue

Voilà que je digresse… Mais c’est pour que vous compreniez qu’hier, je suis carrément sortie de ma zone de confort, pour employer une expression qui pour cette fois, est à prendre au pied de la lettre.

Nous étions une quinzaine à nous être donné rendez-vous au petit matin devant la mairie de notre village, armés de cisailles et de sécateurs, de bêches, scies, hachettes et même d’une petite tronçonneuse. Objectif : une petite rando d’une demi-heure dans le brouillard – pas loin de 300 mètres de dénivelée en montée – pour atteindre une source bien cachée au milieu des bois, sur les flancs de « notre » volcan, et dégager ce site que nous nous sommes mis en tête de restaurer et de valoriser, avec d’autres sources et fontaines de la commune, et avec l’aide d’un tailleur pierre lui aussi de la commune, qui orchestrait ces travaux préparatoires.

Matinée passée à tailler dans les ronces, à dégager des tronçons de bois et des branchages, à patauger dans la boue, à sentir l’humidité chercher les interstices de nos anoraks. J’aurais dû faire ça dans mon propre jardin (heureusement je n’en ai pas), j’aurais détesté.

Eh bien là, non.

Pourquoi ? Parce que nous étions ensemble ! Un groupe joyeux, hétéroclite, intergénérationnel, papotant ou s’entraidant, plaisantant, s’organisant mais pas trop quand même… A dix heures et demie, on a tiré des sacs les thermos de café, de thé et de vin chaud, les brioches et cakes maison. A 13 heures, nous redescendions casse-croûter au chaud, satisfaits du travail accompli. Avec en plus l’impression partagée d’entamer un beau projet1 pour notre village et d’en être assez fiers.

Certes, à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai mal partout. Et pourtant, j’ai hâte de recommencer.

Je ne suis pas sûre que notre petit groupe sauvera la planète. Mais ce genre d’actions nous permettra au pire d’avoir la sensation, avec Corinne Morel Darleux2, de couler en beauté avec ladite planète.

Parce que bon, jusqu’ici tout va bien… Mais jusqu’à quand ?

1. Merci au Budget écologique citoyen du Conseil départemental de nous en donner l’opportunité. 2. « Mieux vaut couler en beauté que flotter sans grâce », Corinne Morel Darleux, éd. Libertalia, 2019