L’architecture doit « rassembler ce qui est disloqué » dans les territoires, selon Patrick Bouchain

Par

Damien Caillard

Le

A la fois architecte, urbaniste, paysagiste sans s’en revendiquer, Patrick Bouchain a créé la Preuve Par 7. Ce dispositif original agit sur sept territoires en France, dont les villes de Pérignat-ès-Allier et Billom, en voulant intégrer les habitants aux projets d’aménagement.


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Ressenti de l’auteur

Comme pour beaucoup d’entretiens, celui-ci s’est réalisé grâce à un fil et une aiguille. Ou plutôt une pelote de laine, l’écosystème des acteurs de la transition, touffu, dense, illisible (ou presque) depuis l’extérieur. Mais quand on tient un fil qui dépasse, on le tire doucement, et on arrive à y voir plus claire. Autrement dit, c’est en rencontrant Jean-Pierre Buche, maire de Pérignat-ès-Allier, en 2020 – pour la première Rencontre de la Résilience sur le PAT [Projet alimentaire Territorial] que j’ai entendu parler de la Preuve Par 7. Par la suite, j’ai pu entrer en contact avec l’équipe de la Perm’ à Billom, avec laquelle j’ai réalisé un chouette entretien au printemps dernier. Deuxième mention de la Preuve Par 7.

Humm, me dis-je, il faut aller voir ces gens. Cela s’est fait avec l’aide de mon ami Olivier Agid, artiste de l’image mais aussi architecte, qui m’a présenté Patrick Bouchain. En fait, je m’étais un peu documenté (quand même) et j’avais beaucoup apprécié le concept de cette structure qui consiste à réaliser sept projets de territoire en France (dont les DOM TOM) à sept échelles différentes, et d’en tirer les leçons.

Chance : c’est sur le Puy-de-Dôme, à Pérignat et à Billom (qui sont considérées comme deux villes liées) que Patrick et son équipe ont posé leurs… heu… équerres ? Compas ? Pardon pour les poncifs, mais je ne suis pas architecte. Bref, en travaillant avec des acteurs locaux (comme les maires et les équipes des deux villes, mais aussi Boris Bouchet à Clermont) et surtout avec les habitants concernés, ils ont développé une approche originale qu’il me semblait intéressant de mettre en avant.

Damien

Les principaux points à retenir

  1. Architecte à 50 ans après de nombreuses expériences en création, aménagement, urbanisme et politique, Patrick Bouchain revendique une approche transversale, touchant autant au bâti qu’aux paysages, à l’éducation ou à la santé. Il a développé un cabinet « plateforme » pour cela à Paris, et a monté plusieurs « Universités Foraines » en France pour être au contact des habitants et des acteurs locaux.
  2. Avec la « Preuve par 7″, Patrick a souhaité créer un dispositif d’accompagnement de projets locaux à sept échelles différentes en France et en Outre-Mer. Une des échelles est le centre-bourg, avec des problématiques de revitalisation : c’est à Billom et à Pérignat-ès-Allier, deux communes historiquement liées, qu’il a choisi de lancer l’expérimentation. Selon Patrick, il est nécessaire d’apporter la preuve de ce qu’on fait avant de transmettre.
  3. Les projets locaux suivis par la Preuve par 7 doivent fonctionner sur le principe de la programmation ouverte, en impliquant d’abord un élu local engagé puis les habitants, les techniciens publics et les collectifs. Les réponses aux besoins d’habitat, par exemple, seront différentes d’une métropole à un village rural. La notion de « vraie vie » est donc chère à Patrick, qui insiste pour échanger avec de nombreux habitants des territoires concernés à ce sujet.
  4. Ainsi, à Pérignat, la Preuve par 7 travaille avec l’architecte clermontois Boris Bouchet à modifier ou restaurer des commerces ou une bibliothèque avec des matériaux exclusivement locaux. A Billom, le projet porte à la fois sur l’ancien collège jésuite devenu la Perm‘ (impliquant la notion de permanence, de temps long, que porte Patrick) mais aussi sur des anciennes maisons du centre-bourg. Là, Patrick peut s’opposer frontalement à certaines décisions administratives pour faire avancer les projets, assumant une forme de rapport de force.
  5. Patrick conclut sur sa vision de l’écologie non pas comme une technique ou une science mais comme un art de vivre, une qualité humaine. Elle implique selon lui l’acceptation de la diversité des habitants d’un territoire, mais aussi l’envie de « faire ensemble« . C’est l’objectif de la Preuve par 7 : rassembler ce qui a été disloqué.

L’intervenant : Patrick Bouchain

Architecte ; fondateur de l’atelier Construire et de la Preuve par 7

Né en 1945, Patrick Bouchain a débuté sa vie dans le monde de l’architecture suite à un « changement de modèle » en 1974, à cause de moments personnels difficiles. Il a commencé avec des pratiques « expérimentales » à ce moment, jusqu’à l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. « C’était une bouffée d’air culturelle, sur les arts plastiques, le design, et plus tard l’architecture », reconnaît-il.

Sa méthode, déjà rôdée, lui permet de se faire remarquer des pouvoirs publics. « Moins chère, plus réactive, plus collaborative », résume Patrick. En 1984, il rencontre Jack Lang, alors ministre de la culture, et devient son secrétaire particulier jusqu’en 1988. Patrick apprend alors le métier politique en coulisses, avec une approche plus militante qu’il assume. Il en retire une volonté de se rapprocher du terrain : « tout ce que je fais est relié au politique ou au citoyen »

Quand Jack Lang est élu maire de Blois en 1988, Patrick le rejoint sur place en tant que Directeur Général des Services. Il crée alors son atelier d’architecture et d’urbanisme, qui lui permet de participer au projet urbain « de manière holistique, intégrant le paysage, la santé, etc ».

C’est en 1994 qu’il quitte le monde public, sans diplôme ni inscription à l’ordre des architectes. Pour ne pas rentrer dans une case, qu’elle soit celle de l’architecture ou de l’urbanisme, il créé un « bureau multidisciplinaire«  basé à Paris, qui sera une plateforme pour ses différentes actions créatives. Cette agence fermera en 2021, et Patrick y aura notamment déployé une Université Foraine dans plusieurs villes de France.

Pour travailler au plus près des territoires, il crée également la Preuve Par 7, atelier déployant sept projets territoriaux en France Métropolitaine et dans les DOM-TOM, à des échelles différentes. Un des projets, celui au niveau des bourgs ruraux, se situe dans le Puy-de-Dôme, sur les communes de Billom et de Pérignat-ès-Allier.

Patrick Bouchain a pris sa retraite en 2022 mais souhaite poursuivre sous forme d’enseignement et de conférences, en travaillant sur la mise en place d’une chaire de recherche.

Contacter Patrick par courrier électronique : contact [chez] lapreuvepar7.fr

Crédit photo : Willy Vainqueur (DR)

La structure : la Preuve par 7

« Démarche expérimentale » en architecture et en urbanisme déployée sur sept territoires en France et en Outre-mer, dont les communes de Billom et de Pérignat-ès-Allier dans le Puy-de-Dôme

Créée par l’architecte Patrick Bouchain, la Preuve par 7 accompagne des porteurs de projets locaux à sept échelles différentes, de la métropole au village rural en passant par la banlieue, le bourg ou la ville moyenne. Le dispositif est porté par l’association Notre Atelier Commun.

Son objectif est à la fois de concourir à la réalisation de projets de territoires mais aussi de mettre en œuvre une méthode de « programmation ouverte« , impliquant fortement les élus locaux, les collectifs déjà constitués et les habitants. Il s’agit aussi d’être au plus près du terrain, et de revendiquer un droit à l’expérimentation par les usages.

Dans le Puy-de-Dôme, l’expérimentation en cours porte sur plusieurs bâtiments dans le centre de Billom (dont l’ancien collège jésuite la Perm’), et à Pérignat-ès-Allier. Le collectif Rural Combo, à Culnhat, ou encore l’architecte clermontois Boris Bouchet sont parmi les acteurs locaux participant aux projets de la Preuve par 7.

Visiter le site web de la Preuve par 7

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Tu revendiques une approche « transversale » de l’architecture et de l’urbanisme. De quoi s’agit-il ?

En fait, j’ai commencé ma vie d’architecte à presque 50 ans, après des années de travail notamment auprès de Jack Lang à Paris puis à Blois. Mais je n’ai ni diplôme, ni inscription à l’Ordre. Je ne suis pas urbaniste, paysagiste ou designer … je suis même contre cette forme de cloisonnement des métiers.

Mon approche est effectivement transversale : je veux toucher aux bâtiments autant qu’aux jardins, à l’éducation ou encore à l’eau. Mon expérience m’a formé à l’école de la réalité, celle de la rue, du social.

« Je veux toucher aux bâtiments autant qu’aux jardins, à l’éducation ou encore à l’eau. »

En outre, je ne voulais pas être dépendant d’une grosse structure. C’est pour cela que j’ai ouvert un bureau multidisciplinaire sous forme de coopérative, rue Rambuteau à Paris. C’était une plateforme pour toutes mes actions jusqu’en 2021, qu’il s’agisse d’expositions, d’œuvres, de plans d’urbanisme ou encore de festivals. Un vrai lieu de production, qui a même été retenu pour la biennale de Venise en 2006 !

A 78 ans, tu as choisi de passer la main côté opérationnel, mais de rester dans l’enseignement…

J’aime beaucoup le principe d’une « école du dehors », pour ce contact avec le terrain, et cette volonté de trouver des territoires d’expérimentation. Mon nouveau projet consiste en une « Université Foraine » : revenir au travail collectif mais sous forme d’enseignement, de laboratoires du dehors qui n’existeraient que pour le temps de la recherche.

Cette Université Foraine peut être rattachée à une université existante par une thématique comme la pollution ou la santé, à condition de se détacher – le temps de son existence – du corps d’origine. Je l’ai expérimentée à Rennes, et cela va s’étendre petit à petit ailleurs en France.

L’Université foraine de Patrick Bouchain (debout à gauche) sur le campement d’Igor Dromesko, Saint-Jacques-de-la-Lande, novembre 2012/ Crédit photo : Cyrille Weiner

Comment ce principe d’expérimentation terrain t’a-t-il amené à créer la Preuve par 7 ?

L’idée est dans le mot « preuve » : il faut prouver ce qu’on fait, ou ce qu’on veut faire. C’est capital pour montrer aux autres comment le faire. Autrement dit, ce n’est pas la recette qui fait le gâteau, mais c’est la preuve que quelqu’un a pu faire le gâteau.

En urbanisme ou en architecture, la recette, c’est la loi. Et cette dernière doit être interprétée. Ce faisant, elle s’enrichit elle-même, et cela aide peu à peu à sa transmission. C’est le principe de la Preuve par 7, qui est la structure portant sept expérimentations terrains en France métropolitaine et dans les DOM TOM.

Quelles sont les types de projets que tu y as développés ?

Les sept projets se basent sur des sujets communs aux habitants de chaque territoire concerné. Il faut  que les gens y trouvent du sens, qu’ils viennent s’y associer pour le réaliser, et en apporter la preuve. Je dis souvent que l’épreuve fait preuve, et que l’ensemble fait école. Comme quand on répond à une question pour montrer qu’on l’a bien comprise : on se met devant ses responsabilités, et on progresse.

« Ce n’est pas la recette qui fait le gâteau, mais c’est la preuve que quelqu’un a pu faire le gâteau. »

Pour revenir aux sept projets, ils sont à sept échelles, car un même sujet n’a pas les mêmes réponses en fonction des niveaux de territoires. Ces échelles vont d’un village rural à une grande métropole en passant par le bourg, la banlieue, la ville, le DOM [Département d’Outre-Mer] …

Par exemple, la Preuve par 7 travaille sur des logements sociaux à Mayotte mais aussi dans un village rural français, ce qui n’est pas du tout pareil ! A Mayotte, il prend la forme d’un bidonville auto-construit. Dans le village, c’est une ancienne école réhabilitée. Cela pose beaucoup de questions : peut-on les considérer au même titre comme un logement social ? S’ils ne sont pas aux normes, faut-il forcément les démolir ?

Pochoirs sur façade de la Maison des Jeunes de Chiconi, à Mayotte. C’est un des sept projets menés par la Preuve par 7 / Crédit photo : la Preuve par 7 (DR)

Et comment fédères-tu les acteurs locaux autour de ces projets ?

La clé est d’avoir un élu local qui nous soutienne. J’ai donc commencé par des rencontres informelles sur les territoires, en écoutant les sujets de ces élus, pour comprendre ce qui les motivait. Je cherche à saisir des opportunités : quand un projet émerge autour d’un élu, il faut très vite y agréger les acteurs de la vraie vie.

C’est comme ça que j’ai rencontré Jean-Pierre Buche [maire de Pérignat-sur-Allier, NDLR], par bouche à oreille. On a rapidement discuté de cette « vraie vie », des contraintes, des compétences nécessaires au niveau d’un petit bourg, du temps électif… 

« Quand un projet émerge autour d’un élu, il faut très vite y agréger les acteurs de la vraie vie. »

Jean-Pierre m’avait inspiré alors qu’il venait d’être élu maire de Pérignat, juste avant le début de la Preuve par 7. Chez lui, il y avait un décalage total entre ses idées et les moyens dont il disposait ! Mais, ce qui m’a séduit, c’est le fait qu’il voit son village comme partie de la ruralité, avec des espaces verts traités comme des zones agricoles, et des réserves foncières faites sur des maisons en ruine.

Lire l’entretien (2020) : Pour Jean-Pierre Buche, « le PAT veut montrer que la transition est possible »

Comment la Preuve par 7 a-t-elle pris pied dans le Puy-de-Dôme ?

Compte tenu des faibles moyens, je n’ai pu aider Jean-Pierre Buche que via la Preuve par 7. A condition de mettre Billom dans l’expérimentation : d’une part car il s’agit du chef-lieu [de la principale ville de la communauté de communes, NDLR]. D’autre part parce que les deux villes – Billom et Pérignat – sont en lien historique avec l’Allier, Pérignat étant le port de Billom, ancienne grande ville commerçante. Il faut prendre en compte ces éléments !

En outre, Billom disposait du premier collège jésuite en France. Et j’ai été élevé par les jésuites. Cela m’a parlé, et je me suis dit qu’il y avait un projet à monter sur à la fois un monument historique à Billom, et sur la ruralité à Pérignat.

Le maire de Pérignat, Jean-Pierre Buche (troisième à gauche) échange avec les habitants et les représentants de la Preuve par 7 au sujet des bâtiments à rénover à Pérignat / Crédit photo : la Preuve par 7 (DR)

Quelle est sa traduction à Pérignat ?

Le projet de Pérignat est porté par un architecte qui enseigne à Clermont, Boris Bouchet. Il y travaille sur un « vernaculaire » contemporain, c’est une idée géniale ! Boris souhaite construire avec uniquement des matériaux présents sur place : terre, pierre, ardoise, et aussi récupérer des éléments de bâtiments démontés. Cela va à contre-courant de la modernité, qui préfère tout remplacer avec du neuf.

« La « permanence », est le principe de mes actions. Notre société a perdu la vision du temps long. »

Le projet est en cours, et il est soutenu – voire aidé – par des élus, ceux que Jean-Pierre Buche désigne comme « architectes ». A Pérignat, ils ont permis de modifier la petite bibliothèque en utilisant le matériau paille. Une boulangerie a aussi pu voir le jour. Et un salarié vient d’être embauché, pour travailler à la réunion des parties prenantes autour du sujet traité.

Et à Billom, tu t’es concentré sur le collège jésuite pour faire naître la Perm’…

La Perm’, ou la « permanence », est le principe de mes actions. Notre société a perdu la vision du temps long. Mon approche est donc, à chaque opération, de prendre un lieu et de l’habiter par cette permanence. Un lieu sert à ce qu’on soit « là », que ce soit un lieu de travail, un café, une maison de projet, une conciergerie … c’est tout ce que fait la Perm’ à Billom.

Patrick présente le projet de la Perm’ à Billom, devant le lycée jésuite / Crédit photo : la Preuve par 7 (DR)

Tu as aussi dû composer avec plusieurs résistances administratives. Comment as-tu procédé ?

Il y en a de plusieurs ordres. Déjà, le découpage des structures territoriales comme les Parcs Naturels Régionaux, ou le Grand Clermont, ne tiennent selon moi pas toujours compte de l’histoire, ce qui est absurde.

Il y a aussi les résistances directes au projets. Pour la Perm’ à Billom, il fallait rouvrir un bâtiment historique muré depuis plusieurs années. La DRAC [Direction Régionale de l’Action Culturelle] s’y est opposée, mais le maire de Billom qui nous soutenait a décidé de passer outre. C’était un véritable acte politique, transgresseur.

« La « preuve » consiste parfois à désobéir, à condition d’avoir le soutien du maire et d’une partie de la population. »

Forcément, le responsable du DRAC est venu, n’était pas content, mais il a finalement vu la réalité du projet et s’y est rallié. Comme quoi, la « preuve » consiste parfois à désobéir, à condition d’avoir le soutien du maire et d’une partie de la population. C’est une question de rapport de force par rapport à l’administration.

Pour finir, je précise que le directeur des services techniques de la mairie de Pérignat a pris un mois de congés pour venir participer aux chantiers dans sa ville. Sans quoi elle n’en aurait pas eu le droit !

Lire l’entretien : A Billom, la Perm participe du « projet politique écologique » territorial

Quelle a été ta collaboration avec le collectif Rural Combo à la Perm’ ?

Je connaissais les membres de ce collectif quand ils étaient étudiants. Ils avaient créé une structure à Paris, Bellastock, et on avait déjà travaillé ensemble sur des questions de réemploi de matériaux. Là, ils ont vécu une scission de l’équipe originelle, et Paul Chantereau – un des fondateurs – est parti mener une expérimentation en milieu rural. Il a fini par s’installer à Cunhlat, dans un bâtiment habité à plusieurs, en choisissant de vivre « mieux avec moins ».

« Je cherchais des correspondants locaux avec lesquels je me sente en harmonie de pensée. »

Pour ma part, je cherchais des correspondants locaux avec lesquels je me sente en harmonie de pensée. Ces réunions peuvent donner lieu à des bonnes surprises ! C’est pour moi la preuve qu’il faut rassembler ce qui est disloqué, mais ne pas chercher à contrôler, juste donner une impulsion au début. Après, ça se fait tout seul, si tu montres que tu as confiance dans les gens.

Le projet évolue d’ailleurs à Billom, où Boris et Rural Combo s’intéressent au bâti ancien…

Dans le centre-bourg de Billom, il y a des maisons anciennes qui s’effondrent car les réparer coûte trop cher. Or, la réglementation impose de les remettre en état d’origine : c’est impossible. 

L’approche de Boris est de partir d’un bâtiment en ruine, abandonné, racheté par la ville dans une parcelle historique. Ensuite, il la « recompose » en se basant sur les besoins futurs, ceux de jeunes couples par exemple – en termes de fonctionnalités, de volumes, etc. Bien sûr, en employant des matériaux locaux et des dispositifs comme les recycleries de proximité.

C’est son approche des « volumes capables », qu’il a aussi développée à Pérignat : on ne construit pas des bâtiments en premier lieu, mais des « volumes » en phase avec leur environnement. Puis, on y dispose les maisons à l’intérieur.

Plusieurs groupes de travail ont réuni les habitants, les membres de Rural Combo et de la Preuve par 7 à Billom au sujet du réaménagement de la Perm / Crédit photo : la Preuve par 7 (DR)

Penses-tu que l’on puisse adapter ainsi des grandes villes pour les besoins urbanistiques de demain ?

Je suis convaincu que 85 % de la ville de 2050 est déjà construite, et qu’il suffit de l’aménager. Je parle ici des « volumes », justement ! Ceux qui existent sont suffisants pour absorber la croissance démographique des villes, à condition de faire avec les habitants, et d’utiliser des matériaux locaux ou déjà générés. On peut même démonter… mais il ne faut pas détruire.

Je suis convaincu que 85 % de la ville de 2050 est déjà construite, et qu’il suffit de l’aménager. »

A Clermont, ce n’est hélas pas l’approche d’Olivier Bianchi qui reste sur un modèle à l’ancienne, de surcroît peu collaboratif – comme avec les projets de réaménagement de la Gauthière ou de la Muraille de Chine. Mais on sera, de toute façon, vite obligés de ne plus démolir, au rythme où vont les choses.

Voir le reportage : « Acte Muraille », projet mémoriel au sein d’un chantier de démolition en économie circulaire

Ton action s’inscrit-elle dans une écologie de territoire ?

Pour moi, l’écologie n’est pas une technique ou une science. C’est d’abord une qualité humaine, un art de vivre. C’est cette envie de faire sur le terrain, à condition d’accepter la réunion des gens avec leur diversité, leurs désaccords. Il faut être généreux avec les habitants d’un territoire.

Je parlais tout à l’heure de rassembler ce qui a été disloqué, de montrer de la confiance. C’est comme ça que procède la Preuve par 7, et c’est la bonne manière de redynamiser les territoires.

Pour aller plus loin (ressources proposées par Stéphane) :
Comprendre – l’ouvrage « Une architecture habitée » de Simone et Lucien Kroll. « Lucien est mon maître en architecture, et il est marié à Simone, qui est paysagiste » précise Patrick
Agir – le site de la Preuve par 7 dispose d’un centre de ressources en accès libre

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Propos recueillis le 21 octobre 2022, mis en forme pour plus de clarté et relus et corrigés par Patrick Bouchain. Merci à Caroline Niémant et à Marine Bichon. Crédit photo de Une : Damien Caillard, Tikographie