À la tombée du soir, votre vélo brille-t-il ?

Par

Marie-Pierre Demarty

Le

Cycliste dans la circulation
La Fédération des usagers de la bicyclette lance chaque année à l’entrée de l’hiver une campagne pour sensibiliser les cyclistes à la nécessité d’être bien éclairés. Aux Martres-de-Veyre et à Clermont, cette campagne prend des allures contrastées.

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Le pourquoi et le comment   [cliquer pour dérouler]

Je vous parle souvent d’initiatives complexes et « lourdes », mais il y a aussi des petites choses simples qui peuvent aider à faire avancer les choses.

Par exemple, si on veut diffuser la « culture vélo » et si on veut faire admettre que le vélo est un moyen de déplacement normal, courant, voire indispensable, il faut que tout le monde participe à ce qu’ils se sentent en sécurité, surtout tant que la voiture reste le modèle de déplacement ultra-dominant.

On pourra penser que l’initiative des Martres au Vert est vaine et insignifiante, mais non. Car en filigrane, l’action de l’association pose une question fondamentale : peut-on développer les mobilités douces au-delà des centres urbains ?

Faute de financements, de conviction ou de représentation d’un possible différent, les collectivités semblent avoir un peu partout baissé les bras sur ce sujet. Il est donc important que des associations et collectifs continuent à agir, à rappeler qu’il y a une demande et un vrai besoin.

J’ai eu envie de les encourager.

Marie-Pierre

Trois infos express   [cliquer pour dérouler]

  • La Fédération des usagers de la bicyclette lance chaque année au début de la période hivernale une opération nationale pour sensibiliser les cyclistes à la nécessité d’être bien visible et au minimum de respecter la législation sur les équipements d’éclairage obligatoires. Parmi les opérations proposées aux associations locales participantes, la nouveauté proposée était un comptage des vélos bien éclairés et des moins bien éclairés, à reproduire chaque année pour observer l’évolution.
  • A Clermont où le vélo se développe beaucoup, notamment grâce au développement (enfin) important d’un schéma cyclable cohérent, la culture vélo se développe. Beaucoup de cyclistes, notamment les vélos allongés ou avec transport d’enfants, sont très bien équipés, mais les jeunes et les livreurs à vélo peuvent l’être moins, ne serait-ce que pour des questions de budget.
  • En zone péri-urbaine, l’ambiance est différente. L’association Les Martres au Vert s’est lancée dans une opération de comptage qui donne pour l’instant peu de résultats, car les infrastructures sont inexistantes et les routes arrivant de la métropole apparaissent dangereuses. L’opération, pour cette association des Martres-de-Veyre, se situe surtout dans la continuité d’une action de long terme pour faire évoluer les habitudes et les infrastructures.

Ils ont appuyé leurs vélos à une rambarde et ils se tiennent en bordure de carrefour, alors que le soir tombe et que les lampadaires s’allument. Mais que font ces deux personnes sur ce rond-point, à la sortie des Martres-de-Veyre, à cette heure de pointe où les voitures pressées empruntent le giratoire ? Amélie et Gérard comptent.

Ils ne comptent pas les voitures – ils auraient beaucoup à faire. Ils comptent les vélos, bien plus rares. Et mentionnent quelques caractéristiques sur leur fiche : ont-ils un feu allumé ? Ou deux, à l’avant et à l’arrière ? Aucun ? Ont-ils en plus un gilet fluorescent ?

En une heure ce lundi-là, ils auront relevé trois passages de courageux cyclistes. C’était la dernière séance de comptage de ce début de saison hivernale. L’association en avait planifié cinq au total, matin ou soir, à trois endroits différents. Le vendredi précédent, entre 7 h et 8 h du matin, dans un endroit bien plus propice entre la gare, le collège et le centre-bourg, ils ont battu leur record avec 5 vélos et 3 trottinettes.

Comptage des vélos dans le soir par les membres de l’association Les Martres au Vert… mais sur ce rond-point à l’entrée du bourg, il passe surtout des voitures.

Amélie et Gérard font partie d’une association locale, Les Martres au Vert, qui agit sur les questions environnementales, dont la mobilité. Leur asso est elle-même adhérente de la Fédération nationale des usagères et usagers de la bicyclette, ou plus simplement FUB. Et c’est en réponse à une opération lancée par la FUB qu’ils comptent.

Une opération nationale

Celle-ci a lancé, comme chaque année à cette période, sa campagne pour sensibiliser les cyclistes à l’importance d’être équipé d’un bon éclairage. Quand vient la période hivernale, quand le soleil se lève tard et se couche bien avant l’horaire où la plupart des travailleurs rentrent du boulot, les cyclistes se mettent-ils suffisamment en sécurité en s’assurant de leur visibilité ? C’est ce que cherche à savoir et à faire valoir cette opération « Cyclistes, brillez ! ».

Il s’agit de répondre à l’idée reçue selon laquelle les deux-roues seraient en partie responsables des accidents dont ils sont victimes car ils ne se font pas assez voir. Et de sensibiliser ceux des cyclistes qui ne sont pas encore assez conscients qu’une silhouette habillée de noir et une petite loupiote ne suffisent pas à alerter les automobilistes de la présence d’un deux-roues, même sous les lampadaires urbains.

Chaque association participante, à l’échelle nationale, est invitée à inscrire ses résultats sur une cartographie partagée. Cette carte s’est peu à peu enrichie de points verts, depuis le 1er novembre et jusqu’à ce 15 décembre où se termine la campagne.

Diffuser la culture vélo

Le comptage des vélos et de leurs éclairages est une des actions que la FUB propose à ses associations adhérentes dans le cadre de cette campagne. Parmi les quatre adhérents puydômois de la FUB, seule Les Martres au Vert a opté pour cette formule.

« Les cyclistes ne se rendent pas forcément compte qu’ils ne sont pas très visibles. »

La plus puissante des quatre, Vélo-Cité 63, qui agit pour la promotion du vélo dans la métropole clermontoise, a choisi un temps fort de sensibilisation, « pour alerter au moment où les nuits tombent plus tôt et où il y a de nouvelles habitudes à prendre », explique Didier Fromont, porte-parole de l’association. Le 13 novembre, les bénévoles en gilet fluo se sont postés autour de la piste cyclable, à l’angle de la place des Salins.

Opération de sensibilisation le 13 novembre aux Salins. – Photo Vélo Cité 63

L’opération est menée depuis plusieurs années et il en explique les principes : « Nous invitons la police municipale à y participer, ce qui apporte un caractère d’autorité. La culture vélo commence à s’installer à Clermont mais encore lentement et les cyclistes ne se rendent pas forcément compte qu’ils ne sont pas très visibles, surtout en ville où il y a l’éclairage public. Nous distribuons des kits d’éclairage et nous rappelons la réglementation. »

A lire aussi sur ce sujet : « Rouler à vélo dans Clermont vous fait peur ? Pas de panique ! », « Les Monts qui pétillent s’attèlent au casse-tête de la mobilité dans le monde rural » ou encore « Dans l’œil des photographes 1/3 : Félix, bon mollet, bon œil »

La loi et la réalité

Car il y a effectivement des obligations que les cyclistes ne connaissent pas toujours ou appliquent de façon parfois aléatoire. La loi impose notamment aux vélos d’être équipés d’une lumière jaune ou blanche à l’avant et une lumière rouge à l’arrière (non clignotantes), ainsi que des catadioptres à l’avant, à l’arrière, sur les pédales et sur les côtés, ces derniers pouvant être remplacés par des bandes réfléchissantes sur les roues. Hors agglomération, la nuit ou si la visibilité est insuffisante, le port d’un gilet rétro-réfléchissant certifié est également obligatoire, pour le cycliste et pour son éventuel passager.

« Les parents qui transportent leurs enfants sont particulièrement sensibles au sujet, souvent même suréquipés. »

Est-ce vraiment mal appliqué ? « Il y a quand même une évolution, poursuit Didier Fromont. La proportion des cyclistes éclairés augmente, notamment du fait de l’utilisation croissante de vélos haut-de-gamme, vélos rallongés et vélos-cargos. Les parents qui transportent leurs enfants sont particulièrement sensibles au sujet, souvent même suréquipés. Parmi ceux qui le sont moins, on trouve surtout la population de type coursiers à vélo, qui ont peu de moyens pour s’équiper, et les jeunes, pas toujours conscients des risques mais de plus en plus tout de même. »

Aux Martres-de-Veyre, où les coursiers ne s’aventurent pas, Amélie confirme : « Ceux qui ne sont pas assez éclairés, ce sont des jeunes, des collégiens. »

L’enjeu semble pourtant minime dans la petite cité de périphérie, car la plupart des usagers rangent leur bicyclette dès que le froid arrive et que les nuits tombent tôt, car les voix très circulantes arrivant de la métropole clermontoise sont d’évidence peu propices aux mobilités douces.

Faire changer les choses

C’est justement l’intérêt, pour l’association, de participer à ces opérations qui s’inscrivent dans la continuité d’actions engagées depuis plusieurs années pour faire changer la situation. « À l’origine, nous avons organisé un repérage à vélo de tous les points noirs qui pouvaient rendre la circulation des deux-roues difficiles, explique Amélie. Nous avons fait un dossier où nous avons consigné ces constats et fait des propositions pour améliorer les choses. Nous l’avons présenté à la municipalité, à d’autres élus et nous le ressortons à chaque occasion. Mais on nous répond qu’il n’y a pas de sous. »

« Il est de moins en moins facile de combiner train et vélo, car les trains vers Clermont sont bondés. »

Mais l’association ne lâche pas. Elle organise régulièrement des « Vélorutions » qui attirent une bonne cinquantaine de personnes à chaque édition : un public familial, avec beaucoup d’enfants à vélo, pour une balade en groupe de 8 ou 9 km, en direction des communes voisines pour montrer les points de liaison et les itinéraires possibles.

Dans cette commune péri-urbaine, le développement du vélo est compliqué car les routes sont conçues pour un mode de vie « tout voiture ». L’association Les Martres au Vert, dont Gérard et Amélie sont membres, tente aussi de sensibiliser les élus.

Dans cette commune où une proportion importante d’habitants sont des « pendulaires » se rendant quotidiennement dans la métropole clermontoise pour travailler, le moyen de transport roi reste la voiture mais le train est de plus en plus pratiqué, ce qui pourrait favoriser la pratique du vélo. « Mais il est de moins en moins facile de combiner train et vélo, car les trains vers Clermont sont bondés », constatent Gérard et Amélie.

À force de persévérance, et éventuellement de difficultés croissantes à circuler, à payer le carburant ou à respirer, les pratiques finiront peut-être pas s’imposer et par imposer l’aménagement de voies cyclables dans ces espaces périurbains ou ruraux.

D’ailleurs le comptage pour Les Martres au Vert, au-delà de cette première opération, a aussi pour objectif de mesurer d’année en année l’évolution des pratiques. Gageons que d’ici à quelques éditions, Amélie, Gérard et leurs co-adhérents s’ennuieront moins aux ronds-points et aux carrefours, à la tombée du jour, dans leur opération de comptage. Et que la pratique de briller dans le soir, pour les cyclistes, sera devenue une évidence.

En savoir plus sur Les Martres au Vert ici et sur Vélo Cité 63 là

Reportage Marie-Pierre Demarty, réalisé lundi 8 décembre 2025. Photos Marie-Pierre Demarty, sauf indication contraire. À la une : un cycliste dans la circulation clermontoise, à la tombée du jour. Est-il suffisamment visible ?.

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