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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
Il y a des sujets qui mettent du temps à faire leur chemin. Celui de « comment sortir de l’entre-soi » en matière d’engagement sur les enjeux environnementaux me préoccupe depuis pas mal de temps. Il me semble qu’il s’agit d’un vrai point de vigilance, mais je vois peu de mouvement en ce sens dans notre région, pas de bannières Banlieues Climat dans les cortèges des manifestations, peu d’initiatives issues des quartiers populaires ou y trouvant leur place. Est-ce parce que je n’ai pas d’ « antennes » aux bons endroits pour les repérer ? Est-ce qu’il est jugé non prioritaire ?
En tout cas, j’ai eu envie de saisir l’opportunité de cette initiative de Makesense pour soulever cette question.
Car il y a une « petite » différence entre prôner l’inclusion et la justice sociale, et les voir se concrétiser.
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- L’association nationale Makesense a développé depuis 2021 un programme de formations d’un ou deux jours s’adressant aux jeunes de milieux populaires, après avoir constaté que ces milieux étaient souvent les plus impactés par les conséquences des problèmes climatiques et environnementaux, mais aussi les moins engagés dans les actions de transition écologique. Ce programme a été conçu pour leur faire mieux comprendre les enjeux et en quoi ils les concernent, et pour leur faire découvrir, dans une deuxième partie, des métiers qui participent à la transition.
- Jusqu’à présent, cette formation s’est surtout diffusée dans les grandes métropoles. Dans le Puy-de-Dôme, une seule bénévole s’est formée à ce programme. Elle intervient environ une fois par mois, principalement à la Mission locale, qui accompagne des jeunes dans leur insertion professionnelle, et à l’association Unis-Cités, qui encadre des jeunes en service civique. L’idée n’est pas de faire de ces jeunes des militants proactifs, mais de « semer des graines » d’information et de leur ouvrir des opportunités professionnelles auxquelles ils n’auraient pas pensé.
- Pour la première fois la semaine dernière, deux formatrices venues du siège se sont déplacées à la Mission locale de Riom, pour former tout un groupe de conseillers à l’animation de ces formations. Mais on peut aussi se former à distance pour devenir animateur bénévole, car les déroulés, tutoriels en ligne et outils pédagogiques sont bien détaillés et assez facilement appropriables.
Ils sont onze, issus de deux groupes de jeunes suivis par la Mission locale de Clermont. Ils ont été réunis ce vendredi pour une journée de sensibilisation et formation aux enjeux environnementaux et à la transition écologique. Objectif : leur faire comprendre des problématiques qui pourraient les impacter au plus près, et leur faire découvrir des métiers à leur portée, dans lesquels ils pourront se sentir utiles sur ces sujets.
Mais en ce début de journée, au moment du tour de table de présentation, ils reconnaissent tous être venus par obligation, dans le cadre de leur parcours d’accompagnement. La plupart se déclarent « pas concerné », « indifférent », voire juste « fatigué », au mieux « venue pour en découvrir plus ».
« Je suis sceptique parce qu’on est loin d’être les plus gros pollueurs. »
Deux jeunes femmes se disent elles aussi dubitatives sur cette journée, mais pour des raisons opposées à celles de leurs camarades. « Je ne sais pas si je vais apprendre quelque chose parce que je suis déjà très au courant », affirme Nina. « Je suis sceptique parce qu’on est loin d’être les plus gros pollueurs et c’est révoltant de voir comment on laisse des grandes entreprises nous polluer », explique Anaïs en écho.
Entrer dans la réflexion
Le ton est donné. L’animatrice de la journée, Anne-Laure, a déjà en main toutes les données qui justifient la création de ces formations « Transition juste », élaborées depuis 4 ans par l’association nationale Makesense. Ce programme est issu d’un constat : les habitants des milieux populaires, et plus particulièrement les jeunes, sont les premières victimes des dérèglements climatiques et environnementaux, et pourtant ils ne sont impliqués ni dans les mobilisations, ni dans les actions en faveur de l’adaptation ou de l’atténuation des crises présentes ou à venir.
Durant toute la matinée, l’animatrice de la session va s’employer à leur donner des clefs de compréhension. Avec le déroulé, les diapos, les cartes de type « fresque du climat » et autres outils ludiques mis à disposition par Makesense, elle s’efforce de raccrocher les problèmes généraux au vécu des jeunes. Elle se heurte à pas mal de réticence au départ. Quelques garçons disent même ne pas s’être sentis concernés par les canicules de l’été.

Mais Nina ne manque pas de les interpeller. « Vous n’avez pas de grands parents ? Les fortes chaleurs tuent des personnes âgées, des bébés ! » Peu à peu, les uns et les autres se décident à entrer dans la discussion. Parce qu’il y en a un qui sait ce qu’est le CO2, une ou deux qui se sentent capables de citer les différentes énergies fossiles, et qu’en petits groupes, ils se prêtent sans trop d’efforts à classer quelques cartes dans l’ordre des causes et des conséquences du dérèglement climatique.
Tous ont plus ou moins déjà entendu parler de ces notions à l’école, disent-ils. Et les étapes de la matinée vont les pousser à raisonner et échanger, parfois collectivement, parfois individuellement, à deux ou en sous-groupes. Ils auront par exemple à répondre à un petit questionnaire en ligne via un QR code, ou à représenter, avec feutres et papier, l’idée qu’ils se font d’un ou une « écolo », etc.
Sortir de l’entre-soi
Le but général est de les amener à prendre conscience de ce qu’est réellement l’écologie, comment ça touche chacun, comment ils peuvent agir.
L’après-midi sera consacrée à la découverte de métiers facilement accessibles, à voir comment ils peuvent s’y projeter et y trouver des opportunités auxquelles ils ne pensaient pas. Activités liées à la forêt ou aux espaces verts, au traitement des déchets, à la transition énergétique… Chacune a sa fiche, grâce à laquelle ils pourront en apprendre plus et voir si ça peut leur correspondre. Une application numérique, Greentaf, a même été développée par Makesense pour approfondir la compréhension de ces métiers, mais aussi pour recenser des offres d’emploi. Ces dernières y sont encore peu nombreuses pour l’Auvergne, mais les ressources de l’appli se déploient progressivement au fil de partenariats qui se construisent.

« L’atelier est vraiment bien conçu pour que les jeunes puissent se sentir concernés », apprécie Anne-Laure, qui est l’unique bénévole formée à animer ces ateliers à Clermont. « Même s’ils ne sont pas toujours enthousiastes, s’ils viennent un peu contraints, ils en retirent quelque chose. L’idée est de semer des graines », dit-elle. Arrivée dans la région en famille il y a un an, elle est en recherche d’un emploi, de préférence avec une teinte environnementale. Et elle a mis cette période à profit pour s’impliquer dans des engagements bénévoles. Avec la Fresque du climat et auprès des Shifters notamment. Et désormais dans ces formations de Makesense. « Je voulais sortir de l’entre-soi que je constate dans l’action écologique, explique-t-elle. En cherchant des possibilités d’agir, j’ai trouvé le programme ‘Transition juste’ et je me suis formée à distance. »
« Même s’ils ne sont pas toujours enthousiastes, s’ils viennent un peu contraints, ils en retirent quelque chose. »
L’association nationale Makesense la sollicite environ une fois par mois pour intervenir face à des groupes de jeunes. La Mission locale de Clermont, organisme qui accompagne des jeunes en quête d’insertion professionnelle, et l’association Unis-Cités, qui encadre des jeunes en service civique, sont les deux structures où elle intervient le plus souvent.

| Sur une autre facette des engagements d’Anne-Laure, lire aussi : « Je bouge, tu changes, nous shiftons… Elles shiftent ! » |
Essaimer
Ses interlocuteurs nationaux ont décelé un manque en Auvergne : une seule animatrice, c’est peu. C’est pourquoi deux formatrices Makesense se sont déplacées, également la semaine dernière, depuis le siège parisien de l’association. Celle-ci est née en 2010 de l’idée de favoriser l’engagement, le pouvoir d’agir et l’entrepreneuriat social. « Transition juste » est l’un de ses programmes et repose sur la création d’outils pédagogiques à déployer et à transmettre le plus largement possible.
« Nous sommes surtout présents dans les grandes métropoles et nous allons souvent à Lyon former des animateurs. Nous avons notamment un partenariat avec l’association régionale des Missions locales et il est apparu qu’il y avait des besoins en Auvergne », explique Laure Niclot, venue avec sa collègue Talia animer une formation, à la Mission locale de Riom. Leur journée riomoise s’adressait à un autre public : une petite dizaine de conseillers des Missions locales du territoire.

La session a permis aux participantes et participants de découvrir la panoplie d’outils proposés pour animer les deux formats de formations (en un ou deux jours) à dispenser aux jeunes. Et ils se sont montrés particulièrement attentifs à la deuxième partie consacrée à la découverte des métiers, puisque c’est leur mission d’orienter les jeunes dans le domaine professionnel.
En fin de session, Laure les a invités à partager leurs ressentis, leur intérêt, leurs interrogations et leurs intentions de s’emparer de cette opportunité d’amener les jeunes à comprendre le sujet et à s’ouvrir à des façons d’agir.
Mettre en pratique
Ils ont souligné la qualité de la méthode. Mais aussi la difficulté à l’appliquer dans le cadre des accompagnements qu’ils pratiquent. Quitte à le faire en marge de leur travail quotidien, ils témoignaient de leur motivation à la tester : « Je pense l’intégrer à un temps de regroupement avec des jeunes de Montluçon dédié aux métiers du futur », annonçait l’une. « Ça me semble compliqué à la Mission locale. Mais je m’occupe de jeunes au rugby ; pourquoi pas tester dans ce cadre ? », a dit un autre. « Je fais déjà un atelier sur ‘le B.A.Ba de l’écologie’. Je vais le changer pour celui-là », s’enthousiasmait une troisième participante. « Les déroulés ont vraiment l’air tip top, prêts à l’emploi »…
Habitués à manier ces questions d’orientation, ils ont aussi fait part d’une « petite déception » par rapport à l’éventail des métiers proposés. « Ce sont surtout des métiers connus ou qui n’attirent pas. Il manque des choses plus innovantes, des métiers de l’humain, de l’animation, de l’éducation populaire… », a résumé une des participantes.
« Les déroulés ont vraiment l’air tip top, prêts à l’emploi. »
L’animatrice de la journée s’est expliquée sur ce choix : « Dans cette nouvelle version, nous avons recentré les propositions sur des métiers concrets, car ça nous était demandé. » Mais elle a pris note des remarques, assurant que le dispositif est évolutif et ouvert aux améliorations. Et elle a apporté ses propres recommandations : adapter l’outil, le tester, éventuellement à deux animateurs, se perfectionner avec les tutoriels à disposition…
On n’en est pas encore à voir massivement les quartiers populaires s’impliquer et s’engager à la hauteur des rares Anaïs ou Nina. Mais il faut bien commencer par semer les premières graines. Qui sait comment elles pourront germer…
| QU’EST-CE QUE JE PEUX FAIRE ? > Si vous voulez consacrer un peu de temps à former des jeunes aux enjeux et aux opportunités d’agir, Makesense recherche et forme des bénévoles pour animer des formations « Transition juste ». Pour tout savoir, c’est ici. > Pour découvrir Makesense et d’autres façons de s’engager avec cette association, c’est sur le site internet de l’association. |
Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé mardi 13 et vendredi 16 octobre 2026. À la une : durant la séance animée par Anne-Laure avec des jeunes accompagnés par la Mission locale de Clermont.
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