Nourrir les oiseaux du jardin ? Oui, mais pas n’importe comment !

En ce début d’hiver, c’est le moment d’installer des mangeoires à oiseaux dans les jardins et de profiter du spectacle gracieux de leur manège. Passons en revue ce qu’il convient de faire… ou de ne surtout pas faire !


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Le pourquoi et le comment

Deux souvenirs se télescopent dans ma mémoire.

Le premier remonte à quelques années : hébergée chez ma sœur en pleine campagne durant quelques mois d’hiver le temps de travaux chez moi, j’avais passé bien des pauses (privilège de télétravailleuse !) à contempler les nuées de mésanges, moineaux, sitelles et autres passereaux qui s’ébattaient autour des mangeoires du jardin.

Le second remonte à ma visite, au printemps dernier, au centre de sauvegarde de la LPO. J’avais été marquée par une petite mise en garde d’Adrien, le responsable du centre. Il avait évoqué (je cite mon article dont vous trouverez la référence un peu plus bas) « la famille des fringillidés – chardonnerets, pinsons, verdets… – sujets à des parasites qu’ils se transmettent lorsqu’ils se rassemblent autour de mangeoires restées en place trop tardivement au début du printemps. »

Plaisir de contempler les oiseaux et bonnes pratiques à faire connaître : deux faces d’un article qui me semble pas si éloigné de notre sujet de comment rendre un territoire résilient. Article premier de ce mode d’emploi : connaître le vivant, l’apprécier, le protéger de nos « mauvais comportements », c’est déjà nous protéger nous-mêmes…

Marie-Pierre


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Jardiniers amateurs, propriétaires de terrain, végétaliseurs de nos balcons et terrasses… Nous sommes nombreux à vouloir remettre de la vie dans notre environnement et à y favoriser la biodiversité. Une des « armes » très populaire est de s’attacher à nourrir les oiseaux : une bonne façon de bénéficier de doux gazouillis et du spectacle gracieux de la gent ailée tout en faisant un « bon geste ».

Mais au fait, faisons-nous les bons gestes ? En cette période où nous installons les mangeoires, j’ai eu envie d’aller poser quelques questions à la LPO. C’est Magali Germain, chargée de communication de l’antenne Auvergne, qui nous guide vers les bonnes pratiques, en dix petites questions.

1. Déjà, faut-il nourrir les oiseaux ?

On pourrait penser que ce n’est pas nécessaire : appartenant à la faune sauvage, les oiseaux sont censés être capables de trouver leur nourriture tout seuls. Mais ça, c’était avant que nous ne gâchions tout (ou presque). Avec l’artificialisation des terres, les ravages que nous causons sur les lieux qui peuvent leur servir d’habitat ou de garde-manger, c’est de plus en plus compliqué pour les oiseaux de survivre. Les ressources alimentaires sont moins disponibles, surtout en hiver.

Mésange noire
Nourrir les oiseaux peut s’avérer utile en hiver pour les sédentaires, comme le sont les mésanges. – Photo Christian Taillandier

2. Mais peut-on les nourrir tout le temps ?

Ce n’est pas recommandé. C’est surtout en hiver qu’ils ont besoin de ce coup de pouce. La période la plus critique, c’est lorsqu’il gèle ou qu’un manteau neigeux recouvre le paysage. Les oiseaux n’ont alors plus moyen de trouver de quoi se nourrir. On peut le faire sur l’ensemble de la période hivernale. Mais dès que les températures s’adoucissent, et encore plus en été, il faut les laisser se débrouiller pour ne pas les rendre dépendants. Surtout quand les jeunes arrivent et doivent apprendre à devenir autonomes.

« Au printemps, quand le redoux commence à être durable, il faut arrêter progressivement, en 7 à 8 jours, pour leur laisser le temps de se réhabituer à trouver leur nourriture », suggère Magali.

3. Et d’abord quels oiseaux ?

Par définition, ce sont les sédentaires. Les autres – hirondelles et martinets notamment – vont passer la saison froide dans des régions plus adaptées. Purement insectivores, ils suivent la ressource disponible.

On trouvera donc autour des mangeoires hivernales de nos jardins des passereaux sédentaires : mésanges, moineaux, merles et rouge-gorge pour les plus communs. Mais aussi, selon l’endroit où vous vous situez, verdiers, sitelles, bouvreuils, chardonnerets, pics épeiche, etc.

Pic épeiche sur une mangeoire
Même un pic épeiche peut s’inviter dans votre restaurant, si vous n’êtes pas trop loin de ses bois. – Photo Christian Taillandier

On peut aussi rencontrer deux petits malins qui vont passer leurs étés plus au nord et reviennent chez nous passer les hivers qu’ils trouvent à leur convenance : le pinson du nord et le rouge-queue à front blanc, qui retrouvent alors leurs cousins sédentaires respectifs : le pinson noir et le rouge-queue noir.

Tout sédentaires qu’ils soient, les rapaces carnivores ne vous attendront pas pour se dénicher des petits rongeurs et autres animaux morts ou vifs.

Enfin, il faut savoir que nourrir les pigeons est interdit en raison de leur forte prolifération. Manifestement, ils se débrouillent très bien sans notre aide…

4. Au fait, ça ressemble à quoi, une mangeoire ?

Première chose à retenir : il vaut mieux plusieurs petites mangeoires qu’une trop grande, qui attirerait beaucoup d’oiseaux à la fois et pourrait favoriser la transmission de maladies ou de parasites. Pour cette raison, les grandes mangeoires plateau ne sont pas les plus recommandées.

Mésange huppée sur une mangeoire en grillage
Comme cette mésange huppée, les oiseaux pourront s’agripper sans difficulté à une mangeoire grillagée. – Photo Christian Taillandier

Toutes sortes de modèles sont possibles : en suspension, en forme de petite cabane perchée sur un poteau, sous forme de distributeur percé d’un trou vers le bas où la nourriture descend au fur et à mesure que les oiseaux se servent, sous forme de structures grillagées à travers lesquels les oiseaux viennent picorer… « Ces grillages sont préférables aux filets suspendus dans lesquels ils pourraient se prendre les pattes », explique Magali.

Si vous optez pour une mangeoire en bois, évitez le bois traité. Mélèze, chêne, pin… On va choisir les essences imputrescibles ou éventuellement, on les traitera avec de l’huile de lin naturelle. Rien de plus !

Pour le confort de vos invités, pensez à installer la mangeoire dans un endroit à l’abri des intempéries, ou à confectionner un petit toit. Vous aimez pique-niquer sous la pluie, vous ? Ou manger un sandwich détrempé ?

Gros becs dans une mangeoire en bois avec un petit toit
Une petite toiture permet de protéger les aliments et les oiseaux. Ces gros-becs casse-noyau apprécient ! – Photo François Guelin

Pensez aussi à nettoyer la mangeoire régulièrement, pour éviter infestations et dégradation des aliments. En utilisant bien évidemment des désinfectants naturels : bannissez l’eau de javel ; préférez-lui de l’huile d’arbre à thé, du vinaigre blanc, du savon noir…

5. D’accord, mais je l’installe où ?

« Pour qu’une mangeoire soit bien fréquentée, il faut qu’elle soit sécurisée. Les oiseaux ont besoin de s’assurer qu’il n’y a pas de danger », souligne Magali.

L’idéal est donc une mangeoire sur pied, suffisamment haut placée pour qu’elle soit hors de portée des chats du quartier, éloignée d’un muret, d’un tronc d’arbre ou de tout support permettant à un prédateur de s’approcher de cette mine de petites proies.

gros-bec, tarins et pinsons sur une mangeoire à oiseaux sur pied
Ces gros-bec, tarins des aulnes et pinsons du nord se sentent en sécurité sur cette mangeoire sur pied. – Photo Nicole Taillandier

Autre recommandation : ne pas la placer trop près d’une fenêtre ou d’une baie vitrée. C’est tentant pour pouvoir admirer le spectacle depuis son salon, mais les oiseaux risquent fort de se cogner ou de s’étourdir. « Ils ne distinguent pas la vitre mais voient le reflet du paysage et ont donc l’impression que c’est dans la continuité de l’espace », explique la représentante de la LPO. Si vraiment on persiste à installer son restaurant à oiseaux proche des fenêtres, elle conseille au minimum d’installer des stickers suggérant la présence de rapaces ou de voilages dont les motifs contrastés puissent casser le reflet.

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Merci de votre temps de cerveau disponible ! Le cours de votre article peut reprendre.

6. Bon mais alors, qu’est-ce qu’ils mangent ?

Imaginez que vous ne mangiez que de la viande en été et que vous deveniez totalement végétarien l’hiver. Ce serait bizarre, non ? C’est pourtant le régime de nos étonnants voisins à plume. L’été, un régime insectivore pour gaver de protéines les oisillons ; l’hiver, un régime granivore pour s’adapter à la ressource disponible.

Donc dans vos mangeoires : des graines et de la graisse végétale. La LPO recommande des aliments locaux, pas seulement pour l’empreinte carbone mais surtout parce qu’ils y sont adaptés. Le must est la graine de tournesol noir, bien de chez nous et riche en lipides. Egalement du millet, de l’avoine ou du maïs concassé pour varier les plaisirs. Des fruits secs – toujours locaux, comme les noix, noisettes ou amandes, et des fruits un peu décomposés : pommes, poires, raisin.

Merle sur une mangeoire avec une pomme
Au menu du jour pour ce merle noir : une pomme un peu abîmée. Quel délice ! – Photo Nicole Taillandier

On peut composer des petites boules (ou pains) de graisse végétale – type margarine – où vous mélangerez des graines et autres friandises. Ce qui est clair, c’est que plus vous diversifiez, plus vous aurez des chances d’accueillir de la diversité dans votre restaurant. Chaque espèce, avec la forme de bec qui lui est propre pour attraper telle ou telle nourriture, a ses préférences.

Enfin, pensez aussi à leur laisser à boire : de l’eau, hein ! Nécessaire notamment quand le gel les empêche d’en trouver ailleurs. Elle leur est aussi utile pour un autre usage : « pour se nettoyer le plumage, nous apprend Magali. C’est très important car il leur sert d’isolant. »

En cuisine ! Voici une petite recette pour gourmets à plumes recommandée par Magali, en provenance de la LPO de Touraine.

7. Ah, bon, mais qu’est-ce qu’ils ne mangent pas ?

Sont à proscrire impérativement les graines de lin et de ricin, qui sont toxiques pour eux. Pas non plus de sel ou de lait, qui leur provoque de très graves troubles intestinaux. Et partant, ni pain, ni beurre (et pourquoi pas un café tant que vous y êtes !).

Mais encore ? Magali s’amuse de voir tout ce que la LPO a jugé utile de préciser qu’il ne fallait pas leur offrir : pâtée pour chat ou pour chien, carottes, salades… Ne pas les confondre avec votre hamster, tout de même !

Ecartez également l’huile de palme et tout ce qui en contient.

Etourneau sur un distributeur de boules de graisse
Des pains de graisse ? Oui, mais attention : uniquement de la graisse végétale. N’est-ce pas, Monsieur l’étourneau sansonnet ? – Photo Christian Taillandier

Evitez les aliments issus de l’industrie agro-alimentaire pouvant contenir des résidus toxiques. Comme nous, nos compagnons préfèrent nettement ce qui est local, naturel et fait maison !

Et une dernière chose : éviter de mettre trop de nourriture à la fois, de la laisser trop longtemps ou de l’exposer à la chaleur : si la graisse devient rance, si les aliments se détériorent, si des bactéries se mettent à proliférer, vos visiteurs pourraient aussi se rendre malades.

8. Et si je ne fais pas comme il faut, quels sont les risques ?

On l’a dit : les oiseaux appartiennent à la faune sauvage. C’est bien de leur donner un coup de pouce du fait que nos activités les fragilisent. Mais au maximum, il faut éviter qu’ils soient dépendants de nous, ce qui les rend vulnérables. Les nourrir trop longtemps dans l’année, c’est risquer de les voir démunis le jour où vous déménagez ; cela peut les rendre malades si vous déséquilibrez leur régime alimentaire ; cela peut favoriser certaines espèces plus résistantes et donc en menacer d’autres…

Les aliments qui ne correspondent pas à leur régime alimentaire naturel ou qui sont abimés peuvent au mieux leur provoquer de graves troubles digestifs, au pire les tuer. C’est fragile, un estomac d’oiseau !

Enfin, favoriser de trop grandes concentrations de petits passereaux, cela peut attirer leurs prédateurs, mais aussi favoriser la transmission de maladies.

mésanges sur un distributeur de nourriture pour oiseaux
Les petits passereaux sont fragiles. Il est important de suivre les recommandations pour ne pas risquer maladies, indigestions, contaminations… – Photo Martine et Michel Ménard

9. Et si malgré tout, j’en trouve qui sont malades ou pire, je fais quoi ?

Le bon réflexe dans tous les cas ou presque, c’est de joindre le centre de sauvegarde de la LPO de Clermont, qui est à même de vous indiquer quoi faire.

« Au-delà de la question des mangeoires, les personnes qui recueillent un oiseau blessé et n’ont pas la possibilité de l’apporter immédiatement au centre risquent de mal le nourrir et d’aggraver son état de santé ; c’est pourquoi il vaut mieux se signaler rapidement », souligne Magali. Mais le centre est aussi de bon conseil si vous observez des comportements anormaux ou si vous trouvez des oiseaux morts.

Un seul oiseau mort n’a rien d’alarmant ; mais à partir de trois, il est important de prévenir immédiatement la Direction départementale de la cohésion sociale et de protection des populations (DDCSPP), car il y a suspicion de maladie contagieuse, de type grippe aviaire par exemple.

Jeunes pigeons dans une cage de la LPO
Le centre de sauvegarde de la LPO n’accepte pas les oiseaux qui pourraient contaminer leurs congénères déjà fragilisés, comme ces deux jeunes pigeons en convalescence. – Photo Marie-Pierre Demarty

Apporter directement un oiseau malade au centre de sauvegarde peut s’avérer risqué : il se peut qu’on n’accepte pas l’animal car il pourrait contaminer ses congénères convalescents. Il faut savoir que si le centre constatait des cas de grippe aviaire parmi ses protégés, il serait dans l’obligation de fermer totalement pendant 21 jours. Mieux vaut sacrifier un animal que condamner les quelques centaines d’oiseaux en cours de soin…

Quant aux animaux morts, la LPO recommande de ne pas les toucher à main nue et de ne pas les jeter à la poubelle. Qu’en faire ? « On peut les laisser dans la nature pour nourrir les rapaces et autres animaux charognards ; on peut aussi les enterrer, mais en prenant garde que nos animaux domestiques ne puissent pas les déterrer. Si l’oiseau est trouvé mort dans l’espace public, on peut prendre contact avec la mairie de sa commune ; les services d’hygiène se chargeront de le faire disparaître. »

Lire aussi le reportage : « A Clermont, l’hôpital des oiseaux accueille chaque année près de 3000 patients »

10. Ok promis, je vais faire de mon mieux. Y a-t-il autre chose que je peux faire pour mes amis à plumes ?

Magali a deux suggestions. La première est de favoriser les insectes – leur nourriture de l’été – en faisant une bonne place aux plantes à fort potentiel de nectar, fleurs, bandes enherbées, bouts de jardin laissés en prairie naturelle… « C’est d’autant plus intéressant que les oiseaux sont de merveilleux auxiliaires de culture », souligne-t-elle.

Le deuxième conseil porte sur les nichoirs. Les oiseaux n’en auront pas l’utilité avant le printemps, car ils leur sont utiles pour y pondre leurs œufs dans des endroits sûrs. Il n’y a donc pas d’urgence. Cependant, « certains oiseaux commencent à prospecter », indique Magali. Vous ne croyez quand même pas qu’ils vont commencer à regarder les annonces immobilières la veille de la naissance de leurs triplets ?

Pour en savoir plus, consulter le site de l’antenne Auvergne de la LPO Auvergne-Rhône-Alpes.
Et en cette période de Noël, ne manquez pas les chouettes histoires du Centre de sauvegarde de Clermont, proposées sous forme de calendrier de l’avent : chaque jour un petit conte de fée véridique… dont les fées sont les soigneurs !


Reportage réalisé le jeudi 30 novembre 2023. Photo de Une Christian Bouchardy : chardonnerets élégants autour d’un distributeur de graines. Merci aux bénévoles de la LPO Auvergne auteurs de toutes ces belles photos.

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