Lionel Roucan engage la Plate-forme 21 dans la résilience systémique et la prospective territoriale

Depuis 2008, la Plate-forme 21 travaille à croiser les mondes autour des enjeux de durabilité. Son positionnement intermédiaire, à la fois proche des institutionnels et militant, nous est résumé par son président, Lionel Roucan.


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Mon ressenti

La Plate-forme 21 est sans doute la première structure associative dédiée à l’interconnexion des acteurs locaux sur les sujets environnementaux. Elle est née dans un contexte où le « développement durable » était vu comme la solution aux problèmes écologiques – les années 2000. Heureusement, je constate que son logiciel intellectuel est en train de changer, et que ses porteurs – Lionel, son président, et Marie-Hélène, sa directrice – évoluent positivement vers la prise en compte fondamentale de l’urgence écologique et de la nécessaire stratégie de résilience (notamment inspirés par Arthur Keller)

L’autre aspect que j’apprécie beaucoup dans la Plate-forme 21 est son caractère associatif. Issue d’une volonté politique régionale, reprenant un réseau initié par l’Etat, elle a pu s’extraire d’une logique institutionnelle et se développer, bon an mal an, comme un intermédiaire efficace qui met en avant l’approche systémique des enjeux et donc des projets à mettre en oeuvre. Cette notion est revenue souvent dans la bouche de Lionel, on le sent dans l’entretien, et son action – sur l’Auvergne comme à Cournon – prouvent, à mon sens, son engagement.

Entre les lignes, la vie de la Plate-forme 21 n’a pas toujours été simple, notamment depuis la fusion des régions et la réduction de nombreuses subventions aux structures liées à l’environnement. Lionel reconnaît aussi plusieurs écueils, des habitudes de fonctionnement en silo à l’éloignement des décideurs. Mais nous voilà en 2022, une quinzaine d’années après le lancement de la structure, et elle est toujours là, avec cinquante adhérents, et un beau projet de forum national sur les outils de la systémique et de la résilience territoriale les 5 et 6 décembre prochain à Clermont. Je vous invite à y aller car c’est une belle opportunité d’apprentissage et de rencontre des acteurs locaux.

Damien

Les principaux points à retenir

    1. La Plate-forme 21 est une association auvergnate qui se présente comme un « réseau de réseaux » autour de la durabilité. Elle met en relation structures publiques et privées, anime des échanges, accompagne les collectifs. Son président, Lionel Roucan, insiste sur la dimension systémique qui est souvent sous-estimée, et sur laquelle travaille la Plate-forme. Cela revient à favoriser des visions globales des projets, en mêlant expériences et compétences des adhérents.
    2. Avec cinq collèges d’adhérents, la Plate-forme regroupe donc des acteurs de la recherche et de l’enseignement, des collectivités et acteurs publics, des entreprises, et des associations. Elle ne « fait pas à la place de » mais peut orienter vers des experts reconnus ou des structures ressources. Née de la volonté de l’ancien président de la région Auvergne, Pierre-Joël Bonté, la Plate-forme 21 compte une cinquantaine d’adhérents et une salariée, sa directrice Marie-Hélène Moinet.
    3. Lionel Roucan regrette la fusion des régions dans le sens où elle a éloigné les centres de décision de Clermont, et prive des structures comme la Plate-forme de personnes clé. Plus largement, il reconnaît que trop d’acteurs fonctionnent « en silo », ce qui motive son engagement à travers la Plate-forme pour interconnecter. Enfin, il souhaiterait que des documents stratégiques au niveau régional comme le SRADDET soient plus valorisés, et que l’on retrouve un savoir-faire en matière de planification et de prospective territoriale.
    4. La Plate-forme travaille sur la manière de faire de la durabilité, résume son président. Il énumère notamment un schéma de compétences qui dépasse l’approche technique et solutionniste. Ces compétences principales, au nombre de cinq, sont issues d’un travail avec le monde universitaire et les grandes écoles, dans lequel Lionel est également investi.
    5. En 2022, la Plate-forme évolue vers un modèle d’action plus engagé vers la « ré-imagination » de notre monde. Pour Lionel et Marie-Hélène, il s’agit de davantage se remettre en question, interroger ses pratiques et pouvoir les transformer. Lionel insiste sur le fait que la résilience ne se limite pas à encaisser un choc et à revenir comme avant : il faut une évolution de fond. Inspiré notamment par Arthur Keller, il anticipe une descente énergétique et matérielle, selon lui inéluctable, et pousse à davantage de prospective, de prise de conscience, et de résilience systémique et territoriale.
    6. Cette nouvelle approche se concrétisera par un forum national organisé les 5 et 6 décembre à Clermont. Celui-ci, piloté par la Plate-forme 21, sera structuré autour de 11 ateliers de présentation d’outils et de méthodes pour une durabilité et une résilience territoriale systémique. Les nombreux partenaires de l’événement, du Cerema au Ministère de la Transition écologique, détailleront et feront expérimenter ces dispositifs.
    7. Ancien vice-président régional à l’environnement (pour la région Auvergne), Lionel reconnaît l’importance capitale mais aussi la difficulté d’intégrer la dimension politique dans les projets environnementaux. Il fait ainsi référence à une expérience malheureuse qu’il a portée et vécue, celle de l’échec du Parc Naturel Régional du Haut-Allier. Ce dernier avait franchi tous les obstacles administratifs et techniques, mais les sensibilités politiques avaient été sous-estimées.
    8. Enfin, Lionel est aujourd’hui agent à la mairie de Cournon, chargé de mission sur le développement durable. Passionné de biodiversité, militant, il est très concerné par l’enjeu des zones naturelles qui bordent la ville, de l’Allier au côteaux secs en passant par le plan d’eau de Cournon. Il reconnaît que ces « franges » sont constamment sous pression du foncier urbain mais aussi de l’agriculture. Néanmoins, il estime que des compromis sont atteignables, notamment grâce à plusieurs dispositifs qu’il a pu mettre en place.
    9. Il regrette également que le grand public, comme certains acteurs institutionnels, n’aient globalement pas pris la mesure de l’urgence écologique, et continuent à prendre des décisions à contre-courant. Dans son travail à Cournon, il oeuvre beaucoup à la sensibilisation, par exemple à travers la Semaine Européenne du Développement Durable, mais souhaite sortir d’une esthétisation selon lui inutile de la nature. Et développer une communication plus engagée et militante.

    L’intervenant : Lionel Roucan

    Président de la Plate-forme 21 ; chargé de mission développement durable à la ville de Cournon ; membre du C.A. du Réunifedd


    Né près d’Aurillac, en plein coeur de la Chataîgneraie, Lionel a suivi des études d’ingénieur agricole à Lyon. Grand amateur de cheval, il est cavalier depuis 25 ans et a monté un centre équestre. Il a aussi beaucoup bougé en France, notamment sur la Normandie.

    Enseignant, adhérent au parti politique les Verts en 1992, Lionel entre dans la vie publique en tant qu’élu à la Région Auvergne en 2004 – il est alors vice-président en charge de l’environnement et des énergies sur le premier mandat, puis à la prospective et au développement durable pour le second.

    Il préside aujourd’hui la Plate-forme 21, association « réseau de réseaux » rapprochant des acteurs variés sur le territoire auvergnat, et oeuvrant à développer les interconnexions, les projets collaboratifs, mais aussi les visions systémiques, la résilience et la prospective.

    Le « vrai métier » – comme on dit – de Lionel est néanmoins chargé de mission environnement à la ville de Cournon. Il travaille beaucoup sur les zones naturelles bordant la ville, de l’Allier aux côteaux secs, mais aussi sur le plan d’eau (avec la problématique des cyanobactéries). En parallèle, il intervient plus ponctuellement sur des montages de projets à l’IADT ou à l’Université – il est d’ailleurs membre du C.A. de Réunifedd.

    Contacter Lionel par courrier électronique : roucan.lionel [chez] orange.fr
    Contacter Lionel par téléphone : 06 72 05 45 90

    Crédit photo : Plate-forme 21 (DR)

    La structure : Plate-forme 21

    Association auvergnate réunissant des acteurs territoriaux variés autour des sujets de durabilité, de systémie, de prospective et de résilience


    Créée en 2008 en reprenant à la fois un réseau développement durable animé par l’Etat, et la volonté de Pierre-Joël Bonté, ancien président de la région Auvergne, la Plate-forme 21 se définit comme un « réseau de réseaux » dédié à la durabilité. Elle comporte aujourd’hui une cinquantaine de membres réunis dans cinq collèges, des collectivités à la recherche en passant par les entreprises et les associations. Volontairement légère, la structure ne comporte qu’une salariée, sa directrice Marie-Hélène Moinet. Et son président, Lionel Roucan, y est très actif.

    L’activité de la Plate-forme 21 consiste à développer l’interconnexion et l’interconnaissance de ses adhérents, à travers des temps de travail, des ateliers, des visites de sites. Elle peut aussi mettre en relation avec des experts sur certains sujets, mais ne joue pas le rôle de consultant et ne fait pas « à la place de », insiste son président. Elle crée beaucoup de contenus en ligne et favorise les projets en intelligence collective. La structure est hébergée à Lempdes par VetAgro Sup.

    En 2022, la Plate-forme 21 opère un virage stratégique d’envergure : elle s’oriente résolument vers un travail de « ré-imagination » de nos modèles économiques et sociétaux, à l’échelle locale – voire des structures adhérentes. Mais il s’agit, pour son président et sa directrice, de davantage nous remettre en question et interroger nos pratiques, dans une logique de véritable résilience systémique et d’évolution de fond.

    Pour ce faire, elle prévoit autant une série d’ateliers pour ses membres à partir de 2023 qu’un forum national les 5 et 6 décembre à Clermont, avec des acteurs reconnus qui présenteront des outils et dispositifs facilitant la résilience systémique des organisations.

    Voir le site web de la Plate-forme 21


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      Tu connais bien le territoire auvergnat, en tant qu’ancien vice-président à l’environnement de la région Auvergne (avant 2016). Qu’apporte la Plate-forme 21 dans ce contexte ?

      L’objet principal de la Plate-forme 21 est de mettre en relation les structures publiques et privées et d’animer leurs échanges pour leur permettre de prendre toujours mieux en compte la durabilité dans leurs activités et dans leur fonctionnement. Mais travailler à plusieurs, ce n’est pas dans la culture française. Il faut être pro-actif, accompagner les collectifs, faire autant le traducteur que l’aiguilleur.

      C’est aussi de permettre à chacun de penser ses projets dans leur globalité, en tenant compte des différentes composantes de la durabilité. Cela est facilité par la grande diversité des savoirs et expériences dont sont porteurs les adhérents au sein du réseau.

      Et quels sont les moyens pour y parvenir ?

      La Plate-forme est constituée de cinq collèges d’adhérents, des collectivités aux entreprises en passant par les associations, la recherche/enseignement et quelques personnalités qualifiées. Nous provoquons et animons des coopérations inédites entre ces structures d’horizons multiples, de favoriser l’émergence de projets communs. 

      « Permettre à chacun de penser ses projets dans leur globalité. »

      Souvent, on demande à nos adhérents ce sur quoi ils veulent travailler, là où ils ont besoin de mieux analyser la situation ou là où ils manquent de compétences… on peut suggérer des idées, animer des éclairages entre structures différentes, d’autres points de vue. Enfin, il nous arrive d’orienter des chargés de projets vers des spécialistes ou structures ressources.

      Les adhérents de la Plate-forme accueillent parfois des sessions de travail. Ici, au siège de Picture Organic à Cébazat, s’est tenu un atelier sur la sobriété le 10 octobre dernier / Crédit photo : Marie-Hélène Moinet, Plate-forme 21 (DR)

      Comment est née la Plate-forme 21 ?

      Elle trouve ses racines d’une part dans le “Grenelle de l’environnement” de 2007, mais aussi dans les Assises Territoriales organisées par la région Auvergne, sous Pierre-Joël Bonté. Ces dernières ont fait émerger les points forts et les points faibles du territoire, vus par les Auvergnats. Un manque criant ressortait : mutualiser les expériences entre organisations locales.

      En 2007 ont été déposés les statuts de la Plate-forme. Elle se basait alors sur un ancien “réseau développement durable”, animé par l’Etat qui regroupait plusieurs de nos fondateurs. Nous sommes donc nés en tant que “réseau de réseaux”, pour faire confluer les réseaux existants qui fonctionnaient en verticalité et construire des ponts entre eux.

      « Nous sommes nés en tant que “réseau de réseaux”. »

      La structure de la Plate-forme est volontairement légère, avec une seule salariée, Marie-Hélène Moinet. Nous comptons une cinquantaine d’adhérents, surtout des associations, des entreprises et des structures issues de l’enseignement supérieur et de la recherche.

      As-tu en tête un exemple de projet collaboratif facilité par la Plate-forme 21 ?

      En 2008, au tout début de son activité, elle a permis de mettre en relation des architectes – sous la houlette de Jean-Louis Coutarel, qui représentait alors l’école d’architecture de Clermont – et des agronomes des chambres d’agriculture. Le sujet d’origine : mieux évaluer la pertinence de la création d’une filière paille régionale pour l’isolation des maisons, sachant que dans une région comme l’Auvergne, l’élevage avait besoin de paille pour les litières des animaux.

      De fil en aiguille, les travaux se sont orientés vers la tige de tournesol, qui générait beaucoup de “résidus” peu valorisés. L’idée d’en faire un matériau isolant a émergé. Cela a donné le projet Demether, qu’a soutenu l’Agence Nationale de la Recherche. Il était mené par une équipe qui réunissait l’école d’architecture, l’Irstea, l’Institut Pascal et l’ENSAM. Au final, il a permis de développer un isolant à base de tige de tournesol.

      Visite de l’écopole du Val d’Allier, organisée par la Plate-Forme 21 le 27 septembre 2019. La thématique était : « comment intégrer la réversibilité dans vos aménagements ? » / Crédit photo : Marie-Hélène Moinet, Plate-forme 21 (DR)

      Avec le temps, comment a évolué la Plate-forme et son écosystème ?

      Je dirais que ce n’est pas une activité facile à mener. D’abord parce que la grande région Auvergne-Rhône-Alpes a éloigné les sièges de nombreuses structures, dont les décideurs de ce fait, ne viennent plus aussi nombreux chez nous. Dommage, car ça fonctionnait bien à l’échelle auvergnate avant 2016. 

      On peut aussi regretter que trop de structures fonctionnent encore en silo. Certaines ne comprennent pas l’importance cruciale de la transversalité pour penser et agir en faveur des enjeux socio-écologiques. D’autres en revanche l’ont très bien compris et parmi nos adhérents, certains nous remercient de leur avoir fait rencontrer des structures avec lesquelles ils coopèrent maintenant, qu’ils n’auraient jamais rencontrées ailleurs. 

      « Trop de structures fonctionnent encore en silo. « 

      La durabilité, ou la soutenabilité, relève avant tout du stratégique. Des documents comme le SRADDET [Schéma Régional d’Aménagement et de Développement Durable et d’Egalité des Territoires] sont à ce titre des outils qu’il faudrait davantage utiliser. La vision prospective est aussi essentielle, mais depuis le démantèlement de la DATAR au niveau national, on a perdu un vrai savoir-faire en matière de planification et de prospective territoriale.

      Lire l’entretien : « La prospective, l’art d’imaginer les futurs » selon Mathieu Baudin

      Justement, tu insistes sur les compétences pour le développement durable…

      Oui, il faut dépasser l’approche “technique”, solutionniste, qui ne suffit plus. Le développement durable est avant tout un processus complexe, impliquant d’agir. C’est pourquoi à la Plate-forme 21, nous mettons en avant cinq compétences : l’approche systémique pour appréhender la complexité des processus ; la vision prospective, qui intègre c’est important, l’incertitude et l’imprévisible pour préparer les changements ; l’identification, la prise en compte et la gouvernance des changements ; l’action collective qui permet la complémentarité entre compétences qui n’ont de sens que dans leur globalité ; la responsabilité, que l’on se doit d’exercer, qui ne peut se faire que dans un cadre éthique, qui donne du sens à l’action et e détermine la finalité. 

      « Il faut dépasser l’approche “technique”, solutionniste, qui ne suffit plus »

      Ces compétences sont issues d’un référentiel qui a été monté par la Conférences des Présidents d’Université et la Conférence des Grandes Ecoles, avec le REUNIFEDD dont je suis membre du C.A, qui assure la formation des formateurs.

      En fait, la Plate-forme s’intéresse surtout à comment “faire” de la durabilité. Dans ce but, l’apport universitaire et de la recherche est capital. Nous travaillons sur ce point avec Didier Mulnet de l’UCA, qui a monté au sein de Inspé un master en développement durable. Cela permet d’infuser doucement dans le monde universitaire.

      La Plate-forme 21 organise aussi des ateliers ludo-pédagogiques, comme cette Fresque de la biodiversité, le 7 avril dernier à Turing22 (dans le cadre de la Clermont Innovation Week) / Crédit photo : Marie-Hélène Moinet, Plate-forme 21 (DR)

      Qu’est-ce qu’il manque à la Plate-forme 21 aujourd’hui, selon toi ?

      Nous aimerions être plus connus et reconnus. Notre activité est peu visible : nous mettons en relation, nous contribuons à l’émergence de projets et à l’amélioration continue des pratiques dans les structures, mais une fois la facilitation réalisée, notre contribution n’apparaît pas de manière tangible dans le résultat final. D’autant plus que nous ne proposons pas d’expertise, nous ne faisons pas “à la place de”.

      « La Plate-forme s’intéresse surtout à comment “faire” de la durabilité. »

      De plus, la Plate-forme 21 n’est utile qu’à ceux qui s’en servent, qui la sollicite avec des questions, des projets. Il faut pouvoir prendre le temps de participer à ses activités. Dans les contextes de crises, comme celle du Covid 19, nous ne sommes pas une priorité. Les gens viennent chez nous pour souffler, se rencontrer et surtout, lever la tête du guidon. C’est indispensable pour se projeter dans l’avenir et travailler en transversal. Mais l’urgence à court terme l’emporte souvent sur l’important.

      Une évolution de fond s’opère actuellement, à l’automne 2022…

      En effet, nous avons décidé avec notre nouveau projet associatif, d’orienter notre action collective sur la réinvention de nos manières de penser et d’agir, compte tenu des grandes métamorphoses en cours dans le monde dans lequel nous vivons. Il ne s’agit pas de refaire le monde, mais pour chacun à son échelle, dans sa structure et avec ses parties prenantes, il s’agit de réinterroger ses conceptions et pratiques pour en développer de nouvelles mieux adaptées à la nouvelle donne. 

      « Orienter notre action collective sur la réinvention de nos manières de penser et d’agir »

      Pour ce faire, nous souhaitons informer davantage sur la situation réelle dans laquelle nous sommes pour bien en montrer les enjeux, inviter à se projeter et à réfléchir aux futurs que nous souhaitons construire, mettre en avant les expériences inspirantes de précurseurs, favoriser les actions de régénération de nos systèmes socio-écologiques, et travailler sur la résilience systémique.

      Le projet associatif de la Plate-forme évolue cet automne, en direction de la résilience systémique et territoriale. Les adhérents y ont travaillé lors d’une session de travail dédiée le 21 octobre 2022, à l’INRAE d’Aubière / Crédit photo : Marie-Hélène Moinet, Plate-forme 21 (DR)

      La notion de résilience est-elle bien comprise par les acteurs locaux ?

      Pas vraiment. Trop de gens pensent que la résilience consiste juste à “encaisser le coup” des crises à venir, puis à revenir comme avant. Or, dans bien des domaines, il n’y a pas de retour en arrière possible. C’est pourquoi il faut changer de mode de vie, inventer chacun notre monde de demain. 

      Avec Marie-Hélène, nous nous basons notamment sur le discours d’Arthur Keller, qui insiste sur le fait que nous cherchons à soigner des symptômes, en les confondant avec le problème de fond, qui est que l’on consomme et que l’on produit trop de matière dans un monde aux ressources matérielles finies. On sait que la descente matérielle et énergétique est inéluctable.

      Lire l’entretien : Pour Arthur Keller, la résilience, “c’est au niveau local que ça se passe”

      La Plate-forme 21 doit aider à cette prise de conscience. Elle doit aussi provoquer la “réimagination” de notre monde, de manière collective et en revenant au sens : nous devons nous poser la question du « pour quoi » avant celle du « comment ». Dès 2023, en déployant les imaginaires, en animant des ateliers sur les futurs souhaitables, sur la prospective, chacun va pouvoir  réinterroger ses métiers et son organisation.

      La Plate-forme organise pour cela un forum national début décembre : de quoi s’agit-il ?

      Oui, le forum aura lieu les 5 et 6 décembre à Clermont. Nous l’organisation avec le Centre ERASME sur le développement durable et l’UCA, en partenariat avec le Ministère de la Transition écologique et de nombreux partenaires nationaux. 

      C’est un événement axé sur l’opérationnel, qui vise à présenter des outils et méthodes utilisables par les structures du territoire – collectivités, mais aussi associations et entreprises – pour faciliter la prise en compte de la durabilité dans leurs projets de transition, selon l’approche systémique.

      « Cet événement vise à présenter des outils et méthodes utilisables par les structures du territoire »

      Ces outils et méthodes seront présentés dans onze ateliers, par leurs concepteurs – du CEREMA à l’ADEME en passant par AMORCE, le Cerdd, l’INSEE ou le ministère de la Transition écologique  – en présence de structures utilisatrices qui apporteront leur témoignages. Ils seront expérimentés par les participants, et on évoquera leurs modalités pratiques : situations d’usage, points forts, limites… on espère que cela servira de base pour construire des projets en intelligence collective.

      S’inscrire au forum national des 5 et 6 décembre à Clermont (inscriptions avant le 22 novembre)

      Tu as été au contact de plusieurs “strates” politiques, à la Région Auvergne ou en tant que président de la Plate-forme 21. Comment appréhendes-tu la dimension politique de la transition écologique ?

      Ce qui est sûr, c’est qu’elle doit impérativement être prise en compte. J’en veux pour preuve mon expérience malheureuse sur le projet de Parc Naturel Régional du Haut-Allier, quand j’étais à la région Auvergne. De 2011 à 2016, nous avions travaillé sur ce dossier, et tous les passages administratifs avaient été franchis. Mais le projet a capoté parce que j’avais sous-estimé l’impact du politique. Deux millions d’euros, des centaines de réunions publiques pour rien ! 

      Nous avons étudié ce “retour d’expérience” avec l’Université Clermont Auvergne. Conclusion : il faut toujours sourcer les tendances, écouter les signaux faibles, ne rien oublier dans ces projets de territoire. Car c’est un enjeu électoral pour beaucoup d’acteurs. D’ailleurs, c’est l’objet de ma thèse de doctorat : un projet de territoire est une éducation du territoire … et “au” territoire. Autrement dit, même en cas d’échec, on ne perd rien si on est dans une logique d’apprentissage.

      En parallèle de la Plate-forme, tu as aussi une responsabilité transversale à la ville de Cournon…

      J’y suis agent, chargé de mission sur le développement durable. Je travaille principalement sur les zones naturelles qui bordent la ville, comme les côteaux secs de Cournon, le plan d’eau, le linéaire de l’Allier (classé Natura 2000). Jusqu’à la limite de Clermont-Ferrand et de Lempdes, cela représente environ 1000 hectares.

      Mon sujet est celui des “franges” : il y a toujours la problématique du grignotage de la nature par la ville. On a du mal à sortir du dogme du dynamisme par l’accueil de nouveaux habitants et donc de nouvelles constructions. Le foncier reste le point le plus délicat pour moi…

      Cournon dispose, non loin du centre-ville, de nombreux terrains agricoles. A cela s’ajoute les puys qui surplombent la ville et qui constituent un réservoir de biodiversité et un potentiel de réintroduction de la vigne / Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie

      Quels outils sont à ta disposition pour y remédier ?

      D’abord, nous sommes en train de déployer un  PAEN [Périmètre Agricole et Environnemental] avec le Département du Puy-de-Dôme, qui assurera la gestion du foncier agricole et naturel pour 40 ans. Nous avons pu relancer le comité de gestion de l’Arrêté de Protection du Biotope en panne depuis 15 ans. Tout cela a facilité la discussion entre agriculteurs d’une part, associations de protection de la nature d’autre part.

      « Il y a toujours la problématique du grignotage de la nature par la ville. »

      En complément de ces dispositifs, il y a les projets terrain : je travaille beaucoup sur la réintroduction de la vigne et des vergers, pour renouer avec la tradition cournonnaise. Avant, nous avions 900 hectares de vigne ! Aujourd’hui, il en reste… 6, contre 1200 hectares de céréales.

      Il y a aussi une réflexion sur la trame verte et bleue, de l’Allier au Sancy, mais qui est trop souvent interrompue comme avec l’autoroute ou la voie ferrée. Et, bien sûr, les initiatives de “nature en ville”, comme la plantation de 6000 arbres de forêt urbaine, sur des parcelles enclavées – j’appelle ça des “pas japonais”.

      Lire l’entretien : Pour François Rage, « l’organisation urbaine doit intégrer les questions de transition »

      Tu es très sensible à la biodiversité. Est-ce le cas des habitants de Cournon ?

      Hélas pas suffisamment, mais c’est de toute façon un enjeu très mal compris en général. Les côteaux de Cournon accueillent 150 000 visiteurs par an : randonnées, chasse, courses, événements festifs… et les acteurs institutionnels n’ont pas tous conscience des enjeux.

      Aujourd’hui, mon travail, c’est défendre chaque mètre carré de nature. Cela passe par beaucoup de sensibilisation, car les gens pensent qu’elle est la même au plan d’eau de Cournon – qui est une sorte de parc – que sur les côteaux. « On aime que ce que l’on voit, mais on protège que ce que l’on connait ! » résume bien ma pensée.

      Lionel nous montre le périmètre des zones protégées, sur le mur de son bureau à Cournon. Le biotope des « côteaux secs » est un enjeu urbanistique et environnemental majeur au plan local / Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie

      Comment parviens-tu à “pousser” ces sujets auprès du grand public ?

      On a organisé la Semaine Européenne du Développement Durable à Cournon, en 2022, sur le thème du végétal. Il y a eu de beaux moments, comme la projection du film “Le génie des arbres” devant 800 spectateurs. Mais je suis tout de même fatigué de devoir sans cesse “événementialiser” la nature. Il faut arrêter avec l’esthétique façon Cousteau ou Yann Arthus-Bertrand, et montrer la réalité du terrain et du combat qui est nécessaire.

      « Il faut arrêter avec l’esthétique façon Cousteau ou Yann Arthus-Bertrand. »

      Quant aux générations futures, je ne suis pas très optimiste, car on a fait du très mauvais boulot… mais je pense qu’elles feront forcément mieux que nous, avec de nouvelles idées qu’on ne peut pas encore concevoir. Je le vois avec mes filles : les réseaux sociaux, leurs “amis” du bout du monde, tout cela aide énormément à comprendre d’autres points de vue. Et ça, c’est le point de départ pour avancer.

      Pour aller plus loin (ressources proposées par Lionel Roucan) :
      Comprendre – le livre « l’invention de la nature » d’Andrea Wulf, sur la vie de l’explorateur et du scientifique Alexander Humboldt. « Il a compris le principe de la systémique en observant la nature, les interactions entre les espèces, la géographie, les courants marins… » précise Lionel.
      Mais aussi les ouvrages de Kropotkine, un « Darwin russe » méconnu, auteur anarchiste qui a travaillé sur l’interaction entre les espèces vue comme une collaboration (notamment en observant la taïga sibérienne)
      Agir – « Voter mieux ! C’est l’acte républicain par essence. Il ne faut pas le laisser à d’autres. Egalement, s’engager en tant que citoyen. »

      Propos recueillis le 2 novembre 2022, mis en forme pour plus de clarté et relus et corrigés par Lionel Roucan et Marie-Hélène Moinet. Crédit photo de Une : Damien Caillard, Tikographie