Pour Arthur Keller, la résilience, “c’est au niveau local que ça se passe”

En marge de sa conférence du 22 septembre, Arthur Keller revient quelques instants sur l’articulation société civile-collectivités territoriale dans une logique de résilience territoriale systémique.


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Mon ressenti

Comme l’entretien est court (il est conçu en parallèle du reportage sur la conférence du 22 septembre 2022 à Clermont, plus détaillé), je ferai court : c’est ma première rencontre avec Arthur Keller en 2019 qui m’a inspiré pour monter mon média et pour l’orienter sur la résilience territoriale. Je reste encore un peu sur ma faim quant à des méthodologies plus poussées, car les conférences d’Arthur sont inspirantes mais ne vont, à mon sens, pas au bout des choses. Néanmoins son approche de l’initiative partagée (en horizontal comme en vertical) sur les territoires me semble être la bonne.

J’essaye tout de même d’avoir une approche critique (constructive) de ces sujets, et je vous invite à lire ma petite intro (« mon ressenti ») au reportage sur la conférence du 22 septembre, via le cadre ci-dessous.

Damien

Lire le reportage : A la conférence d’Arthur Keller, des coups de massue, des leviers locaux et une lueur d’espoir

Les principaux points à retenir

  1. Pour échapper au sentiment de désespoir face à l’effondrement écologique, l’action est libératrice, selon Arthur Keller. La meilleure façon de lancer des initiatives reste à l’échelle territoriale, sous forme d’expérimentation. Et il est capital de le faire dans une logique de nouveau projet de société basé sur une politique de décroissance (énergétique et matérielle), avec de nombreuses innovations sociales à la clé. Arthur insiste notamment sur la gestion des communs, et sur les chantiers participatifs.
  2. Si chaque territoire aura sa réalité et ses conditions propres, les expérimentations peuvent essaimer à condition d’être portées à la connaissance du plus grand nombre sous forme de retours d’expériences, de mise en récit et d’indicateurs quantitatifs. Le but est de faire comprendre que les solutions inclusives et collectives seront plus efficaces que le repli sur soi, quand la crise arrivera.
  3. Enfin, Arthur insiste sur le rôle des collectivités, en particulier locales : si c’est à la société civile d’expérimenter et de fédérer en premier, seuls les élus pourront faire passer à l’échelle les initiatives, pour généraliser les changements de comportements ou déployer de vraies infrastructures.

L’intervenant : Arthur Keller

Ingénieur, écrivain, conférencier, spécialiste des risques systémiques, des nouveaux récits et de la résilience territoriale


Ingénieur de formation (astronautique, communication satellitaire), Arthur est également diplômé de l’Institut de relations internationales et stratégiques. Dans les années 2010, il s’oriente sur les imaginaires de l’avenir en se basant notamment sur les travaux de Meadows.

Développant l’usage des récits dans la projection sociétale face à l’urgence écologique, il participe à la réalisation de web-séries, d’ouvrages et surtout donne de nombreuses conférences partout en France. En septembre 2022, il est passé à Clermont à l’invitation du CISCA.

Arthur est aussi administrateur d’Adrastia, association travaillant sur l’anticipation du déclin de la société thermo-industrielle. Il accompagne également certaines agences publiques comme le Cerema ou l’ADEME sur les questions de résilience territoriale.

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Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie


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On a tous une sphère de préoccupation qui dépasse largement notre sphère d’influence ou de contrôle. On peut être préoccupé de problématiques nationales, planétaires, sans pour autant avoir de prise dessus. Même si certains se lancent en politique ou auront un jour des leviers d’action à haut niveau.

Mais pour la grande majorité des gens, c’est destructeur de ne rien faire face à ces enjeux qui nous dépassent. C’est un sentiment d’impuissance terrible ! 

Plaidoyer pour l’expérimentation locale

Par ailleurs, il y a des grandes décisions qui devraient être prises, comme une politique de décroissance rapide, volontaire, déterminée, au niveau international. Est-ce que ça va arriver ? Clairement pas. 

Cela dit, une politique de décroissance, c’est un nouveau projet de société dans lequel de très nombreuses innovations sociales sont à tester : un revenu universel, la résilience d’un territoire, le temps de travail partagé, la monnaie locale, la gestion des communs … tout cela peut s’agréger en une société de décroissance agréable à vivre, où les activités de chacun font sens et où la sécurité de base est assurée pour tous.

Seule l’expérimentation locale est possible

Ça se monte en local, uniquement ! Même si un président et un gouvernement, demain, le souhaitaient, ils ne pourraient pas le faire ! Seule l’expérimentation locale est possible, sous la forme de chantiers qui entraînent les gens et qui démontrent que ça marche. Même si tel projet se fait dans un territoire, tel projet dans un autre…

Mais on en n’est pas encore au déploiement, hélas. On peut s’appuyer sur certaines choses existantes, bien sûr. Et il faut construire des réseaux de solidarité intra et inter territoriales. Il faut continuer à faire ce qu’on fait, mais je ne considère pas que ça suffira à faire basculer la société.

Car on ne peut pas entraîner tout le monde ! Mais on peut entraîner “le plus de gens possible”, démontrer que ça fonctionne avec des indicateurs quantitatifs, mais aussi avec des retours d’expériences et de vécus et de la mise en récit. Cela permettra de faire des petits ailleurs, sans pour autant atteindre une masse critique.

Nous allons de toute façon vers des basculements qui nous seront imposés, parce qu’on a pas été fichus de les anticiper. Dans ces moments, les gens se retrouveront en panique, en se demandant ce qu’il faut faire. Et ils regarderont ce qui existe. Ce sera une infinie variation de “nous contre eux”. A nous, au contraire, de faire comprendre que “nous, ensemble”, ça marche mieux !

L’impulsion du changement

Les élus ont un énorme rôle à jouer, surtout en local. Mais on ne va pas forcément les attendre : les gens, la société civile peut prendre les devants ! 

Il faut comprendre pourtant que la massification des comportements ne peut que venir d’en haut. Les changements de comportements, les nouvelles infrastructures, les nouvelles lois, ça se décide chez les acteurs politiques. Mais, avant que ces acteurs s’engagent, les expérimentations et les démonstrations doivent venir du bas.

La massification des comportements ne peut que venir d’en haut.

Enfin, on a une marge de contrôle sur nos consommations, c’est relativement facile. Mais, en tant que citoyen – collectivement – que peut-on faire ? D’autant plus qu’on a tendance à dire que c’est toujours aux autres de changer, aux entreprises, aux politiciens, aux Chinois … si on fait ça, on est foutus. Non ! C’est à nous de changer, individuellement. Même si les riches doivent changer, ils ne le feront pas. Et c’est à nous de les faire changer. Sous forme de mobilisation.

Lire le reportage : A la conférence d’Arthur Keller, des coups de massue, des leviers locaux et une lueur d’espoir

Propos recueillis le 22 septembre 2022, mis en forme pour plus de clarté. Crédit photo de Une : Damien Caillard, Tikographie