Clermont-Ferrand : encore quelques dossiers pour la nouvelle majorité

Par

Marie-Pierre Demarty

Le

Fontaine place du Terrail
Nouvelle majorité 2/2 – Après les sujets dont la liste élue à Clermont a abondamment parlé, examinons les autres questions environnementales qui ont été peu ou pas abordées dans la campagne. Pas prioritaires, donc. Pour autant, la municipalité va-t-elle, ou peut-elle ne rien faire ?

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Le pourquoi et le comment   [cliquer pour dérouler]

Deuxième volet de mon analyse. Où il est question des sujets (sans doute pas exhaustifs !) qui ne sont pas ou peu abordés dans les déclarations ou le programme de la nouvelle municipalité.

Il y aura donc ici plus de questions que de réponses. Comme une grille de lecture, un formulaire à remplir au fur et à mesure que les nouveaux élus s’exprimeront ou s’empareront des dossiers.

Marie-Pierre

Trois infos express   [cliquer pour dérouler]

  • Pas grand’chose dans le programme de la liste de Julien Bony concernant l’eau, notamment sur les enjeux de qualité et de quantité d’eau disponible pour l’eau potable, ou de répartition des usages de l’eau. Par contre, le sujet de l’eau est présent sur son rôle pour créer de la fraîcheur en ville, notamment par la mise en valeur de la Tiretaine et de la remise en eau des fontaines, en circuit fermé.
  • La thématique de l’alimentation se réduit, pour ce qu’on en connaît, à la promesse d’offrir à tous les enfants des écoles un petit déjeuner. Mais pas d’engagement pour l’instant à maintenir les exigences en place dans la restauration scolaire ou de favoriser le développement d’une agriculture nourricière relocalisée en proximité de la ville.
  • D’autres sujets n’ont pas été abordés pendant la campagne. Il faudra attendre pour en connaître davantage, par exemple, sur la position municipale et métropolitaine en matière de protection de la biodiversité ou de gestion des déchets. Ou pour savoir si une suite sera donnée aux travaux de l’alliance pour la transition.
Lire aussi le premier volet : « Clermont-Ferrand : l’environnement selon la nouvelle majorité »

J’ai décortiqué le programme de la nouvelle majorité clermontoise, dans le but de comprendre la vision des sujets environnementaux qui sera aux commandes de la municipalité pendant (au moins) ces six ou sept prochaines années. Et probablement aussi de Clermont Auvergne Métropole, même si Julien Bony n’en prendra pas la tête.

Dans l’article précédent, vous avez pu découvrir en détail les trois grands sujets sur lesquels le nouveau maire et sa liste se sont exprimés durant la campagne électorale. Mais d’autres sujets liés à l’écologie seront à prendre en compte. Ils ont été peu abordés, voire jamais cités. On peut en déduire au minimum qu’ils ne sont pas jugés prioritaires. Et qu’il faudra évaluer sur leurs actes et décisions la façon dont le sujet va entrer dans le radar des élus. Et pourquoi pas la façon dont ils vont évoluer. Après tout, Olivier Bianchi lui-même n’a jamais caché que la découverte des urgences environnementales avait été son « chemin de Damas ». Voyons ce qu’il reste à parcourir pour son successeur.

Eau : récupérer la pluie

À l’échelle du Puy-de-Dôme que nous travaillons à Tikographie, l’eau est devenue un enjeu important, sinon l’enjeu majeur en termes d’environnement. Le secteur clermontois est une des régions les moins arrosées de France, avec des précipitations annuelles équivalentes à celles de Marseille ou Montpellier. Nous avons connu des alertes notables en matière d’approvisionnement en eau, particulièrement en 2022-2023 où le réservoir de Naussac s’est presque vidé. Rappelons qu’il a pour fonction d’assurer un débit minimal de l’Allier qui, même en année pluvieuse comme 2024, n’est plus en mesure de procurer seul suffisamment d’eau pour tous les usages actuels. Parmi ces usages, on trouve l’alimentation en eau potable de 60 % de la métropole clermontoise, mais aussi les utilisations agricoles et industrielles, les usages du bassin aval de la Loire et de l’Allier, et par-dessus tout les besoins des écosystèmes naturels. Sachant que l’alimentation en eau potable est complétée par la nappe souterraine de la chaîne des Puys, elle-même fragilisée par le dérèglement climatique.

Comment le futur maire de Clermont et ses alliés dans la Métropole comptent-ils sécuriser la quantité et la qualité de l’eau distribuée à Clermont ? Comment se positionneront-ils dans les instances de concertation sur les usages de l’eau, notamment face aux exigences de l’agriculture et de ses pratiques croissantes d’irrigation en Limagne ? Quel niveau de vigilance auront-ils quant aux risques de pollution et à la protection des captages ?

La question de l’eau potable n’a pas été abordée durant la campagne, mais le dérèglement climatique, la multiplicité des usages, le sujet croissant des pollutions nécessitant des surveillances et des traitements en constante évolution en font un sujet majeur pour les élus de la métropole.

Julien Bony ne s’est pas exprimé sur ce sujet, mais en matière d’eau on trouve quelques points dans son programme qui vont dans le sens d’une rationalisation des usages : « Création d’un plan de récupération et de réutilisation des eaux pluviales pour l’arrosage des espaces verts », « lutte contre les fuites d’eau du réseau métropolitain », « aides financières aux particuliers pour l’achat de récupérateurs d’eau. »

On sait au moins que le territoire métropolitain peut compter sur une usine d’eau potable performante et une station d’épuration qui achève une rénovation lourde, complétée par la création de six bassins de stockage-restitution des eaux pluviales.

« Nos nombreuses fontaines seront restaurées, remises en service grâce à la mise en place de circuits fermés. »

L’eau est surtout, pour la nouvelle municipalité, un moyen de rafraîchir la ville dans l’espace public. Dans un post du 4 février sur les réseaux sociaux, Julien Bony indique vouloir « ramener l’eau en ville, partout, pour une ville plus fraîche et plus vivante », notamment en « mettant en valeur la Tiretaine dans les projets urbains ». Il précise : « Chaque fois que cela sera possible, à la faveur des opérations d’urbanisme, nous découvririons [sic] la Tiretaine et procéderons à la renaturation de ses berges. » Et il compte aussi mobiliser les fontaines pour créer cette ville fraîche : « Nos nombreuses fontaines seront restaurées, remises en service grâce à la mise en place de circuits fermés, permettant de rafraîchir la ville de manière responsable. »

Julien Bony souhaite remettre en valeur la Tiretaine en profitant des projets urbains.

Relevons encore dans le programme de Julien Bony, pour ce qui est de favoriser le ralentissement du cycle de l’eau, la mention rassurante, mais assez vague, de « généralisation des enrobés drainants », contrebalancée toutefois par une intention tout aussi vague de « souplesse dans la sobriété foncière pour ne pas entraver le développement économique ».

À surveiller donc : la façon dont la nouvelle majorité interprétera ses marges de manœuvre en matière d’artificialisation des sols, sujet majeur pas seulement sur la question hydrique, mais aussi pour la nécessité de préserver des habitats naturels et des terres agricoles, et même sur l’autre enjeu majeur de la métropole clermontoise précédemment cité : la chaleur.

Alimentation : petit-dej’ pour tous

Encore plus que pour l’eau, il faut vraiment chercher pour trouver une mention du sujet alimentation dans le programme de Julien Bony pour la mairie de Clermont. Car il y en a effectivement une seule (sauf à considérer que la fermeture des épiceries à 22 heures raconte autre chose qu’une mesure de sécurité, mais j’ai un doute). La seule mesure annoncée, donc, est la « mise en place de petits-déjeuners de produits locaux dans les écoles. »

« Un enfant sur six arrive en classe le ventre vide. C’est une mesure sociale, éducative. »

Nous avons la chance d’avoir un peu plus de précisions sur cette proposition, grâce à Alexis Blondeau, cité par le Connecteur dans l’article relatant le débat organisé par les Shifters. Le colistier de Julien Bony évoque, dit l’article, « l’instauration de petits-déjeuners équilibrés et locaux (circuit court) dans toutes les écoles maternelles et primaires de la ville, car un enfant sur six arrive en classe le ventre vide. C’est une mesure sociale, éducative (lutte contre le gaspillage, éducation au goût) et économique. » Une chouette mesure, qui se démarque totalement du programme d’Olivier Bianchi, lequel proposait de fournir aux enfants des écoles… le goûter. D’aucuns auraient sans doute aimé entendre que le petit-déj’ serait bio.

Et rien n’est dit en général sur la restauration collective et notamment scolaire. La municipalité précédente avait placé la barre bien au-dessus de la loi Egalim, avec deux repas végétariens par semaine et 45 % de bio dans les assiettes, à un tarif frisant la gratuité. Cette politique va-t-elle être maintenue, développée, légèrement rognée pour faire entrer dans l’addition le petit déjeuner supplémentaire ?

Le projet de la Ceinture Verte (ici la première ferme installée, au Cendre) vise à favoriser le développement de culture maraîchère pour contribuer à l’approvisionnement de la métropole en proximité. Sera-t-il soutenu par la nouvelle majorité ?

Au-delà des repas servis dans les cuisines municipales, on aimerait en savoir un peu plus sur la sécurisation de l’alimentation locale, le soutien aux filières respectueuses de l’environnement, le regard du nouveau maire sur les objectifs du projet alimentaire local du Grand Clermont et du Livradois-Forez en termes de relocalisation des approvisionnements, ou sur les liens que fait le bénévole des Restos du Cœur qu’est le nouveau maire entre justice sociale, santé et alimentation durable.

La nouvelle majorité continuera-t-elle à porter le projet de la Ceinture Verte ? Va-t-elle soutenir la ferme urbaine des Vergnes en cours de création ? S’intéresser aux initiatives telles que la ferme de Sarliève, le projet alimentaire du tiers-lieu étudiant Lie’Utopie, l’expérimentation locale de sécurité sociale de l’alimentation… ?

La liste n’a pas répondu à l’appel du collectif d’associations qui souhaitait confronter les candidats sur ces sujets dans un grand oral ; on ne sait donc pas grand-chose des intentions des élus sur ce sujet majeur de résilience qui ne semble pas valoir plus qu’un petit déjeuner pour les nouveaux élus.

Et tout ce qui n’a pas été dit…

La biodiversité ne semble pas plus faire partie du vocabulaire de la nouvelle majorité. Rien dans son programme ou dans ses déclarations ne laisse présager qu’elle s’en préoccupe ou même, que cela peut être un sujet à traiter pour une commune principalement urbaine. Au contraire, l’annonce d’un retour immédiat et sans nuance à un éclairage public « partout et toute la nuit » suggère que le respect de la faune urbaine, des oiseaux migrateurs ou même du sommeil humain ne sont pas un sujet. Là aussi, on va au moins espérer que les autres mesures déjà mises en place à ce sujet resteront (notamment autour de l’atlas de la biodiversité) et que les initiatives des associations de protection du vivant seront soutenues, puisque le nouveau maire a annoncé que « la municipalité sera toujours aux côtés du monde associatif ».

Quelle politique de la biodiversité pour Clermont ?

Annoncer la végétalisation et la plantation de 10 000 arbres est louable, mais on ne sait pas s’il sera aussi porté attention à la façon dont ils seront plantés : assez jeunes pour avoir plus de chances de survie ? Avec suffisamment de sol et de végétation autour ou enchâssés dans le bitume des trottoirs ? Le végétal sera-t-il juste présent pour faire de l’ombre et amener de la fraîcheur, ou pensé aussi pour favoriser la présence du Vivant ?

Vous chercherez en vain, également, un mot sur l’encombrant dossier de la collecte et du traitement des déchets. Il y a pourtant des choix à faire, relevant de cette compétence métropolitaine, par exemple sur le déploiement de solutions de collecte des déchets verts, encore en cours, où la collectivité peut se montrer plus ou moins volontariste. Ou sur la politique d’incitation à faire diminuer le volume des déchets ménagers : la métropole aura-t-elle la volonté de lancer des campagnes de communication à ce sujet ? La tentation d’instaurer, comme ses voisins du Syndicat du Bois de l’Aumône, une tarification incitative ? De pousser le sujet du réemploi en travaillant avec le pôle territorial de coopération économique (PTCE) Recré, qui vient tout juste d’être labellisé ?

Les enjeux sont multiples et mettent aussi en question les orientations du Valtom, réunion de syndicats intercommunaux œuvrant à l’échelle départementale pour la valorisation des déchets. Car avec le changement de majorité non seulement à Clermont, mais aussi d’autres villes du Puy-de-Dôme comme Cournon, Riom ou Thiers, on peut s’attendre à des réorientations qui ne seront nécessairement annoncées que plus tard, après l’installation des nouvelles équipes intercommunales, puis celles des syndicats intercommunaux.

Le programme de la liste de Julien Bony annonce l’abandon des deux dernières phases d’extension du stade Gabriel-Montpied.

Encore d’autres sujets à pointer : quelle politique de développement urbain, de construction, de logement ? Le programme annonce l’arrêt de l’agrandissement du stade Gabriel-Montpied. Mais sera à surveiller ce que recèle l’intention de pratiquer une « souplesse dans la sobriété foncière ». Question de curseur…

Sans doute se posera aussi la délicate question, encore très souterraine, des dégâts sur les maisons et bâtiments causés par le phénomène croissant des retraits et gonflements de l’argile. La collectivité se donnera-t-elle les moyens de soutenir les habitants confrontés à ce risque important, alors que son programme annonce seulement une politique de « renforcement des campagnes de ravalement de façades » ?

Quid, par ailleurs, de l’initiative lancée par l’équipe sortante d’une « alliance pour la transition écologique et solidaire », qui a mobilisé 45 acteurs du territoire, issus de tous les secteurs économiques, associatifs ou institutionnels : 16 ateliers en un an pour s’engager collectivement et dessiner ensemble une révision de la feuille de route pour « lutter plus efficacement contre le changement climatique et mieux préserver les ressources naturelles du territoire ». Cette alliance sera-t-elle déconstruite et ses travaux remisés au fond d’un tiroir ou sera-t-elle reprise à son compte par la nouvelle municipalité ? Là encore, il faudra un peu de patience avant de voir ce qui sera annoncé.

On a compris en tout cas que la priorité des priorités pour Julien Bony et son équipe sera la sécurité de leurs administrés. Que cela passe par la lutte contre les violences, les incivilités et le narco-trafic est une chose. Mais la sécurité est aussi, à court et plus encore à long terme, une affaire de préservation de l’environnement, de réponse aux urgences écologiques, d’adaptation aux bouleversements du climat et d’anticipation des crises. 

Article (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé entre le 23 et le 26 mars 2026. À la une : fontaine de la place du Terrail. La liste de Julien Bony a annoncé vouloir remettre en eau les fontaines, en circuit fermé, dans le cadre d’une « trame verte et bleue » pour apporter de la fraîcheur à la ville.

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