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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
Il ne s’agit pas de promouvoir telle ou telle liste électorale. Je n’ai vérifié ni si ces équipes municipales se représentaient en mars prochain, ni si ce qu’elles avaient accompli (ou pas) par ailleurs méritait qu’on les soutienne.
Mais comme Tikographie a quasiment le même âge que le mandat municipal en cours, j’ai fait remonter de la mémoire de nos presque six ans de documentation sur les expérimentations locales ce qui m’avait paru intéressant, voire bluffant, en provenance de communes aux profils les plus divers.
S’il y a une leçon à retenir de cette compilation, ce n’est pas « votez pour untel », ni « recopiez telle initiative sans vous poser de questions ». Mais plutôt « voyez comme on peut faire des choses formidables, même avec des petits moyens ».
Parce que le monde semble vouloir prendre des virages effrayants, nous avons plus que jamais besoin de mobiliser les personnes de bonne volonté et de bonnes valeurs pour nos territoires. Que ce soit en tant que citoyennes et citoyens, électeurs et électrices, voisins et voisines, édiles, responsables, en campagne ou à la campagne, parties prenantes du Vivant, colocataires d’un même terroir ou d’une même planète.
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- Préserver la biodiversité ou se préparer aux risques systémiques, produire de l’énergie renouvelable ou favoriser l’installation de petits producteurs, créer de la convivialité ou travailler avec des chercheurs… les moyens d’agir en faveur de l’environnement et de la résilience de la communauté sont nombreux à disposition des communes qui en ont la volonté.
- De Chastreix (226 habitants) à Clermont-Ferrand (146 000) en passant par des villages, des bourgs ruraux et des petites villes, les exemples émanent de communes aux profils très divers, mais avec des problématiques et des réponses qui peuvent éventuellement se recouper ou s’adapter de l’une à l’autre.
- Les communes font souvent preuve d’inventivité et de volontarisme pour mettre en place des mesures dans une vision de long terme. Elles se saisissent d’outils ou d’opportunités diverses, comme la récente possibilité de dons pour l’acquisition de forêts communales, l’association foncière agricole autorisée, l’atlas de la biodiversité communale ou le regard d’un chercheur sur les défis à relever.
Dans trois mois, nous votons. Les Français sont appelés à élire leur conseil municipal. De la grande métropole jusqu’au plus petit village, les nouvelles équipes qui prendront les commandes auront à faire des choix engageant leur commune le temps d’un mandat de six ans, et si possible avec une vision à plus long terme. A l’heure où les défis climatiques et environnementaux se concrétisent et prennent de l’ampleur, ils devront autant que faire se peut prendre les bonnes options.
Mais le peuvent-ils réellement ? Les maires et les conseils municipaux ont-ils encore des moyens financiers, juridiques et humains pour prendre des décisions significatives et sécuriser l’avenir ?
Voici quelques exemples d’initiatives – parmi beaucoup d’autres – lancées et expérimentées à l’échelon communal dans notre département. Candidats en mal d’inspiration pour votre programme, prenez note !
1. Lancer un atlas de la biodiversité communale
C’est sans doute plus facile pour une grosse collectivité : Clermont a réalisé le sien. Mais avec de la bonne volonté, on peut le faire dans une commune plus petite. Par exemple à Veyre-Monton, qui a réalisé son ABC entre 2021 et 2023.
En quoi ça consiste ? Il s’agit d’une démarche qui permet à une commune de connaître, de valoriser et donc de préserver son patrimoine naturel, en réalisant un inventaire des espèces et des habitats présents sur son territoire. C’est une opération d’envergure, encadrée par des associations naturalistes partenaires – en l’occurrence pour Veyre-Monton le Conservatoire d’espaces naturel, avec éventuellement des interventions d’autres structures.

Gros avantage : l’inventaire est participatif. Il permet d’impliquer la population, en s’appuyant sur des ateliers et actions de sensibilisation, et en permettant aux volontaires de participer aux observations. Un bel outil d’animation, de cohésion et de montée en compétence de la population.
L’intérêt est aussi et surtout d’obtenir un document précis d’aide à la décision pour préserver des habitats, ménager ou renforcer des trames ou corridors de circulation de la faune, et lancer toutes sortes d’actions en faveur de la biodiversité.
Pour tout savoir sur la mise en œuvre d’un ABC (y compris les possibilités de financement), consultez aussi le site de l’Office français de la Biodiversité.
2. Mettre en place et recenser les îlots de fraîcheur
Ça semble surtout important pour les grosses villes et les communes où les perspectives climatiques laissent prévoir des étés invivables – ce qui est déjà un peu le cas, non ? Clermont a déjà engagé cette réflexion, comme nous en avions discuté lors de cette Rencontre Tikographie. Le plan général intègre une nouvelle façon de penser l’évolution de la ville prenant en compte les projections d’évolution du climat, une végétalisation plus grande de l’espace public, la création de parcs urbains conçus pour servir de refuge lors des vagues de chaleur. J’avais par exemple visité celui du quartier Saint-Jean, dans sa phase de finalisation.

Non seulement la collectivité crée des îlots de fraîcheur, mais elle recense aussi ceux existants. Arbres, fontaines, bâtiments publics frais ou climatisés, parcs, jardins… La ville a pointé quelque 25600 lieux où trouver un peu de répit quand le thermomètre s’affole. Par listes, en cartes ou en tableaux, ils sont recensés ici.
Et si chaque commune prenait cette initiative, à l’usage des gens de passage ou des habitants vivant en « bouilloires thermiques » ?
3. Créer un tiers-lieu rural
Il y a de beaux exemples en milieu urbain ou dans des gros bourgs, comme l’Espace 46 à Issoire ou dans un autre genre La Perm à Billom. Mais pourquoi pas essayer dans des communes rurales ? Pour des villages dépourvus de commerces et de lieux de rencontre, la création d’un lieu hybride, impulsé ou soutenu par la municipalité, peut renforcer la cohésion sociale et l’esprit de solidarité, favoriser les initiatives citoyennes, créer une dynamique et ouvrir des espaces de débat et de rapprochement. Il peut amalgamer des rendez-vous réguliers, des moments conviviaux, des services, des ateliers, des partages de savoir et de savoir-faire…

Il y a sans doute des expériences déjà en cours, mais voici deux municipalités qui se lancent. À Sauviat (600 habitants, près de Courpière) c’est quasi-fait : le tiers-lieu La Bacholle sera inauguré le 17 janvier. Il y est prévu un Espace de Vie Sociale, une épicerie et un café participatifs, un bureau partagé, une salle multi-activités et un logement communal.
À Saint-Maurice (presque 1000 habitants, près de Vic-le-Comte), la mairie a profité du regroupement des pompiers à Vic pour réinvestir l’ancienne caserne des soldats du feu et peaufine son projet. D’ici peu, on commencera par y expérimenter les « cafés-dimanche » : un rendez-vous matinal hebdomadaire pour se rencontrer autour d’un comptoir tenu par roulement par des bénévoles.
N’allez surtout pas dire que ces communes sont des cités-dortoirs !
4. Faire du cimetière un jardin

Il n’y a pas de fatalité à ce que les cimetières soient le royaume du minéral où aucune plante ne pousse à part des chrysanthèmes en pot et des roses en plastique. Timidement, les communes tentent de rendre plus accueillants à la biodiversité ces lieux paisibles où la faune peut trouver refuge y compris en zone urbaine. Surtout depuis que l’interdiction des pesticides a frappé les dernières catégories d’espaces publics en 2021.
Pourtant cette mutation se heurte à de fortes réticences, qui rendent difficiles les gestes et pratiques les plus audacieuses dans la végétalisation de ces lieux.
Sauf s’il s’agit de créer une extension comme à Riom. Ou mieux, de créer un nouveau cimetière. C’est ainsi que la commune du Mont-Dore a imaginé dès les années 1970 un superbe cimetière paysager, qui reste unique en son genre dans notre département.
On trouvera dans cet article d’autres idées et expériences pour réconcilier le souvenir des morts et la préservation du Vivant. Enherber les allées, planter des arbres, faire pousser des plantes grimpantes sur les murs d’enceinte ne devrait pas être de nature à troubler le repos éternel…
5. Dimensionner son PCS à la mesure des risques systémiques
Depuis 2021, le plan communal de sauvegarde est un document obligatoire pour toutes les communes sur lesquelles est reconnu officiellement au moins un risque majeur. Ce plan, dit le texte de loi, « détermine, en fonction des risques connus, les mesures immédiates de sauvegarde et de protection des personnes, fixe l’organisation nécessaire à la diffusion de l’alerte et des consignes de sécurité, recense les moyens disponibles et définit la mise en œuvre des mesures d’accompagnement et de soutien de la population. »

C’est une chose d’établir les mesures à prendre en cas d’inondation, de séisme ou d’incendie. Mais certaines communes commencent à envisager d’autres risques : ceux inhérents aux fragilités de plus en plus grandes de notre système d’organisation global et notamment les risques environnementaux. Pourquoi ne pas inclure dans le PCS l’hypothèse de ruptures majeures d’approvisionnement ou de fonctionnement, de pénuries, de pandémies, etc. ?
La commune d’Orcines a été (à notre connaissance) la première dans le Puy-de-Dôme à prendre en compte ces risques « plus que locaux » dans son plan communal de sauvegarde. En se faisant accompagner par le Cisca, elle a aussi eu la bonne idée d’associer les habitants à l’élaboration de ce document, comme l’avaient expliqué à Tikographie le maire et l’adjointe en charge du projet.
| Sur la prise en compte des risques systémiques, lire aussi le reportage : « Organiser les collectivités pour affronter le chaos : la méthode d’Arthur Keller » |
6. Accueillir un chercheur en redirection
D’accord, ce n’est pas donné à toutes les communes d’être un cas d’école. Et ce n’est pas la commune qui en a décidé, mais le chercheur. Emmanuel Bonnet, enseignant chercheur à l’ESC Clermont (il faut dire maintenant « Clermont School of Business »), est surtout un membre éminent du laboratoire de recherche Origens Media Lab qui a développé, pensé et popularisé la notion de redirection écologique.
Durant quatre ans, il a fait de la petite commune de Chastreix (226 habitants) son terrain de recherche et a de fait accompagné le village dans la réflexion autour de sa problématique majeure : comment accepter et anticiper la perte d’une de ses principales activités, celle de la station de ski alpin, victime de la progressive disparition de l’enneigement ? Il nous en a parlé un peu ici et là.

Tout le monde ne peut pas attirer un éminent chercheur, mais les résidences de recherche, les doctorants accueillis en thèse Cifre (pour Conventions industrielles de formation par la recherche), les déplacements en « terrains » d’étudiants en Master se multiplient. Ces différents niveaux d’accueil n’ont pas tous le même coût et ne vous apporteront pas tous les mêmes résultats concrets, mais dans tous les cas, un regard extérieur et scientifique sur vos problématiques est toujours salutaire.
7. Se lancer dans la production d’énergie renouvelable

Vous allez peut-être trouver ça banal. Après tout, poser quelques panneaux solaires sur le toit de l’école ou de la salle des fêtes devient courant. Mais à Montcel, modeste commune de 550 habitants près de Combronde, on voit un peu plus loin. À l’initiative du maire, une coopérative citoyenne, à laquelle participe la collectivité, s’est créée pour développer un projet éolien.
Montcel Durable est un projet de longue haleine que je suis allée explorer ici. Mais en attendant de voir sortir de terre les éoliennes « favorisant une maîtrise locale et participative de l’énergie » (comme le revendique le site officiel de la commune), les premières initiatives de production d’ENR sont passées par le photovoltaïque. Là aussi, cette municipalité se distingue. Alors que plus ou moins partout le sujet reste tabou, Montcel a fait accepter d’installer des panneaux sur la toiture de l’église. Une divine contribution à l’autonomie du village.
8. (Re)constituer une forêt communale durable
Faire de la forêt un atout de résilience : c’est ce qui a animé la commune de Châteldon pour lancer un grand plan d’acquisition de parcelles boisées autour du village. L’objectif est de préserver ce patrimoine naturel et sa biodiversité, et, comme il est dit sur le site internet de la municipalité, de « devenir acteur de la gestion forestière autour du bourg et des zones à protéger, en conservant une occupation du sol stable dans le temps, avec une répartition réfléchie entre les espaces boisés, agricoles, bâtis et les étendues d’eau. »
Dans ce secteur comme dans une grande partie de notre département, la forêt née de la déprise agricole est disséminée en minuscules parcelles privées, souvent à l’abandon et difficilement intégrable à un plan d’ensemble, sans parler des risques d’incendie. Pour récupérer la maîtrise foncière, la collectivité a prévu de racheter 3000 parcelles sur 20 ans.

Avec quels moyens ? D’une part, elle a contracté en 2022 un prêt de long terme « transformation écologique biodiversité » auprès de la Banque des Territoires. D’autre part, elle profite d’une nouvelle réglementation qui permet aux communes forestières de recevoir des dons défiscalisables s’ils sont orientés vers des opérations d’entretien, de renouvellement ou d’acquisition de forêts, sous la condition qu’elles présentent des garanties de gestion durable.
Gestion des risques d’incendie, limitation des ruissellements, préservation des sols et de la biodiversité, atténuation des canicules, bonheur des promeneurs… C’est fou ce que la forêt peut rendre comme services, à condition qu’elle ne soit pas éparpillée entre mille propriétaires dont beaucoup sont dormants. J’en avais discuté dans un entretien avec le maire de Rochefort-Montagne, alors président de la Fédération nationale des Communes forestières.
9. Faire fructifier la montagne
Quand on a sur son territoire un morceau de la remarquable montagne de la Serre, ça tord le cœur de voir partir en broussailles les anciennes terrasses arboricoles. À force de chercher une solution à ce problème aussi épineux que les buissons du coteau, la commune de Saint-Amant-Tallende a trouvé un dispositif qui va lui permettre peu à peu de réunir les propriétaires de ces micro-parcelles – tout en récupérant celles qui n’ont plus de propriétaires identifiés – pour les valoriser en les louant ensemble à un agriculteur. Cet outil juridique est l’Association foncière agricole autorisée, un peu complexe à mettre en œuvre mais pas insurmontable pour une collectivité tenace.

Comme je l’avais raconté ici, un premier projet sort de terre, quoiqu’un peu moins vite qu’annoncé initialement parce que rien n’est simple. Il s’agit d’installer sur ce conglomérat de propriétés de 4,5 ha une agricultrice dont l’activité va consister à élever des poules sous des amandiers. De là à fournir au pâtissier local les principaux ingrédients pour la galette des rois, il n’y a qu’un pas qui sera franchi dès que les arbres et les volatiles seront aptes à produire.
Bien sûr, l’AFA autorisée fonctionne aussi pour tout autre projet agricole. D’ailleurs la municipalité de Saint-Amant prévoit dans l’avenir d’étendre le projet en diversifiant les productions. Le coteau de la Serre se prête aussi bien à la vigne, à d’autres fruitiers, pourquoi pas à un peu de maraîchage en terrasses ou à faire rouvrir des parcelles par des moutons en mode débroussailleuse.
Après ce débroussaillage… de pistes inspirantes pour le prochain mandat, qui pourra encore prétendre que les équipes municipales n’ont pas de marges de manœuvre sur les questions environnementales ? Parlez-en aux candidats de votre commune dans les trois mois qui viennent…
Article réalisé par Marie-Pierre Demarty, début janvier 2026. Photos Marie-Pierre Demarty, sauf indication contraire. À la une : la mairie de Saint-Amant-Tallende, devant laquelle stationnent les rennes du père Noël.
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