Quelles données pour un état environnemental du Puy-de-Dôme ?

Par

Marie-Pierre Demarty

Le

Climat, qualité de l'air et de l'eau, biodiversité... Pour commencer l'année sur des bases solides, faisons un point sur les données environnementales disponibles. Où les trouver ? Quel tableau dressent-elles de la situation locale ? Quels indicateurs surveiller et à quelle fréquence ?...

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Le pourquoi et le comment   [cliquer pour dérouler]

C’est mon quotidien : traquer les données sur internet pour étayer mes articles, vérifier les informations que je collecte ou parfois même simplement mieux comprendre ce que mes interlocuteurs m’expliquent lors de mes reportages. Mais ce n’est pas toujours simple de s’y retrouver dans la masse des informations disponibles, car nous avons la chance en France de disposer de beaucoup de données sur l’environnement, du moins tant que nous ne mettrons pas un climato-sceptique aux commandes (suivez mon regard par-delà l’Atlantique).

Je me suis dit que ça pouvait vous intéresser d’avoir un aperçu de ces bases de données et peut-être de pouvoir garder dans vos « favoris » celles qui vous parlent le plus afin de les consulter régulièrement (comme je le fais personnellement, par exemple pour le taux de remplissage du barrage de Naussac, depuis que je suis allée sur les lieux à un moment critique).

Je fais ici un point sur ce qu’indiquent ces différents baromètres en ce début d’année 2026. Mais les nombreux liens vous amèneront vers les outils en ligne, dont la plupart sont plus ou moins régulièrement actualisés.

Ils vous seront donc toujours utiles en 2027, en 2035 ou en 2100, si les organismes qui les portent (ou leur site internet) n’ont pas été supprimés ou modifiés, si internet existe encore, et si la planète n’a pas explosé d’ici à ces échéances lointaines.

Mais en cette période de vœux, tentons de rester optimistes, en nous souhaitant une année entière d’amélioration de ces indicateurs.

Marie-Pierre

Trois infos express   [cliquer pour dérouler]

  • On trouve de nombreuses données environnementales en libre accès sur les sites internet des structures gouvernementales, associatives ou scientifiques, à l’échelle nationale, régionale ou locale. Certaines sont actualisées quotidiennement, d’autres sont fournies par bilans annuels ou mensuels. D’autres encore donnent des indications sous forme de séries longues, parfois sur plusieurs décennies. Certaines publient des chiffres bruts, d’autres des cartes ou des courbes. A défaut d’une vue d’ensemble, on peut au moins en tirer un tableau pointilliste à l’échelle du département du Puy-de-Dôme.
  • Sont recensés ici des indicateurs concernant la qualité de l’air, les températures et précipitations, l’enneigement, la qualité écologique et le débit des cours d’eau, l’état des nappes d’eau souterraines et quelques données de biodiversité, notamment sur les saumons de l’Allier, les oiseaux, les mammifères, les chauves-souris.
  • Exemple de quelques chiffres marquants : en 2025, 8 jours d’alerte pollution de l’air dans le département, 611 mm de précipitations cumulées à Clermont et 78 saumons recensés à Vichy. Le barrage de Naussac rempli à 83% ce jour. 3100 chauve-souris en Auvergne l’hiver 2023-24. Moins de 15 jours de neige annuels à Clermont depuis 12 ans.

Le saviez-vous ? On peut trouver en ligne de nombreuses données ouvertes et accessibles sur l’état environnemental de la planète, à toutes les échelles. Y compris à l’échelle locale. Si par exemple vous voulez vous faire une idée assez précise de l’état de notre territoire, en l’occurrence le Puy-de-Dôme, à un instant donné – ou au moins à une période donnée – on peut trouver plein d’infos en farfouillant sur internet pour trouver les indicateurs nécessaires.

Sans prétendre à l’exhaustivité, partons en exploration dans ces bases de mesures, baromètres et données, issues d’institutions scientifiques, associatives, gouvernementales, glanées ici ou là. Et voyons quel tableau elles dressent de notre environnement.

Qualité de l’air : quelle gueule a notre atmosphère ?

Pour savoir si l’air qu’on respire est pollué, c’est sur le site Atmo-Auvergne-Rhône-Alpes qu’il faut se rendre. Il fournit des données à l’échelle de la grande région, des départements et de certains bassins particulièrement exposés aux pollutions.

Sur la carte qui donne l’état général du jour, la grande majorité du territoire apparaît en vert indiquant un état « moyen », et quelques zones, dont la métropole clermontoise, apparaissent en jaune « dégradé », voire orange pour la vallée de l’Arve dans les Alpes. La faute à l’anticyclone, mais, nous dit Atmo, « le vent de nord devrait se renforcer et assurer la dispersion des polluants sauf dans certaines vallées alpines. »

On y trouve aussi le nombre de jours de « vigilance pollution » enregistrés sur l’année en cours, ainsi que le détail par polluants surveillés. Pour le Puy-de-Dôme en 2025, le curseur comptait 6 jours de vigilance orange et 2 jours de vigilance jaune. Tous concernaient les particules fines PM10 et un ajoutait une petite alerte (jaune) à l’ozone.

Huit jours d’alerte particules fines en 2025.

Comparativement, on peut se réjouir de nous trouver loin derrière le bassin lyonnais et ses 23 jours de vigilance, ou des 20 jours de la vallée de l’Arve dans les Alpes, dont les 3 seuls en vigilance rouge de toute l’année pour toute la région. Mais on pourrait viser aussi les performances du Cantal, de la Haute-Loire et de la zone alpine de l’Ain, avec leur unique jour de vigilance enregistrée.

Ces données étant remises à zéro à chaque nouvelle année, vous n’y lirez pas grand-chose au jour de parution de cet article (quoique la région lyonnaise et la vallée de l’Arve se distinguent déjà…), mais vous pourrez consulter ces statistiques tout au long de l’année ici.

Atmo
Le service Atmo Auvergne-Rhône-Alpes affiche aussi les seuils d’alerte dans l’espace public, ici place Delille à Clermont.

Ces données quotidiennement actualisées sont partielles, car elles ne prennent en compte que quatre polluants. Mais Atmo publie des bilans annuels plus détaillés, pour la grande région et par département. Les bilans 2025 ne sont pas encore publiés, les seuls disponibles étant ceux de 2024.

Dans celui du Puy-de-Dôme, consultable ici, on retrouve les indicateurs de jours de vigilance (seulement 2 en 2024, associés aux particules fines), mais surtout le détail des émissions y compris pour d’autres polluants, ainsi que des gaz à effet de serre, avec leur évolution depuis 2005 et les catégories de contributeurs.

Émissions à la baisse sur 20 ans, sauf pour l’ammoniac.

La bonne nouvelle, c’est que toutes ces émissions sont en baisse régulière depuis une quinzaine d’années, nous dit le rapport, quoique certaines plus que d’autres. L’agriculture, l’industrie, les transports routiers, mais aussi le résidentiel avec notamment le chauffage au bois sont les principaux responsables.

Ce bilan nous annonce encore dans sa conclusion : « aucun dépassement des valeurs réglementaires sur le département ». Cependant, « au niveau des valeurs recommandées par l’OMS, plus de deux tiers des habitants (69%) sont exposés à un risque sanitaire pour les PM2,5 et environ un quart (27%) pour le NO2. »

Détail du rapport annuel 2024 pour le Puy-de-Dôme, montrant l’évolution des émissions de différents polluants et les activités qui en sont responsables. – Source : Rapport annuel ATMO Auvergne-Rhône-Alpes

Votre exemplaire de l’Année Tiko 2025 avant Noël !

Lire tranquillement 16 histoires de résilience puydômoise dans son lit, faire un beau cadeau de fin d’année, et soutenir l’association Tikographie : c’est possible avec l’Année Tiko 2025, notre troisième recueil d’articles disponible en ligne et à la librairie des Volcans

Climat : toutes les données météo

Météo France ne se contente pas de vous donner la météo du jour. Ce service public élargit la vision en proposant de nombreuses données qui permettent de comprendre le climat et son évolution sur le moyen et le long terme. Températures, précipitations, vents, événements extrêmes… Chaque mois et chaque saison, un bilan est publié à l’échelle nationale, avec de nombreuses cartes où vous pouvez repérer les informations concernant votre territoire.

La normale saisonnière mensuelle pour janvier à Clermont est à +0,6°C (minimale) et à +7°C (maximale).

Voici par exemple les normales saisonnières à Clermont-Ferrand, en termes de température, de précipitation et d’ensoleillement. Où l’on voit qu’en ce moment, ce qui n’est pas si fréquent, nous sommes en dessous des normales mensuelles de températures, mais à vérifier si ce sera le cas à l’échelle du mois complet. Vous pourrez mettre ces normes en regard des bilans climatiques annuels – nationaux mais abondamment fournis en cartes où on peut localiser plus précisément la situation locale. Ces bilans sont classés par mois et année. Voici ceux de 2025, où on n’attend plus que le mois de décembre.

Pour une vision sur le long terme, à l’échelle nationale ou de chaque station (dont Clermont-Aulnat), consultez le site ChangementClimatiqueTracker. Pour le cas où vous douteriez que le climat se réchauffe, ces courbes sur 70 ans sont éloquentes.

611 mm de précipitations cumulées en 2025 à Clermont : une année moyenne pour un des climats les plus secs de l’Hexagone.

Si pour les températures, la France suit globalement une tendance uniforme, il est intéressant sur le même site de comparer les courbes nationale et locales de précipitations. Je vous invite notamment à mettre en regard celle de Clermont avec la moyenne nationale, avec la station de Pionsat dans l’ouest du Puy-de-Dôme, et avec diverses stations un peu partout en France. Spoiler : même si les niveaux de précipitations de l’ouest de la Limagne restent assez stables, ils figurent parmi les plus secs de France, quasi comparables à ceux de Marseille, Sète ou Perpignan. N’oubliez pas de bien fermer les robinets, l’eau est précieuse chez nous…

Hiver : la neige est-elle encore la norme ?

Puisqu’on est dans les précipitations, interrogeons-nous sur celles qui dans notre imaginaire sont intrinsèquement liées à la notion d’hiver : la neige. Pas de représentation de cette saison sans paysages blancs, bonshommes de neige et batailles de boules de neige. Mais combien de fois avez-vous eu à dégager la neige de votre trottoir ces dernières années ?

Image d’archive du col de Pottey. Les jours d’enneigement sont en constante diminution.

Le même site ChangementClimatiqueTracker compte les jours de neige par an sur 70 ans et indique une tendance générale à la baisse sur quasiment tous les points de mesure en France métropolitaine, de 47 % en moyenne. La tendance se vérifie à la station météo de Clermont-Aulnat. On observe que les années à moins de 15 jours de neige par an faisaient figure d’exception jusqu’en 2013, alors que ce seuil n’a jamais été dépassé, ni même atteint, sur les 12 dernières années.

Aucun hiver à Clermont n’a réussi à totaliser 15 jours de neige depuis 12 ans.

Pas de données dans la durée pour les stations de sport d’hiver, mais on peut mesurer l’enneigement au jour le jour de deux façons grâce au site de l’office de tourisme du Sancy. D’une part en constatant le nombre de pistes de ski ouvertes dans les trois stations. Et elles sont vraiment peu nombreuses actuellement, même là où les canons à neige artificielle viennent renforcer l’enneigement naturel (ce jour 10 sur 32 à Super-Besse, 2 sur 33 au Mont-Dore, aucune à Chastreix).

La situation vous est confirmée en direct ou presque par les photos prises par les webcams, au pied et au sommet des pistes, qu’on peut consulter ici.

Rivières : l’eau coule-t-elle de source ?

Les données sur l’état écologique des cours d’eau en France sont regroupées sur la carte nationale Qualité Rivière, sur laquelle vous pouvez zoomer sur notre région. On en trouve le détail sur le site de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne pour ce qui concerne la grande majorité des rivières du Puy-de-Dôme, avec notamment un bilan du sous-bassin Allier-Loire amont. Les données étant complexes à collecter, les plus récentes dont on dispose datent d’une évaluation remontant à 2017.

Le tableau n’est pas très réjouissant, particulièrement dans la plaine de Limagne comme on peut s’en douter, mais pas seulement… À l’échelle du sous-bassin, ce bilan indique que « 28 % des eaux de surface [sont] en bon ou très bon état et 33 % en état moyen. »


À l’échelle du sous-bassin Allier-Loire amont, 28% des eaux de surface avaient un « bon état » écologique en 2017.

On sait tout de même que cet état s’améliore progressivement, grâce au travail de fourmi – et pourtant colossal – accompli dans le cadre des contrats territoriaux ; ils couvrent maintenant l’ensemble des cours d’eau du département. Mais ils demandent beaucoup de temps, de travaux, de négociations avec les riverains agriculteurs, industriels, collectivités… Il faut dire qu’on partait de loin, tellement on a passé les décennies de la deuxième moitié du XXe siècle (peu ou prou) à drainer, à canaliser, à assécher, à artificialiser, à enrocher, à polluer, à barrer, à buser ou même enterrer nos eaux « de surface ».

Pour se faire une idée de l’ampleur des chantiers menés ou à mener pour restaurer les cours d’eau, on peut lire ces différents articles : « Au chevet du Litroux et du Jauron, rivières en souffrance », « Le lac d’Aydat arbore pavillon bleu : remerciez la zone humide et le SMVVA » ou encore la série de 4 articles sur la Dordogne à partir du premier : « Haute-Dordogne #1 : une rivière sous contrainte »

Rivières bis : quel débit de l’eau ?

Outre la qualité de l’eau, la quantité est aussi une donnée importante à surveiller. Car le dérèglement du climat apporte son lot de sécheresses, surtout estivales, et d’épisodes pluvieux que les scientifiques nous annoncent moins nombreux et moins fréquents, mais plus violents.

Ces dernières années, nous n’avons pas subi localement de crues aux conséquences graves. Mais au jour le jour, on peut surveiller les alertes sur le très utile site Vigicrues. Ses cartes par bassins et territoires permettent de connaître la situation présente. Pour ce qui nous concerne, on consultera celle du territoire Loire-Allier-Cher-Indre, qui a affiché quelques alertes en jaune et orange peu avant Noël, mais tout est rentré dans l’ordre et a repris sa couleur verte comme « pas de vigilance requise ».

Une crue modérée de l’Allier, en mars 2024.

Ce site ne propose cependant que des éléments instantanés et ne concerne que les crues. Mais il peut être intéressant d’observer des données dans la durée. Et surtout, d’observer aussi les étiages, c’est-à-dire les hauteurs d’eau minimales, qui sont aujourd’hui un sujet de préoccupation majeur.

Pour accéder à des séries de données et statistiques, c’est sur HydroPortail qu’il faut se rendre. Sa consultation est un peu plus complexe car il propose de nombreuses données, à hauteur de chaque station de relevé, mais vous y trouverez des tutoriels pour comprendre comment y chercher ce qui vous intéresse.

Voici par exemple, ci-dessous, le genre de courbes qu’on peut trouver : ici j’ai extrait le débit à Vic-le-Comte sur les quatre dernières années, montrant les deux années exceptionnellement sèches de 2022 et 2023, l’année suivante exceptionnellement arrosée et une année 2025 un peu plus « moyenne ». Mais avec chaque année, de toute façon, des étés aux étiages critiques, qui nous valent les restrictions aux usages de l’eau dont nous sommes désormais coutumiers.

Source : https://www.hydro.eaufrance.fr (capture d’écran)
Sur l’observation des crues et le service Vigicrues, lire aussi l’entretien : « Faut-il s’inquiéter des crues de l’Allier ? »

Encore pouvons-nous compter pour soutenir les étiages trop bas de l’Allier sur la retenue de Naussac, dont vous pouvez suivre beaucoup plus simplement le taux de remplissage sur le site de l’Établissement public Loire, mis à jour quotidiennement.

Pas d’inquiétude dans l’immédiat pour les réserves d’eau pour l’Allier. La retenue de Naussac, après avoir été au plus bas fin 2023, s’est retrouvée au plus haut après la très pluvieuse année 2024. De sorte que les besoins en soutien d’étiage pour 2025 ont entamé d’à peine plus d’un quart cette précieuse réserve.

La retenue d’eau de Naussac est aujourd’hui remplie à 83%.

Descendu à un peu moins de 70 % à la fin de la saison estivale, le niveau du barrage a fait une rapide remontée à 83 %, notamment grâce à l’épisode cévenol survenu peu avant Noël. S’il a provoqué de spectaculaires inondations dans l’Hérault, il a des conséquences plus heureuses pour nous. Et ce n’est pas un sujet anecdotique, car la nappe d’accompagnement de la rivière alimente en eau potable environ 60 % des habitants du département.

Pour comprendre les notions d’étiage et de soutien d’étiage et le fonctionnement du barrage de Naussac, lire aussi le reportage : « Vu du barrage #1/2 : c’est quoi au juste, Naussac ? »

Eaux souterraines : quel niveau des nappes ?

Les 40% restant étant alimentés par d’autres nappes d’eau souterraines, il peut être pertinent de surveiller aussi leur état. Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) publie chaque mois dans son fil d’actualité une carte nationale du niveau des nappes d’eau, avec des indicateurs de couleur pour leur état par rapport à la moyenne de toutes les données disponibles pour le mois en cours (soit 15 à 100 ans de données), et un indicateur de tendance (hausse, baisse ou stable) par rapport aux deux mois précédents.

Pas de carte spécifique de notre territoire, mais l’échelle des nappes permet de bien suivre l’évolution locale. État actuel ? La dernière carte publiée est celle du 15 décembre. Tout juste passable pour la Limagne et plutôt bas pour la zone des volcans ; plus favorable côté Livradois-Forez. Avec une tendance plutôt à la hausse : c’est de saison.

Biodiversité : quels indices pour quelles espèces ?

On s’en doute, il est plus facile de mesurer le débit d’une rivière ou la température de l’air que l’état de l’incommensurable richesse du Vivant. Tout de même, de nombreux organismes, groupes de naturalistes et associations s’appliquent à compter et recenser à intervalles réguliers la présence de certaines espèces, leur abondance, l’état des populations. Tentons donc très prudemment d’explorer quelques données disponibles, loin d’être exhaustives.

Et puisque nous étions dans l’eau, restons-y un instant, le temps d’évoquer le plus emblématique des habitants de l’Allier… ou ce qu’il en reste. Depuis quelques années, le nombre de saumons qui parviennent à effectuer le périple de dévalaison vers les parages du Groenland, puis de retour vers leurs frayères du haut Allier ou de la Sioule, s’amenuise. L’association Loire Grands Migrateurs (ou Logrami) les compte à la hauteur des passes à poissons, notamment à Saint-Pourçain, Jenzat, Vichy et Langeac.

78 saumons recensés cette année à Vichy, 1177 en 2015.

Le compteur s’est arrêté cette année à 78 saumons parvenus jusqu’à Vichy, soit à peine mieux que la désastreuse année 2024 où les années sèches précédentes avaient marqué un creux inquiétant de 62 passages : un record. Côté Sioule, après les 27 individus de l’an dernier, le compteur a fait une chute vertigineuse : seulement 3 adultes se sont présentés à Jenzat.

Les comptages de l’ensemble du bassin, pour les saumons et pour les autres migrateurs (qui ne remontent quasiment plus jusqu’à nous), sont publiés sur le site de Logrami et mis à jour annuellement. Retrouvez toutes les données, espèce par espèce et station par station sur la carte interactive de Logrami.

Lire aussi le reportage : « Où en sont les saumons de l’Allier ? »
Les saumons sont recensés chaque année, notamment à la hauteur du barrage de Vichy équipé d’une passe à poissons.

Revenons sur terre. Le site FauneFrance / FauneAura, piloté par la LPO, recense au jour le jour toutes les observations d’oiseaux et autres animaux émanant des observateurs de terrain de ses structures locales et partenaires. On peut accéder aux observations des cinq derniers jours, par département et par familles d’espèces. Ça ne donne pas une idée précise de l’état des populations, mais au moins de ce qui est présent ou pas. On peut même filtrer les données en fonction de la rareté des espèces.

Pour le Puy-de-Dôme, on peut ainsi relever ces derniers jours l’observation, dans la catégorie des oiseaux « rares », d’un pouillot sibérien près de Vic-le-Comte, et dans la catégorie des mammifères « peu fréquents », de quelques chamois, d’une loutre et d’une hermine. Et beaucoup plus d’espèces dans les catégories plus communes.

3100 chauves-souris recensées en Auvergne l’hiver 2023-24 : effectif le plus bas depuis 12 ans.

Pour les chauves-souris, il faut aller fouiller dans les comptes rendus d’activité de l’association Chauve-Souris Auvergne, qui effectue chaque hiver des comptages de nos amies nocturnes. Le dernier rapport disponible nous apprend ainsi que « L’hiver 2023-2024 a été particulièrement doux, avec un effet très clair sur les effectifs relevés. Un peu plus de 3 100 Chiroptères ont été dénombrés, ce qui constitue l’effectif le plus faible depuis une douzaine d’années. Les Grands et Petits Rhinolophes, les Murins de grande taille et la Barbastelle représentent 85% de l’effectif total. Le Grand Rhinolophe est la seule espèce à « tenir son rang » avec plus de 1 200 individus comptés, soit le troisième meilleur effectif depuis 1998. »

Il faudrait encore se poser la question des végétaux, pour lesquels les recensements sont encore plus compliqués. Contentons-nous d’un angle de vue déjà fort complexe : l’état sanitaire des forêts. Car il existe un département du ministère de l’Agriculture qui veille sur nos arbres et qui publie chaque année un bilan par département. Le dernier disponible est celui de 2024. Pour l’Auvergne, il nous parle de sapinières en dépérissement, de frênes en mauvaise posture, d’épicéas qui se remettent un peu, de l’apparition encore embryonnaire d’une menace sur le douglas. Pour en savoir plus, on se plongera dans la lecture de ce bilan, ou de mon article paru en septembre.

Que conclure ? Rien de définitif. Car ces données brutes nécessitent pour la plupart des consolidations étayées, des interprétations poussées, des comparaisons avec d’autres territoires, des projections réalisées scientifiquement. Mais rien ne vous empêche de garder un œil sur l’évolution des données qui vous parlent ou vous inquiètent le plus. Et de continuer à lire Tikographie, où nous allons régulièrement à la rencontre des professionnels qui transmettent les clefs pour les interpréter.

Article réalisé par Marie-Pierre Demarty, en décembre 2025 et janvier 2026. Photos Marie-Pierre Demarty, sauf indication contraire. À la une : intempéries sur la Comté d’Auvergne.

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