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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
Il paraîtrait que les enfants ne savent plus dessiner les poissons autrement que rectangulaires, format pané. Et qu’ils n’associent pas les céréales à autre chose qu’à des flocons chelou, sucrés à mort, qu’ils mangent à même la boîte en carton au petit-déjeuner. Ce qui les conduirait tout droit à une adolescence en surpoids, et à bien pire à l’âge adulte.
Heureusement, malgré tout le mal qu’on dit du système scolaire, il y a des écoles, des professeurs des écoles (et plus tard, de collège ou de lycée), avec autour d’eux des élus locaux volontaristes, qui s’accrochent avec une grande ingéniosité à leur apporter un autre point de vue sur leur assiette, à leur faire découvrir les merveilles du Vivant, à leur apprendre que le pain, les œufs ou les lentilles ne sont pas fabriqués de toute pièce dans une usine.
Même quand les budgets s’amenuisent et quand les sorties scolaires se restreignent, on voit se multiplier les projets pédagogiques sur ces thématiques : potagers et poulaillers jouxtant les salles de classe, école du dehors, visite à la ferme, plantation d’arbres… N’en jetez plus, la cour de récré est pleine de vie !
Même s’il reste souvent à débitumer cette dernière, et s’il reste du chemin à faire pour remettre toutes les jeunes classes d’âge sur les rails d’un mode de vie à reconstruire, l’éducation à l’environnement progresse, aussi bien sur le temps scolaire qu’en dehors.
De temps à autre, j’aime bien aller le vérifier pour vous, à même la glaise des champs. Et encore plus si ça a lieu dans la rencontre avec un projet citoyen qui n’en finit pas de nous étonner dans son cheminement expérimental.
J’en reviens toujours avec le même constat. Pour peu qu’on se donne la peine de les aiguiller un peu, c’est fou comme les enfants comprennent vite ce qui est bon pour eux, pour nous, pour les plantes et les animaux. Comme ils apprennent vite. Et comme un rien les émerveille…
Raison de plus pour ne rien lâcher, non ?
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- Pour la deuxième année, l’association Le Roseau accueille à la ferme de Sarliève un projet pédagogique pour les enfants de cours préparatoire de l’école Léon-Dhermain de Cournon. Ce projet « du blé au pain » va leur faire découvrir toute la chaîne de production du pain, leur faire rencontrer les métiers de la filière, apprendre à fabriquer leur pain et déguster diverses spécialités.
- La première étape consistait à aller semer du blé dans un micro-champ, sous la conduite des bénévoles de l’association. Divisée en deux groupes, la classe a semé les graines, mais aussi planté des arbres, qui laisseront sur la ferme encore peu ombragée un souvenir plus durable de leur passage. En fin d’année, ils viendront découvrir et récolter aux ciseaux les épis de leur moisson.
- Ce projet permet à la classe d’aborder toutes les disciplines : les sciences du Vivant, le calcul, le français, et même le chant ou l’expression artistique. Il permet aux enfants mal à l’aise dans l’environnement scolaire de s’épanouir. Et à tous d’apprendre les liens entre agriculture, nourriture et santé. C’est pourquoi il s’inscrit dans un projet encore plus large, Epidôme, consacré à la filière du pain pour la restauration scolaire, initié par le plan alimentaire territorial.
À la sortie du bus, ils ont chaussé leurs bottes. Les parents avaient pour consigne de leur fait porter des habits pas trop neufs. Ils ont de la chance : ce mardi, il fait beau et doux, presque 25°C de plus que la semaine précédente ! Le grand vent et la gadoue persistante n’allaient pas les arrêter, au contraire : quoi de plus réjouissant que de pouvoir patauger dans une flaque de boue, mettre les mains dans la terre et pour une fois, être autorisés à se salir ?
Ce sont donc seize enfants de cours préparatoire qui ont remonté la looooongue allée menant au centre de la ferme de Sarliève. Déjà, chemin faisant, ils ont identifié quelques arbres dans la haie et fait un arrêt devant l’hôtel à insectes. Mais le véritable but de la balade au grand air se trouve au bout du chemin. L’objectif de cette visite est de semer et planter. Après tout, c’est bien ce qu’on fait dans une ferme ?

La classe d’Audrey est accueillie dans l’espace « citoyen » de cette ferme pas comme les autres, projet collectif expérimental qui fait une place, précisément, à ceux qui veulent le soutenir en tant que citoyens. Ces derniers sont regroupés dans l’association Le Roseau, dont un des rôles est d’accueillir les enfants.
Le but sous-jacent, c’est de créer des connexions précieuses, surtout pour ces mouflets des villes, entre le travail agricole et ce qu’on met dans leur assiette, entre les plantes qu’on cultive et les céréales du petit déjeuner, les fruits qu’ils aiment croquer et les légumes qu’ils… pourraient apprécier un peu plus.
| Sur la ferme de Sarliève, lire aussi : « Malgré les turbulences, la ferme de Sarliève poursuit la voie d’une polyculture citoyenne » |
Message reçu
Et en l’occurrence pour cette fois, des connexions « du blé au pain », comme l’indique le nom de ce projet de l’école Léon-Dhermain à Cournon.
Ces petits citadins, vivant surtout côté béton et bitume, sont déjà bien au fait de ce qui se passe dans les champs et dans la nature : soit que « Papa a un potager » comme me le confie l’un d’eux ; soit que les enseignants ont déjà bien œuvré pour les éveiller aux secrets du Vivant.

Avant de les faire passer à l’action, Bruno Corbara, le principal animateur de la séance, et les autres bénévoles du Roseau venus en renfort, les font réfléchir. Et leurs réponses, même parfois approximatives, montrent qu’une partie de l’apprentissage est déjà bien intégré.
Que devient la graine de blé qu’on va semer ? « Ça va grossir. »
Pourquoi on les plante en hiver ? « Parce que dans les autres saisons, ils peuvent pousser. »
Et pourquoi on plante aussi des arbres ? « Pour protéger du vent », dit l’un. « Pour aider les animaux », tente une autre…
Car en l’occurrence, la classe est divisée en deux groupes, dont l’un sèmera et l’autre plantera, avant qu’on inverse les rôles.
Geste auguste
Côté semis, un petit coin de l’espace citoyen a été préparé. Félix, le paysan-boulanger de la ferme, est passé remettre un gros bocal de grains de blé. Et après avoir fait découvrir ces petits grains dorés distribués dans chaque petite main qui se tend, Bruno fait aligner les huit semeurs et leur explique le procédé : on fait un trou dans la terre avec le doigt, on y fait glisser deux ou trois graines, on rebouche en tassant un peu, puis on avance d’un pas et on recommence. En allant jusqu’au bout du micro-champ, autant que possible en ligne droite.
« Dans les autres saisons, ils peuvent pousser. »
Habiles et appliqués, les fermiers en herbe assimilent sans difficulté les consignes et avancent en rang, côte à côte, jusqu’à avoir épuisé chacun leur poignée de graines.
Une fois l’exercice accompli, Bruno leur montre une autre technique, à l’ancienne : répandre à la volée le contenu de la main, dans l’imitation du « geste auguste du semeur » poétisé par Victor Hugo… Et on verra dans quelques mois quelle méthode est la plus efficace.

Parce que ça prend plus de temps de planter des arbres, Bruno a le temps d’emmener le groupe découvrir d’autres merveilles de cette ferme spéciale : la rase avec ses roseaux au plumeau tout doux, la haie de noisetiers, les bacs à compost, et surtout le perchoir à rapaces au pied duquel il déniche une preuve de leur présence.
En l’occurrence, il s’agit d’une « pelote », boule compacte de poils, d’os et de minuscules dents qu’un oiseau a recrachée après avoir avalé tout cru un petit rongeur. Cet aperçu très concret de ce qui constitue la chaîne alimentaire dans la nature a tout pour fasciner les petits citadins.

Savez-vous planter des arbres ?
Pendant ce temps, le groupe des planteurs a révisé et mis en pratique tout ce qui a été appris en classe sur les arbres et leur plantation. Répartis en binômes, les enfants choisissent à tour de rôle un plant, le trempent dans la bouillasse du « pralin », puis vont lui choisir un des trous prêts à recevoir les arbrisseaux pour former un petit bosquet. Il faudra ensuite arroser chaque plant avec les arrosoirs ou les seaux bien lourds et pas faciles à manier.

Il manque encore, peut-être, le plus important : l’étiquetage. Chaque arbuste est paré d’un petit bandeau portant le prénom de l’enfant qui l’a planté. Charmes, noisetiers, et autres petits arbres pourront ainsi, dans quelques années, accueillir des oiseaux, prodiguer de l’ombre dans cette grande plaine rase, contribuer à retenir l’eau dans le sol…
« Ça les change de notre cour toute goudronnée. »
Après avoir inversé les rôles, toute la classe se retrouve pour un temps de récré au soleil et au grand air. « Ça les change de notre cour toute goudronnée », se réjouit leur maîtresse. Et surtout, cette demi-journée aux champs leur aura ouvert des horizons. Mais ce n’est pas tout…

| Sur une autre expérience d’initiation aux pratiques agricoles pour des petits enfants, lire aussi : « Pauline Bénéteau embarque les enfants dans l’expérience du vivant » |
Hyper fédérateur
Car ce rendez-vous de début janvier s’inscrit dans un projet plus vaste. Les enfants vont avoir des occasions de revenir d’ici à la fin de l’année scolaire, et de suivre tout un parcours pédagogique, entre l’école, la ferme et d’autres lieux, sur le thème « du blé au pain ». Comme l’ont fait l’an dernier leurs prédécesseurs du même niveau.
« On est parti d’une page blanche et plein d’idées sont venues. »
« J’ai eu envie de travailler sur le pain parce que c’est un sujet hyper fédérateur. Je voulais aussi faire découvrir aux enfants, et par conséquent aux parents, la ferme de Sarliève, qui est tout près de chez eux mais que peu de familles connaissent. À partir de là, on est parti d’une page blanche et plein d’idées sont venues. Comme tout projet pédagogique, c’est complètement interdisciplinaire », explique Audrey.
Parmi les étapes du parcours, il y a eu une rencontre avec Félix, le paysan-boulanger de la ferme de Sarliève ; une visite d’un autre établissement agricole, la ferme des Raux, qui combine la culture du blé, le travail de meunier et la fabrication du pain ; un apprentissage de la recette du pain ; une dégustation de pains de diverses origines, conviant les parents à faire découvrir leurs traditions issues de diverses régions du monde.

L’institutrice de la classe ne cache pas son enthousiasme à propos de ce rendez-vous, qui devrait être reconduit avec sa classe de l’année : « Nous avions fait en classe des tartinades et nous avions demandé aux parents d’apporter des pains en lien avec leur origine. Des mamans habituellement très discrètes ont tenu à raconter l’histoire de ces spécialités. Ça a été un beau moment de découverte », se souvient-elle.
Travailler autrement
À travers cette thématique, elle a pu aborder plus ou moins toutes les disciplines : les sciences bien sûr, avec une préparation déjà en classe consistant à faire pousser des lentilles ou à étudier les arbres. Mais aussi la musique avec des chansons choisies sur ce thème, l’expression artistique avec une petite séance de land art aux champs, ou encore la production d’écrits, plus motivante à ce stade d’apprentissage des lettres, quand il s’agit de mettre des mots sur une photo d’arbre, ou de travailler sur la recette de cuisine, toute simple, du pain qu’ils vont confectionner. « On peut tout y mettre, c’est tellement vaste !, commente l’enseignante. L’intérêt, c’est de faire sortir les enfants, de les ouvrir à ce qui se passe en proximité, de leur faire découvrir des métiers. Et les enfants les moins scolaires peuvent se révéler. L’an dernier on a ramassé des cailloux lors d’une visite à la ferme ; j’ai vu un enfant qui avait beaucoup de difficultés avec le calcul se mettre à les compter. C’est une façon de travailler autrement et de les motiver. »

Les animations, l’an dernier, se sont terminées par une petite « fête des moissons » en juin, réunissant les bénévoles du Roseau et les enfants, qui ont réalisé une récolte très artisanale de leur petit champ de blé : brin par brin, aux ciseaux, mais avec beaucoup de fierté. « Nous avons eu de la chance car le moment prévu tombait juste dans une petite fenêtre météo favorable au milieu de la période de canicule. Cette année, on va peut-être avancer ce temps fort au mois de mai, même si le blé n’est pas complètement mûr, pour être sûr que ce soit confortable », annonce Bruno Corbara.
« Les enfants les moins scolaires peuvent se révéler. »
Comme pour leurs prédécesseurs, ce sera un grand moment pour une année riche en découvertes épanouissantes. Mais ce n’est pas encore tout… Car ce projet pédagogique d’une école cournonnaise s’inscrit dans un projet encore plus vaste : celui de développer une filière de pains locaux, durables et santé pour approvisionner les établissements scolaires, en mobilisant les agriculteurs, les métiers de transformation, les gestionnaires des cantines… et les élèves de tous niveaux, qu’on va préparer à devenir des consommateurs aussi exigeants que gourmands.
Ce projet, baptisé Epidôme, est porté par le PAT du Grand Clermont et du Livradois-Forez. Rendez-vous dans un prochain article pour le découvrir…
| Prochain article : « Qu’est-ce que le projet Epidôme ? » |
Reportage (texte et photos) Marie-Pierre Demarty, réalisé mardi 13 janvier 2026. Croquis Florine Corbara. À la une : au premier plan, un groupe d‘enfants sème son blé dans un petit coin de la ferme de Sarliève, tandis que l’autre groupe (au second plan) s’occupe à planter des arbres.
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