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Le pourquoi et le comment [cliquer pour dérouler]
Dernière minute : je lis ce matin dans The Conversation un article qui me semble pertinent, sur le fait que les erreurs de tri ne sont pas seulement imputables au comportement des consommateurs, mais aussi à la difficulté des gens à s’adapter aux consignes quand les infrastructures ne sont pas pensées en fonction de leur mode de vie. Si votre cuisine est minuscule, si votre vide-ordure ne comporte qu’un seul trou, si le point d’apport volontaire, le point de collecte du verre ou encore plus, la déchetterie la plus proche sont trop éloignés et que vous avez des difficultés à vous déplacer, ça semble assez logique qu’on ne soit pas exemplaire.
Tiens, justement, les élections municipales approchent. Ce serait un beau sujet à mettre sur le tapis pendant la campagne. Je prends note de m’y intéresser…
Ceci posé, je sais que cet article sera utile car je me pose moi aussi pas mal de questions récurrentes sur tel opercule de pot de yaourt, tel film étirable chiffonné ou tel petit bout de papier. Et de nombreuses conversations m’ont permis de comprendre que je n’étais pas la seule.
Vous aussi, vous ne savez pas trier vos déchets ? Vous avez peur de faire des erreurs ? Vous vous posez des questions sur tel ou tel déchet ? Vous vous pensez inefficace dans les gestes de tri ? Ou pire, vous vous pensez parfaitement efficace et pourtant vous faites plein de choses de travers ?
Je me suis dit qu’un petit mode d’emploi détaillé nous ferait du bien à tous.
Petit avertissement : il est recommandé de lire au préalable le volet 1 consacré à la découverte du centre de tri. Car on applique toujours mieux les consignes quand on comprend pourquoi elles sont édictées.
Sur ce, je vous laisse à vos bonnes résolutions. J’ai des poubelles à sortir…
Marie-Pierre
Trois infos express [cliquer pour dérouler]
- Les 30% d’erreurs de tri proviennent sans doute en grande partie de l’incivilité, voire de la difficulté à s’adapter aux infrastructures de collecte, mais aussi de la méconnaissance des consignes. Pour le bac jaune, la principale consigne à retenir est cependant simple : on peut y mettre tous les emballages et rien que les emballages. D’autres solutions sont proposées pour les autres types de déchets : collectes spécifiques pour les biodéchets, les contenants en verre ou les textiles, déchetteries, recycleries, filières adaptées pour les produits industriels ou professionnels… On peut aussi commencer par les gestes qui limitent la production de déchets.
- Parmi les erreurs les plus courantes, sont à proscrire tous les déchets inflammables ou toxiques, y compris les batteries de téléphone, les bouteilles ou cartouches de gaz, les bombes de laque, les seringues et autres déchets médicaux. Ne pas jeter non plus dans la poubelle jaune les objets, y compris en plastique, tels que les jouets ou les guirlandes de Noël.
- Pensons aussi aux gestes qui facilitent le tri automatisé et limitent les refus : séparer les opercules des pots, ne pas écraser les bouteilles en plastique, ne pas imbriquer les emballages et encore plus, ne pas enfermer ses déchets recyclables dans des sacs poubelles.
| Lire aussi le premier volet : « Le destin sélectif de nos poubelles jaunes » |
Que mettre dans sa poubelle jaune ? Que ne pas mettre ? On s’est tous posé un jour la question devant un truc à jeter. Le Valtom annonce un taux moyen de 30 % d’erreurs de tri qui peut paralyser la ménagère ou le ménager devant ses bacs, mais il faut avoir conscience qu’une partie de ces « erreurs » relève plutôt, comme le précise Flore Letournelle, cheffe de projet environnement au Valtom « du je-m’en-foutisme et des incivilités, ou de la méconnaissance des consignes ». Peut-être aussi de difficultés à s’organiser pour le tri ou d’infrastructures à améliorer.
Laissons de côté les incivils et les infrastructures pour aujourd’hui, et précisons les choses pour ceux qui veulent bien faire mais sont un peu perdus. Au préalable, il convient de rappeler ce salutaire proverbe du XXIe siècle : le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Donc dès l’étape de vos courses au magasin, privilégier le vrac, les contenants réutilisables ou consignés, le réemploi ; proscrire autant que possible les produits sur-emballés, les objets et autres machins à usage unique, la surconsommation et les achats inutiles.
« Du je-m’en-foutisme et des incivilités, ou de la méconnaissance des consignes. »
Ceci posé, il va vous rester des choses dont vous devrez vous débarrasser. Et en les triant, le but du « jeu » (quand même très sérieux) est d’en diriger le moins possible vers l’incinération ou l’enfouissement.
Tout mais pas n’importe quoi
Rappelons que votre commune a désormais l’obligation de mettre à disposition une solution pour les déchets alimentaires. Que les bouteilles et bocaux en verre ont leurs propres points de collecte, tout comme les textiles. Que les déchetteries sont équipées pour recevoir à peu près tout ce qui ne convient à aucune autre poubelle. Et que tout ce qui est encore utilisable peut intéresser une ressourcerie, une boutique de seconde main, un brocanteur ou votre voisin. Et concentrons-nous sur ce que vous pouvez ou non confier à votre poubelle à couvercle jaune.

La consigne essentielle à retenir, c’est que la poubelle jaune est destinée à recevoir les emballages et rien que les emballages. En plastique, en papier, en carton, en acier ou en alu… N’importe quoi pourvu que ça emballe.
En conséquence, on éliminera autrement les textiles, les objets en plastique qui ne sont pas destinés à emballer, les pneus, les gravats, les déchets de chantiers… que pourtant on retrouve fréquemment à l’entrée de l’usine Trivalo. « On trouve de tout, y compris des déchets industriels qui n’ont rien à y faire », confirme Philippe Rodriguez, directeur de territoire Auvergne de l’entreprise Paprec, qui gère le site de traitement des déchets pour tout le Puy-de-Dôme.
| Lire aussi l’entretien : « Valtom 2/2 : « Tout le monde n’est pas encore convaincu par la nécessité de trier » |
Ne nous enflammons pas…
Détaillons quelques-uns de ces indésirables qui posent particulièrement problème. En tout premier lieu, les matières et contenants dangereux : les batteries, bonbonnes de gaz, de protoxyde d’azote, bidons de pétrole ou autres substances toxiques et inflammables. C’est ce qui cause le plus de risques d’incendie. « Nous avons des départs de feu plusieurs fois par semaine », souligne Jérémy Galtier, directeur du centre de tri.
Pas étonnant quand on apprend que plus de 100 bouteilles de gaz sont retirées chaque mois des chaînes de tri. « Le problème, poursuit le directeur du site, c’est que la consigne mentionnée sur certaines bouteilles de gaz produites en Europe mais hors de France indiquent de les diriger vers les centres de tri », poursuit-il.
« Nous avons des départs de feu plusieurs fois par semaine. »
Retenez donc que la recharge de votre réchaud de camping, tout comme votre téléphone portable en panne, n’ont rien à faire dans votre bac jaune. Retournez-les au fournisseur ou apportez-les en déchetterie.
Plus compliqué est le cas des bombes de laque pour cheveux ou autres produits gazeux en flacon sous pression. Ils sont à mettre avec les recyclables puisque ce sont des emballages, mais ne sont pas moins dangereux. Les responsables du tri recommandent de les vider le plus complètement possible avant de les jeter. Peut-être pourrait-on aussi apprendre à se passer définitivement de coiffures choucroute ?

Jouets, sapins et seringues proscrits
Le centre Trivalo n’est pas non plus équipé pour recevoir des jouets et autres objets en plastique, qui sont généralement composés de différentes catégories de plastique et peuvent même contenir d’autres matériaux. « Notre technologie de tri est faite pour les emballages. Les objets, c’est trop complexe. Il faut les envoyer en déchetterie », insiste Jérémy Galtier. Flore Letournelle complète : « Une filière de recyclage se met en place pour les ‘ABJL’, c’est-à-dire les ‘articles bricolage jouet et loisirs’. D’ailleurs il y a aussi des erreurs spécifiques de la période hivernale : luges, skis, guirlandes de Noël… »

Et puisque c’est de saison, n’espérez pas que le centre de tri prenne en charge votre sapin de Noël. Vous vous en débarrasserez à la déchetterie ou dans un point de collecte spécifique.
« Il y a aussi des erreurs spécifiques de la période hivernale : luges, skis, guirlandes de Noël… »
Signalons encore un type de déchets qui ne doit pas se retrouver dans les poubelles de tri : les DASRI ou déchets d’activités de soins à risques infectieux : seringues et matériaux médicaux piquants ou coupants, pansements et compresses utilisés, produits sanguins et autres déchets d’origine médicale. « C’est le deuxième plus gros risque pour nos agents », dit Jérémy Galtier. Car une seringue ou une matière contaminée peuvent se dissimuler facilement parmi les déchets que les valoristes manipulent à grande vitesse.
Donc les déchets médicaux se jettent dans les ordures ménagères de la poubelle noire (ou sont emportés par les filières spécialisées si vous êtes un professionnel de santé !). Les médicaments non utilisés sont à rapporter à la pharmacie. Seules leurs boîtes, ainsi que les blisters d’emballage de cachets vides, peuvent être accueillis par votre bac jaune.
| Sur les sapins de Noël et (entre autres) comment s’en débarrasser, lire aussi : « Mon beau sapin… sera-t-il sacrifié à Noël ? » |
Fantaisies de marketing
Voilà pour ce qu’on ne jette pas dans la poubelle jaune. Mais pour ce qu’on y met, comment le faire bien ?
Commençons par un classique : le pot de yaourt. Inutile de le laver, comme tous les autres emballages. Bien séparer les opercules des pots, car ce sont deux matériaux différents qui pourront plus facilement trouver leur voix sur les tapis roulants et dans les machines automatisées du centre de tri.
« Certaines marques cherchent à se distinguer en créant des emballages avec des plastiques différents, qui ne sont pas triables. »
De préférence, choisir des pots de yaourt classiques, même si ce n’est pas si facile à reconnaître. « Certaines marques cherchent à se distinguer en créant des emballages avec des plastiques différents, qui ne sont pas triables », précise Philippe Rodriguez, soupirant des innovations marketing qui ne simplifient pas la tâche. Autre exemple : le pot de yaourt en carton. « Il peut paraître plus écologique, poursuit-il. Mais il est forcément tapissé d’un film plastique sinon il n’est pas étanche. Et donc, il n’est pas recyclable non plus. »
Autre exemple de complexité (mais pas spécialement pour les yaourts… en tout cas pour l’instant) : les emballages noirs ne sont pas perceptibles par détection optique quand ils défilent sur un tapis roulant également noir. Avis aux as du marketing…
Ni imbriquer, ni déchirer, ni ensacher
Continuons les consignes : il est important de ne pas imbriquer les déchets les uns dans les autres, car ces assemblages hétéroclites ne seront pas désimbriqués par les machines et seront donc détectés seulement en bout de chaîne par le contrôle des agents : trop tard, donc systématiquement comptés comme « refus ».
Également, ne pas écraser les bouteilles en plastique et les bidons, « car le premier tri sépare les objets plats, de type papier et cartons, des contenants plastiques en 3 D, précise le directeur du site. Si une bouteille est écrasée, elle va partir dans la mauvaise file. »

Les emballages de type film alimentaire sont admis. Tout comme les cartons, ils peuvent être jetés en poubelle jaune même un peu souillés. Mais il faut les débarrasser des déchets alimentaires. Raclez votre carton à pizza, puis jetez-le dans la poubelle jaune. Sauf s’il est vraiment très imbibé de sauce tomate.
« Si une bouteille est écrasée, elle va partir dans la mauvaise file. »
Quoi d’autre ? Ne vous fatiguez pas à déchirer en petits morceaux les déchets papier. S’il mesure moins de 4 cm, le déchet est éliminé du recyclage.

Ça commence à être plus clair ? Une dernière consigne capitale : surtout, surtout, ne jetez pas vos déchets recyclables enfermés dans un sac poubelle. « Les sacs noirs ne sont pas ouverts, en raison des risques. Ils partent directement à l’incinérateur », précisent mes interlocuteurs.
Mais on est d’accord qu’à ce stade, tout comme dans le cas d’objets encombrants, câblages, appareils électriques ou électroniques, ce n’est plus de l’erreur de tri. Je vous laisse choisir le qualificatif qui convient…
Reportage Marie-Pierre Demarty, réalisé mardi 9 décembre 2025. Photos Marie-Pierre Demarty, sauf indication contraire. À la une : déchargement d’un camion de ramassage, dans l’usine de traitement des déchets recyclables au Brézet.
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