Pour Geoffrey Volat, le CISCA souhaite « faire bénéficier à ses membres de la connaissance produite » sur la résilience territoriale

Après une année 2021 charnière, le centre de R&D en innovation sociale souhaite ancrer son “programme Transitions et Résiliences” auprès des acteurs publics et privés du territoire.


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Pourquoi cet article ?

Le CISCA est la seule structure de recherche-action en France dédiée à la résilience territoriale, et elle est basée à Clermont. Au-delà d’un intérêt éditorial, je me suis rapproché de la structure et j’y participe désormais en tant que membre du conseil d’administration.

Je réalise donc une sorte de « suivi rédactionnel » de l’activité du CISCA, à travers une série d’entretiens avec ses principaux acteurs : directeurs, doctorants, partenaires, co-présidents … Après plusieurs papiers parus en 2020 et 2021, puis un premier entretien avec une doctorante, Victoria, voici un point avec Geoffrey, le directeur du CISCA, à l’orée d’une année 2022 qui devrait voir le lancement du programme Transitions et Résiliences.

Je précise aussi que je participe au projet de l’association Sens9 évoqué dans l’article, à ce jour en tant que bénévole.

Damien

Les principaux points à retenir

  1. Début 2022 marque une charnière importante pour le CISCA : avec 23 adhérents réunis, de nombreux partenaires territoriaux et une co-présidence au complet (après le départ en janvier 2021 de Jean-François Moreau qui représentait les acteurs socio-économiques), le centre de R&D en innovation sociale s’estime prêt à accélérer pour mettre en oeuvre son principal programme, intitulé « Transitions et Résiliences ».
  2. Dans ce cadre, Geoffrey Volat, son directeur, résume le positionnement du CISCA : engagé pour un « imaginaire de sobriété« , il reste cependant à l’écoute et en échange avec tous les acteurs du territoire puydômois, quel que soit leur logique d’action – principalement pour la croissance verte. La clé étant de construire des récits à la fois acceptables et lucides face au dérèglement climatique, dans une perspective de bien-être collectif.
  3. Pour y parvenir, le CISCA travaille par l’intermédiaire de doctorants qui effectuent des thèses CIFRE auprès d’acteurs territoriaux (communes, communautés de communes, Agence d’Urbanisme, etc.) et de chercheurs en recherche-action. Plusieurs projets sont ainsi menés de concert avec les laboratoires de recherche de l’Université Clermont Auvergne, une relation que développe et qu’entretient aussi bien Geoffrey que Nicolas Duracka, responsable scientifique du CISCA.
  4. Les doctorants, en particulier, avait déjà approché les collectivités membres par le « pré-programme » lancé sur 2019-2020 et qui consistait à sensibiliser les acteurs locaux aux notions de transition, de résilience et de limites planétaires. Sachant que chaque territoire a ses propres enjeux, comme la fin du « tout-ski » pour le Sancy ou les matériaux de proximité pour les Combrailles. Globalement, Geoffrey estime que ce sont les acteurs en territoire rural qui sont les plus lucides sur la résilience territoriale.
  5. Les freins au développement du CISCA, outre les difficultés à échanger avec le monde de la recherche, est dans la « temporalité multiple » des acteurs publics : tout le monde n’est pas encore sur un pied d’égalité dans la compréhension des enjeux. C’est pourquoi Geoffrey parle d’une courte période tampon en 2022 pour finir d’acclimater un premier groupe d’acteurs avant de lancer le programme Transitions et Résiliences.
  6. Quant au monde économique, il est désormais représenté par Jean-Luc Berlot, le dernier co-président du CISCA élu fin 2021 aux côtés de Mathias Bernard et de Marion Canalès. Via la structure Sens9 qu’il préside en parallèle, Jean-Luc a pour objectif d’acculturer les entreprises à la résilience territoriale, via un dispositif qui leur sera dédié et qui débute en 2022. Mais d’autres vice-présidents comme Anthony Palermo (maire de Saint-Eloy-les-Mines) ou Eric Agbessi (directeur de l’IUT Clermont Auvergne) faciliteront les relations avec le territoire.
  7. Pour résumer, la principale valeur ajoutée du CISCA selon Geoffrey est de produire des connaissances nouvelles (mais aussi de transférer des connaissances existantes) sur la résilience territoriale. Cette « base » de connaissances proviendra du terrain, par l’intermédiaire des doctorants notamment, et sera automatiquement partagée auprès des membres de l’association. Ainsi, le programme Transitions et Résiliences est évalué par Geoffrey à 800 000 €.

L’intervenant : Geoffrey Volat

Directeur du CISCA ; docteur en sciences de l’information et de la communication


Geoffrey est docteur en sciences de l’information et de la communication, associé au laboratoire « Communication et société” de l’Université Clermont Auvergne.

Auparavant, Geoffrey avait co-fondé le groupe Colibris 63 à Clermont en 2012, avait présidé le groupement étudiant pour le Développement Durable, co-fondé et co-présidé Lieutopie. Jusqu’en juin 2020, il était aussi doctorant CIFRE auprès de la mission Economie Sociale et Solidaire, et Innovation Sociale, de Clermont Auvergne Métropole. Il y fait une thèse encadrée par Eric Dacheux sur les “freins et leviers communicationnels dans les processus de co-construction de l’action publique”, en étudiant le cas de la politique ESS de Clermont Auvergne Métropole. Puis il y a été salarié en tant que “chargé de mission renfort” sur l’ESS.

En 2019, Geoffrey rejoint le CISCA en parallèle de sa thèse en tant que trésorier et membre du Comité Exécutif. En 2021, il en prend la direction pour piloter son développement stratégique et territorial.

Contacter Geoffrey par mail : geoffrey.volat@cisca.fr
Contacter Geoffrey par téléphone : 06 82 94 52 73

Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie

La structure : CISCA

Centre de recherche, de développement et de transfert en innovations sociales, principalement dédié aux questions de résilience territoriale sur le Puy-de-Dôme


Créé à l’interface des collectivités territoriales, des acteurs socio-économiques du territoire clermontois élargi, et de la recherche académique, le CISCA se consacre à la question de la transformation sociale et sociétale. Son but : « construire des interfaces » entre les acteurs du territoire, notamment en jouant un rôle de « traducteur » permettant l’élaboration de stratégies communes.

Son mode d’action consiste à accompagner les acteurs territoriaux par le transfert de connaissances ou de compétences (en somme de l’existant à déployer) et/ou de la recherche et le développement (autrement dit de la production de connaissances et d’outils d’ingénieries appliqués).

Depuis 2019, à l’initiative notamment de Clermont Métropole, le CISCA déploye progressivement un dispositif de construction de la résilience territoriale. L’objectif est d’accompagner, par le Programme de R&D Transitions et Résiliences (de 3 ans) les collectivités et EPCI du territoire à faire dialoguer acteurs publics et privés (dont les entreprises) dans une logique de prise en compte de l’urgence environnementale et de définition d’une stratégie pragmatique et collective de résilience.

Ce programme de trois ans est précédé d’un « pré-programme » de 6 à 9 mois conçu pour introduire le sujet de la résilience auprès des acteurs des collectivités concernées – élus et techniciens en priorité.

En février 2022, le CISCA comporte six salariés pour un budget de fonctionnement de 300 000 €, principalement assuré par les cotisations des adhérents. Son C.A. est structuré notamment autour de trois co-présidents : Mathias Bernard (UCA) qui représente les acteurs de la recherche, Marion Canalès (Clermont Métropole) pour les collectivités et Jean-Luc Berlot (Sens9) pour les acteurs socio-économiques. Il compte 23 adhérents, 10 thèses en cours et 30 projets de recherche-action.

Visiter le site web du CISCA
Ecrire un mail au CISCA : coordination@cisca.fr


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On s’était parlé en juin 2020 … comment le CISCA a, depuis, “traversé” la période de la pandémie ?

En 2020, nous passions de la réflexion sur les enjeux de transition écologique à la notion de résilience. Je m’explique : nous avons une fibre militante, qui consiste à toujours vouloir rapprocher l’innovation sociale des enjeux environnementaux. Au fond, nous souhaitons questionner le bien-être d’une société durable et harmonieuse … mais, avant 2020, nous le faisions surtout de manière thématique, en traitant des sujets comme l’alimentation ou la mobilité durable.

Si un choc survient, comment être en capacité de bifurquer pour ne pas refaire les mêmes erreurs que celles qui ont mené à la crise ?

Début 2020, Marion Canalès, notre coprésidente, nous a demandé de travailler sur le “déploiement pratique” de la transition au niveau de la Métropole – en tant que chercheurs, bien sûr. Nous devions nous demander comment l’innovation sociale pouvait nourrir cet enjeu.

Puis, le Covid est arrivé … avec la question de la résilience. Autrement dit : si un choc survient, comment être en capacité de ressortir la tête hors de l’eau, mais surtout de bifurquer pour ne pas refaire les mêmes erreurs que celles qui ont mené à la crise ? Ici, on parle de redirection, de relocalisation … mais, surtout, il faut intégrer la notion de choc, de soudain, d’inattendu. C’est une réflexion duale transition/résilience.

Lire l’entretien : co-construire démocratiquement les politiques publiques, selon Geoffrey Volat

Dans quel cadre de pensée s’inscrit la démarche du CISCA ?

On se base sur l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde aux ressources finies. Arthur Keller a développé une analyse autour de quatre “imaginaires” : l’illimitisme (pour lequel il n’y a pas de problème de ressources – comme pour Donald Trump ou Bolsonaro) ; le durabilisme (on reconnaît le problème mais on pense d’une croissance durable est possible, grâce aux progrès technologiques – c’est ce qui guide à peu près toutes les politiques publiques aujourd’hui). Cette dernière approche étant nécessaire mais insuffisante.

On se base sur l’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde aux ressources finies.

Troisièmement, la sobriété : il s’agit de prendre en compte les limites planétaires – qui font aujourd’hui l’objet d’un consensus scientifique – et de réduire notre impact environnemental. Cela se fera en questionnant notre consommation, mais aussi en renonçant à des projets ou à des pratiques trop dispendieuses.

Enfin, l’effondrisme : cet imaginaire constate que la recherche d’une “croissance verte” est une fuite en avant qui consommera toujours plus de ressources qu’elle n’en préservera. C’est par exemple l’objet des travaux sur la Grande Accélération, et bien sûr le fameux rapport Meadows. Pour les effondristes, la sobriété – qui est la bonne approche – arrive trop tard et ne pourra empêcher le dérèglement des écosystèmes, inéluctable.

Il y a plus précisément deux sous-imaginaires effondristes : le premier cherche à anticiper les chocs probables sur nos modes de vie par des actions de sécurité (alimentaire, énergétique) et une redirection pour des modes de vie plus sobres et moins vulnérables – c’est la pensée de la résilience territoriale. Le second, dit “survivaliste”, et finalement très individualiste : il revient au chacun pour soi, sans aucune anticipation et planification collective – c’est, selon moi, la pensée du chaos, que je rejette.

Et comment votre action se positionne-t-elle parmi ces imaginaires ?

Sur le Puy-de-Dôme, plusieurs imaginaires cohabitent, sans forcément être conscientisés comme tels … Au quotidien, nous travaillons majoritairement avec des acteurs “durabilistes”. Ou des acteurs qui, individuellement, pourraient être proches de l’imaginaire de sobriété, mais qui demeurent pris dans des organisations collectives moins aptes à intégrer cette approche.

Il faut donc composer et échanger avec tout le monde, dans tous les imaginaires.

Notre approche scientifique nous oblige à faire de la pédagogie, de la vulgarisation à accompagner la construction de récits acceptables et lucides dans une perspective de bien-être collectif. Il faut donc composer et échanger avec tout le monde, dans tous les imaginaires.

Le sujet de la résilience est difficile à aborder … Quelle méthode de travail le CISCA a-t-il développé pour favoriser les échanges avec les acteurs du territoire ? 

La clé, c’est la cohérence de ces échanges et l’acculturation de chacun aux notions-clé : résilience, transition, vulnérabilités, limites planétaires … Nous avons lancé en 2020 un “pré-programme” pour commencer par cet angle de pédagogie, tout en menant un diagnostic territorial d’ensemble.

La clé, c’est la cohérence de ces échanges et l’acculturation de chacun aux notions-clé : résilience, transition, vulnérabilités, limites planétaires …

Ce pré-programme s’est déroulé par l’intermédiaire de jeunes pré-doctorants, coordonnés par le CISCA mais élaborant leur projet de thèse pour le compte de collectivités. Leur objectif est ici de faire émerger des diagnostics plus localisés et plus précis. De même pour les chercheurs en recherche-action : tous ces artisans du pré-programme n’ont fait, au final, que mettre en avant des données pré-existantes mais éparpillées.

Lire le reportage : le CISCA pose la première brique de la résilience territoriale

Quel constat fais-tu aujourd’hui sur l’éveil à la résilience territoriale ?

Le diagnostic du territoire reste très partiel, c’est un travail de puzzle. Mais nous avons tout de même une dizaine de collectivités locales et territoriales et une dizaine d’acteurs socio-économiques, qui ont conventionné avec le CISCA .

Je dirais que les acteurs les plus lucides et ouverts sur la question se trouvent en zone rurale : le Sancy, Thiers, Orcines, Saint-Eloy-les-Mines … ils ont conscience de leurs vulnérabilités et des enjeux associés. Avec eux, pas de tabou ! On a pu avancer assez loin sur la réflexion.

Le Mont-Dore et le massif du Sancy, vus du Puy Gros. L’économie locale doit sortir de la logique « tout ski » si elle veut parvenir à s’adapter au dérèglement climatique / Crédit visuel : Fabien 1309 (Wikimedia Commons, CC BY SA 2.0)

Par exemple, la communauté de communes du Massif du Sancy a identifié l’enjeu de la diversification touristique et économique “post tout-ski” comme étant prioritaire. Thiers Dore Montagne souhaite travailler avec nous sur la notion de biens communs, pourquoi pas via des SCIC [Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif] notamment. Enfin, les acteurs des Combrailles sont sur les questions de filières locales, d’emploi et de matériaux bio-sourcés.

Je ne veux pas dire que les plus gros comme la ville de Clermont-Ferrand ou la Métropole ne font rien. Le constat du pré-programme est que nous avons connu des relations plus accessibles, plus franches avec les communes et intercommunalités péri-urbaines ou rurales. Mais peut-être que les plus gros ont moins besoin de nous, et font davantage appel à des cabinets d’études, je ne sais pas …

Lire l’entretien : « Sans aide de l’Etat, l’équation économique de la transition ne tient pas », selon Jean-Marc Morvan

Tu as identifié plusieurs freins à votre action, à commencer par le problème de la temporalité : de quoi s’agit-il ?

En 2021/2022, on souhaitait lancer la suite du pré-programme, à savoir le “programme de R&D Transitions et Résiliences”, censé s’appuyer sur un démarrage synchrone des thèses des doctorants. Mais la réalité est différente : c’est ce qu’on a acté lors de notre assemblée générale de novembre 2021. Les territoires avancent à des vitesses différentes ! 

Et nous avons, en continu, des “nouveaux entrants”. Comme la communauté de communes de Chavanon Combrailles et Volcans qui a récemment initié les échanges avec nous, tandis que certaines thèses que nous accompagnons, comme celle de Clémence Rebourg au sein de l’Agence d’Urbanisme, a déjà débuté …

Les territoires avancent à des vitesses différentes !

L’enseignement, c’est qu’il nous faudra une “année tampon” entre le pré-programme et le programme Transitions et Résiliences pour atteindre une masse critique d’acteurs, globalement au même niveau de conscientisation. C’est le seul moyen de les embarquer ensemble et de commencer à mutualiser la connaissance produite.

Sans parler des temporalités propres à différents univers, celui du politique, de la recherche, des associations militantes … et des contraintes liées au calendrier budgétaire, à la pandémie, aux personnes pas toujours prêtes … Mais je pense qu’on est parvenu à avancer très vite : en un an et demi, on est passé de 5 à 23 adhérents, et on accompagne 13 thèses dont 4 ont déjà commencé. Enfin, on a œuvré à l’émergence d’une vingtaine de projets de recherche-action qui pourraient se concrétiser en 2022.

Les doctorants du CISCA présentent leurs thèses aux participants à l’AG de novembre 2021, utilisant des facilitations graphiques réalisées par Pierre Friedrich / Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie

Comment se passent les relations avec le monde universitaire ?

Nous travaillons principalement avec la direction Partenariats et Territoires de l’UCA [Université Clermont Auvergne]. Elle nous aide à développer la cohérence scientifique entre notre programme de R&D et les objectifs scientifiques des instituts de recherche – qui sont des regroupements thématiques de laboratoires.

Le souci est qu’on n’est pas encore bien identifié par beaucoup d’acteurs au sein de l’UCA. Notre ambition de constituer un comité scientifique ne s’est pas encore concrétisée. Nicolas Duracka, le responsable scientifique du CISCA [et ancien directeur, NDLR] avait voulu porter ce projet il y a deux ans. Mais ça n’a pas marché à l’époque, c’était sans doute trop tôt.

Lire l’entretien : pour Nicolas Duracka, « on est obligé de changer de logiciel, et ce n’est pas facile »

C’est pourquoi nous avons changé d’approche : nous avons privilégié la construction de thèse CIFRE avec des doctorants qui se positionnent en trait d’union entre leurs directeurs de recherche à l’UCA, et les collectivités et acteurs partenaires. C’est pourquoi nous avons débuté un tour des laboratoires pour présenter notre action et inviter les chercheurs à mettre leurs compétences sur les projets de recherche-action.

S’appuyer sur les compétences et les connaissances produites par les chercheurs et les doctorants pour les diffuser à nos adhérents et les outiller, voilà notre fonction de médiateurs.

Dernier point délicat, le monde des entreprises. Est-il réceptif aux notions de résilience et de vulnérabilités systémiques ?

La réduction de la distance entre le monde économique et les exigences des limites planétaires fait partie de notre mission. Je dirais même que c’est un des enjeux les plus difficiles, car le marché concurrentiel est le plus grand frein au passage de la conscientisation à l’action. Quand tu vis dans un univers de compétition et de réduction permanente des coûts, c’est très dur de sortir un salaire tout en intégrant les enjeux de résilience et de durabilité !

La réduction de la distance entre le monde économique et les exigences des limites planétaires fait partie de notre mission.

Néanmoins, beaucoup d’acteurs économiques ont conscience de cette schizophrénie. Seulement, ils ne savent pas comment la résoudre et sont en quête d’un modèle. Là, nous travaillons avec un nouveau partenaire associatif, Sens9 – dont le président Jean-Luc Berlot est également coprésident du CISCA. Sens9 ira chercher les entreprises, les acculturer et les rapprocher d’autres acteurs du territoire déjà avancés sur ces enjeux.

C’est un partenariat capital pour nous. Sens9 est l’unique structure sur le département qui souhaite réunir les acteurs économiques privés désireux d’engager des dynamiques de résilience et de transition de leur modèle.

Toute l’équipe du CISCA, des salariés aux doctorants en passant par les partenaires et les membres de l’association / Crédit photo : Damien Caillard, Tikographie

Les nouveaux vice-présidents du CISCA jouent-ils un rôle de facilitateurs dans les interactions avec les acteurs du territoire ?

Oui, cela fait clairement partie de leur valeur ajoutée. Par exemple, Anthony Palermo, maire de Saint-Eloy-les-Mines, est vice-président en charge des relations aux territoires ruraux. Eric Agbessi, directeur de l’IUT Clermont Auvergne, va travailler sur le rapprochement entre les chercheurs et le territoire puydômois. Ils fonctionnent d’ailleurs en binôme, Anthony étant naturellement crédible auprès des collectivités, Eric auprès des laboratoires de recherche.

Par ailleurs, nous bénéficions toujours de l’engagement de Mathias Bernard, président de l’UCA, et de Marion Canalès, conseillère métropolitaine déléguée à l’ESS [Economie Sociale et Solidaire] : ils ont été réélus en tant que co-présidents respectivement pour la recherche et pour les collectivités, aux cotés de Jean-Luc Berlot (Sens9) pour les acteurs socio-économiques.

Lire l’entretien avec Marion Canalès : « comment Clermont Métropole peut-elle impulser un nouveau modèle ? »

Donc, sur 2022, quelle est la stratégie de développement du CISCA ?

Je parlais de la variété des acteurs, des temporalités et des contraintes. Nous apprenons à gérer l’asynchronisation. Mais, au-delà, nous devons créer de la méthodologie. C’est tout l’enjeu de la recherche-action.

Aujourd’hui, nous pouvons démarrer le programme, même si nous souhaitons consolider la “masse critique” dans le courant de l’année. L’engagement pour ce programme sera jusqu’à 2025 – à travers les thèses et la recherche-action – et les acteurs qui commencent aujourd’hui avec nous seront donc nos partenaires pour quatre années ! Sans compter les adhésions au fil de l’eau.

Nous devons créer de la méthodologie. C’est tout l’enjeu de la recherche-action.

Notre discours est le suivant : engagez-vous au sein du CISCA, et vous bénéficierez de la connaissance produite par l’ensemble des acteurs. Nous avons déjà identifié une trentaine de problématiques territoriales liées à la résilience et aux transitions ! Il faut maintenant nous rapprocher des laboratoires de recherche. Nicolas Duracka est allé leur soumettre ces problématiques, afin de trouver les chercheurs à même d’y répondre, via des projets recherche-action en moyenne de 3 mois à un an.

Et tout cela alimente déjà une base de connaissances commune – toujours produite au sein des laboratoires de recherche, j’insiste, mais sur la base de diagnostics terrain réalisés avec les acteurs locaux. Finalement, notre travail consiste à réaliser l’intermédiation, la diffusion des connaissances produites, et l’outillage des acteurs.

Lire l’entretien : faire bouger les lignes politiques pour le climat, l’ambition de Victoria Mure-Ravaud

Les moyens du CISCA sont-ils à la hauteur de cette ambition ?

Nous avons grandi, si je puis dire, de deux à cinq salariés entre 2020 et 2021 – et sans doute une sixième en mars pour travailler sur le développement d’expérimentations liées aux recherches réalisées et sur les outils de médiation.

Notre budget, lui, est de 300 000 € sur l’exercice en cours. Les deux tiers environ proviennent des cotisations des adhérents, un dixième seulement de prestations avec des acteurs hors programme – voire hors territoire. Le reste est sous forme de subventions (surtout des réponses à des appels à projets. Enfin, nos dépenses sont presque exclusivement des ressources humaines : salaires, frais de déplacements. 

Pour se faire une idée, le programme Transitions et Résiliences est valorisé à 800 000 € par an si nous intégrons tous les doctorants qui vont participer. Et je parle même pas de l’engagement des chercheurs clermontois !

Ton objectif est donc la mutualisation des connaissances sur la résilience territoriale …

Oui, puisque nous ne souhaitons pas avoir une relation de prestation avec les acteurs locaux, mais plutôt susciter l’adhésion à un projet collectif. Que l’on parle avec Bromont-Lamothe, Landestini, la Métropole ou le Grand Clermont, on met en avant le fait de participer, chacun à son niveau, au “pot commun” de connaissances. Suivant le principe mutualiste : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »

On met en avant le fait de participer, chacun à son niveau, au “pot commun” de connaissances.

En 2022, je vais me concentrer sur le fait de répertorier et “recroiser” tous les projets de recherche-action. Par exemple, les villes de Gerzat et Cournon veulent travailler chacune sur une “administration dans une démarche résiliente” : on peut faire des démarches communes en ce sens.

Lire l’entretien : pour François Rage, « l’organisation urbaine doit intégrer les questions de transition »

Il y a aussi le transfert de connaissances existantes, en complément de la recherche. Là, il faut identifier les connaissances déjà produites. Nous pouvons apporter un vrai plus : Mathias Bernard, président de l’UCA, reconnaissait que l’Université sait travailler avec les grands acteurs mais moins bien avec les petits – comme les collectivités rurales ou les associations. Je pense que notre apport est précieux en ce sens.

Pour finir, quelle “valeur ajoutée” attends-tu du programme du CISCA d’ici quelques années ?

Rendez-vous donc à la rentrée de septembre 2022 pour faire le point. Nous espérons avoir lancé la dizaine de thèses et de projets de recherche-action que nous préparons. La valeur ajoutée du CISCA est surtout dans sa “matière grise”, mais elle ne se voit pas encore trop, malgré le travail considérable qui a été fourni. 

La valeur ajoutée du CISCA est surtout dans sa “matière grise”, mais elle ne se voit pas encore trop.

Je suis heureux et reconnaissant que déjà beaucoup d’acteurs, de maires, de présidents, de directeurs de structures nous fassent confiance. Quand ça se transformera en pratiques et en connaissances communes, d’ici deux ou trois ans, j’espère que nous serons fiers du travail accompli.

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Liens complémentaires proposés par Geoffrey:
Pour comprendre : le dernier rapport du Shift Project sur la résilience territoriale, paru en septembre 2021
Egalement, l’ouvrage Ces maires qui changent tout chez Actes Sud, « plein de cas d’élus qui ont développé des projets ambitieux en local » selon Geoffrey

Propos recueillis le 12 janvier 2022, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigé par Geoffrey. Crédit photo de Une : Damien Caillard, Tikographie