Le regard d’Imco Lanting, un oeil journalistique néerlandais sur la mobilité en Auvergne

Reporter indépendant vivant entre Clermont et les Pays-Bas, Imco rapproche son expérience personnelle et son expertise journalistique pour nous livrer un regard sur la mobilité locale.


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Pourquoi cet article ?

Imco est un de mes camarades d’Epicentre, le tiers lieux/cowork du centre-ville clermontois qui a fermé en 2020. Nous avions beaucoup échangé sur les problématiques des journalistes indépendants quand j’étais à la manoeuvre du Connecteur, jusqu’en 2019. Imco réalisait alors plusieurs reportages commandés par des médias du nord de l’Europe sur les paysages, le tourisme, le patrimoine auvergnat.

Cette année, il a élargi son champ de compétence en rédigeant six articles de fond sur les moyens de transports contemporains – voiture, bateau, avion, vélo … – pour le Reformatorisch Dagblad, quotidien néerlandais du soir. Si ces articles ne parlent pas spécifiquement de l’Auvergne, j’ai néanmoins souhaité l’interroger sur le croisement entre cette connaissance récemment acquise des enjeux – souvent techniques ou fonctionnels – de la mobilité, et sur sa propre expérience de vie dans la région qui est maintenant un de ses foyers.

Et, comme on n’est que jeudi, je me suis contenté de poser seulement cinq questions 🙂

Damien

L’intervenant : Imco Lanting

Crédit photo : Imco Lanting (DR)

Journaliste indépendant


Originaire de la région de Groningue (nord des Pays-Bas), Imco s’est installé en Auvergne en 2017. « J’adore la région et la ville ! » confesse-t-il. En tant que journaliste indépendant, ses spécialités portent sur les sujets de science, de développement durable, d’histoire et de culture.

Aujourd’hui, outre ses publications ponctuelles pour divers médias – notamment dans le nord de l’Europe, Imco travaille régulièrement avec l’Office du Tourisme de Clermont Métropole et d’Auvergne-Rhône-Alpes pour des reportages.

Contacter Imco par courrier électronique : imcolanting [chez] gmail.com

Crédit photo : Imco Lanting (DR)


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Comment « vis-tu » les transports en Auvergne, toi qui connais bien les Pays-Bas et qui a écrit six articles sur la mobilité ?

Ce qui me frappe en Auvergne, c’est que les transports en commun longue distance (entre la ville et la campagne) sont incroyablement pauvres, en termes de service ! Si on regarde bien, on trouve deux bus régionaux par jour, un très tôt le matin pour aller à la ville, un en toute fin de journée pour en revenir …

Du coup, je ne peux pas imaginer de me déplacer en Auvergne sans voiture. On en revient à une situation « à l’américaine » ! Autour de Clermont, je dirais que les distances sont courtes mais que les temps de transports sont longs …

Canaux, terrain plat, vélos, liaisons par bus … les schémas de mobilité du Pays-Bas sont spécifiques à ce pays. Mais nous pouvons néanmoins nous en inspirer, notamment pour la qualité des liaisons ville-campagne / Crédit photo : C Messier (Wikimedia Commons, CC BY SA 4.0)

Raconte nous en quelques mots ton expérience de mobilité autour de Groningue, aux Pays-Bas, où vit ta famille …

Là bas, il y a surtout énormément de cars en zone rurale. Je veux dire : toutes les 20 ou 30 minutes, en journée ! Et ils fonctionnent à l’hydrogène ou à l’électricité.

Je ne peux pas imaginer de me déplacer en Auvergne sans voiture.

Ensuite, tu peux très facilement déposer ton vélo à la gare ou à l’arrêt de bus, et en louer un autre à ton point d’arrivée. C’est ce que je fais quand je me déplace depuis chez mes parents – qui vivent dans la campagne environnante – au centre-ville de Groningue, une cité de 200 000 habitants dont le centre est principalement dédié aux mobilités douces. Bien sûr, comme souvent aux Pays-Bas, c’est plat … donc facile de pédaler. Et les vélos sont majoritairement mécaniques.

Mais ce qui plaît, c’est cette combinaison bus/vélo (ou train/vélo) extrêmement facilitée dans toute la chaîne logistique, pour les abonnements, la location, le dépôt, etc. Pour le garage également : de nombreux parkings souterrains, autrefois réservés aux voitures, ont été convertis en bike park, et c’est vraiment pratique.

Lire le double entretien : au lancement d’Orbimob 2021, retour sur les enjeux de la mobilité territoriale durable

Dans ta série d’articles sur le « futur des transports », tu as étudié les différents modes de propulsion. As-tu un pronostic ?

Je pense vraiment que la propulsion électrique est l’énergie la plus intéressante, et de loin la plus propre. Mais il nous faut améliorer la qualité – et la « durabilité » – de ses modes de production. Le nucléaire, par exemple, n’émet pas de CO2 durant la génération électrique, mais il présente beaucoup de problèmes par ailleurs.

Pour moi, le solaire est donc la meilleure solution pour produire de l’électricité vraiment propre : les panneaux photovoltaïques s’améliorent sans cesse, ils sont faciles à produire, ils ont une bonne durée de vie, et ils impactent relativement peu les paysages s’ils sont intelligemment positionnés – par exemple sur des toitures. Et Clermont fait partie des villes françaises les plus ensoleillées !

Imco a rédigé six articles très approfondis sur la question du « futur des transports » pour un quotidien néerlandais. Chaque article porte sur un moyen de déplacement quotidien, comme la voiture, le train, le vélo ou encore l’avion, et en explore les enjeux et les développements possibles mais principalement sur un angle fonctionnel et technique / Crédit visuel : Reformatorisch Dagblad (DR)

A contrario, je suis plutôt anti-éolien, cela pose trop de problèmes pour les habitants et reste lourd à maintenir. Une éolienne, souvent, s’installe dans un endroit éloigné et pas toujours accessible, est soumise à des vents forts – c’est le principe – et beaucoup d’intempéries, et implique des éléments lourds, toujours en mouvement, au sommet de pylônes souvent hauts … tout cela est coûteux et compliqué à entretenir.

Lire l’entretien : l’éolien citoyen de Grégory Bonnet, « projet de territoire qui favorise l’acceptabilité »

On reproche à certains d’acteurs des transports de ne pas tenir compte du cycle de vie. Qu’en penses-tu ?

C’est vrai qu’on se focalise beaucoup sur la génération de CO2 et sur la production d’énergie : quel impact va avoir tel ou tel moyen de transport sur le climat, et comment l’énergie qui le propulse sera produite. C’est notamment le cas pour le débat autour de la voiture électrique ou de l’avion : en effet, une voiture électrique rechargée « au nucléaire » sera neutre en carbone … quand elle roule. Mais que se passe-t-il avant la mise en circulation ? Et en fin de vie ?

On se focalise beaucoup sur la génération de CO2 et sur la production d’énergie.

Une question majeure reste, selon moi, celle du stockage d’énergie : pour l’électricité, c’est possible bien sûr mais cela reste à améliorer. Comment fabriquer des batteries vraiment propres ? Dans mes articles, j’ai constaté qu’un effort de recherche très important se focalise sur ce sujet, en essayant d’améliorer autant le poids, les composants (et la recyclabilité) que l’efficacité des batteries.

Quant au mix énergétique idéal pour produire l’énergie, je pense que nous aurons rapidement, et pour un certain temps, un équilibre nucléaire/solaire, qui sera d’une certaine manière un moindre mal.

Lire l’entretien : selon Clément Neyrial, « plus on travaille avec du sens, plus le produit aura de la valeur »

Enfin, les experts que tu cites dans tes articles parient souvent sur une forte croissance du secteur des transports : plus de déplacements, plus de kilomètres parcourus … mais n’est-ce pas un peu présomptueux ?

C’est en effet l’hypothèse transversale des experts que j’ai pu rencontrer ! Personnellement, je ne suis pas d’accord sur cette hypothèse de départ : elle peut advenir, bien sûr, mais il ne faut pas l’envisager comme étant le futur des transports avec certitude. Au contraire, beaucoup de gens – peut-être en Europe pour commencer, mais cela peut s’étendre – choisiront de moins se déplacer. Car moins de mobilité, plus de local [dans le choix de ses produits alimentaires ou industriels], c’est moins de stress pour les gens, et moins d’impact sur la planète. Le meilleur déplacement reste celui qu’on ne fait pas.

Moins de mobilité, plus de local, c’est moins de stress pour les gens et moins d’impact sur la planète.

En plus, la crise du Coronavirus a fortement contraint les déplacements … et, aujourd’hui, on constate une nette tendance à la réduction de la mobilité (du moins longue distance). Sans parler du flygskam, cette « honte de prendre l’avion » qui je pense peut perdurer – contrairement à l’avis de certains experts. Au fond, prendre l’avion ne sera jamais 100% propres, il faudra fabriquer l’avion, l’alimenter, se rendre à l’aéroport … La solution est donc dans une énergie plus propre, mais aussi dans une utilisation bien plus raisonnée.

Les articles rédigés par Imco, sur le Reformatorisch Dagblad (accessibles gratuitement mais en néerlandais):
la voiture, l’avion, le train, le vélo, le bateau, le camion
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Propos recueillis le 14 octobre 2021, mis en forme pour plus de clarté. Crédit photo de Une : Fanny Reynaud (DR)