Éclairage extérieur des entreprises : attention, nuisances !

Par

Marie-Pierre Demarty

Le

Biodiversité, santé humaine, consommation énergétique... Les éclairages extérieurs, sources de nuisances diverses, sont règlementés, mais les entreprises sont peu informées. Le parc Livradois-Forez tente de les sensibiliser.

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Le pourquoi et le comment   [cliquer pour dérouler]

Parmi toutes les informations incroyables qu’on peut apprendre sur le Vivant, il y en a une que je trouve particulièrement vertigineuse : les oiseaux migrateurs s’orientent (notamment) grâce aux étoiles. « Comme les rois-mages en Galilée », chantait Sheila dans ma jeunesse.

Ce simple petit mécanisme de repérage me semble très symbolique de ce que nous infligeons au Vivant. Eclairer a giorno nos villes, nos routes, nos aéroports, nos zones commerciales et industrielles revient à brouiller le GPS de ces grands voyageurs. Et ce n’est pourtant qu’une petite goutte d’eau dans l’océan de nuisances dont nous les humains sommes responsables.

L’avantage de cette pollution-là, c’est qu’elle est très facile à éliminer. Il suffit – ou presque – d’appuyer sur le bouton. Et la mesure est d’autant plus facile à prendre qu’elle coûte bien moins cher que l’inaction.

De nombreuses communes l’ont expérimenté, poussées d’abord par la nécessité de réduire leurs factures lorsque le prix de l’électricité a flambé et a mis en lumière (avec ou sans jeu de mot) le gaspillage d’énergie qu’on pratiquait partout rien que par le fait de ne pas se poser la question.

Dans ce domaine, les entreprises privées ont à faire leur part aussi. Beaucoup le font. Elles sont d’ailleurs règlementées là-dessus. Mais beaucoup ont encore des efforts à faire.

Je me suis immiscée dans une réunion de sensibilisation à ce sujet qui leur était destinée, avec l’intention de… nous éclairer, évidemment.

Marie-Pierre

Trois infos express   [cliquer pour dérouler]

  • Beaucoup d’entreprises et commerces ne connaissent pas la règlementation sur l’éclairage extérieur et n’ont pas conscience des nuisances de ces éclairages, qui sont multiples : gaspillage de ressources énergétiques, impacts multiples sur la biodiversité, perturbations de la santé humaine, dégradation de la qualité du ciel nocturne.
  • Il est pourtant obligatoire d’éteindre les lumières au plus tard une heure après la fermeture des locaux. Il existe également de nombreuses solutions pour optimiser l’éclairage et en réduire les impacts, lorsque l’activité ne permet pas d’éteindre complètement. Et il est recommandé dans tous les cas d’éviter d’éclairer vers le ciel, d’utiliser des leds et de préférer les teintes orangées.
  • Chaque entreprise ayant ses besoins et contraintes propres, le Parc Livradois-Forez propose pour celles de son territoire de réaliser un diagnostic personnalisé et de les aider à mettre en œuvre un plan d’action. Une réunion d’information leur était proposée fin février mais a attiré peu de monde, signe que la sensibilisation est encore à développer.

Pas beaucoup d’inscrits, des désistements annoncés ou pas : preuve que le sujet est tout sauf une priorité pour les entreprises. Clémence Ville, animatrice du projet « Entreprises et Biodiversité » pour le Parc naturel régional Livradois-Forez, avait de quoi être déçue pour cette réunion de sensibilisation sur le sujet de l’éclairage extérieur, qui s’adressait à toutes les entreprises du territoire du parc.

Et pourtant, le sujet n’est pas mineur. Car il cumule divers enjeux et non des moindres : économiques aussi bien qu’environnementaux, de santé et de réglementation. C’est ce qui a été présenté ce 25 février aux quelques représentants d’entreprises présents. Pas seulement pour alerter, mais aussi pour montrer que des solutions adaptées existent, et sont beaucoup plus variées qu’une simple alternative entre tout éteindre ou laisser tout allumé toute la nuit.

Méconnaissance

Aussi réduit soit-il, le panel des entreprises représentées montrait l’étendue des problématiques et des secteurs concernés : une entreprise de traitement thermique des métaux où « la consommation des éclairages est ridicule par rapport à la consommation totale d’énergie », mais motivée par le fait que « notre éclairage extérieur ne fonctionne plus du tout et c’est un problème quand le personnel arrive ou part alors qu’il fait nuit », témoignait son dirigeant ; mais aussi deux conseillères bancaires spécialisées dans la relation aux entreprises, que le sujet intéressait surtout pour en parler à leurs clients ; ou encore une responsable des formations d’un groupe de transport de marchandises, contraint à un éclairage nocturne car « les camions et les piétons circulent à toute heure, de nuit comme de jour ».

Beaucoup d’entreprises ou de commerces éclairent trop, inutilement, a expliqué Clémence Ville. Puis lors de la visite des extérieurs, munie d’un luxmètre, elle démontre que des éclairages moins intenses peuvent être suffisants.

Mais avant d’en venir à l’adaptabilité des solutions, il convenait de poser quelques bases. D’autant plus, souligne Clémence Ville, que « c’est souvent un sujet qu’on connaît de loin ». Comme l’animatrice l’a déjà constaté, peu de représentants des entreprises peuvent répondre à des questions telles que : qui décide en matière d’éclairage extérieur ? Quand cet éclairage est-il éteint ou allumé et par quels systèmes ? Des démarches ont-elles permis de faire évoluer ces éclairages ? Un petit quiz sur les connaissances des participants a même montré la méconnaissance de la législation en la matière.

« C’est souvent un sujet qu’on connaît de loin. »

Résumons donc. Le premier enjeu est économique : encore un cas où économie et écologie s’accordent. « C’est le principal argument auquel elles sont sensibles », souligne Hugo Verdera, dirigeant de l’entreprise SCIE Puy-de-Dôme à Courpière, spécialisée entre autres dans l’installation et la maintenance d’éclairages extérieurs, notamment dans l’espace public. Entreprise qui accueillait la réunion.

Vies perturbées

Mais outre les économies d’énergie, le Parc a surtout pour objectif de faire comprendre que d’autres intérêts s’additionnent à celui-ci, pour le bien de tous. Ainsi la pollution lumineuse impacte directement la biodiversité. La lumière perturbe le cycle de reproduction d’espèces aussi diverses que les chauve-souris, les insectes ou les crapauds, la migration des oiseaux qui se repèrent aux étoiles, et le rythme de croissance des plantes. Elle attire des espèces comme les papillons de nuit qui se retrouvent à la merci des prédateurs, ou au contraire gênent la plupart des chauve-souris de nos territoires, adaptées à une vie strictement nocturne.

Parmi ces dernières, Clémence Ville attire ainsi l’attention sur le Grand Rhinolophe, particulièrement menacé, qui disparaît des zones trop peuplées et se rencontre surtout, aujourd’hui, dans la zone sud du Livradois-Forez, peu urbanisée. « Il a pourtant un rôle écologique majeur, alors que le moustique-tigre s’est installé dans le Puy-de-Dôme. Car un individu mange jusqu’à 3000 moustiques par nuit », insiste-t-elle.

Le Grand Rhinolophe est une des espèces de chauve-souris dont la présence se raréfie dans une grande partie du Livradois-Forez, en raison entre autres de la pollution lumineuse. – Photo Marie Jullion, CC-BY-SA-3.0,2.5,2.0,1.0 via Wikimedia

La nuit noire a aussi des effets bénéfiques plus directs sur la santé humaine, en favorisant le sommeil et un rythme circadien naturel. Les lumières nocturnes, à l’inverse, perturbent l’organisme et favorisent même certains cancers, dit-elle.

« 4000 points lumineux s’éteignent d’un coup à minuit. »

La chargée de mission plaide pour une notion encore plus impensée : la préservation de la qualité du ciel nocturne, précieuse pour les astronomes, mais aussi pour la sensibilisation et même l’imaginaire du commun des humains. « Un tiers de la population mondiale n’a pas accès à la voie lactée », indique-t-elle. De ce point de vue, le Livradois-Forez apparaît relativement préservé – raison de plus pour éviter de le dégrader. On apprendra ainsi que les trois quarts des communes du territoire éteignent leurs luminaires en cœur de nuit, y compris Thiers où « 4000 points lumineux s’éteignent d’un coup à minuit. »

Éclairer les étoiles

Les enjeux ayant été posés, quelques idées reçues ou au contraire pas assez connues ont été passées en revue par les intervenants. La plus évidente est l’absurdité « d’éclairer les étoiles », alors qu’on voit encore, quoique de moins en moins, des éclairages en forme de boules ou orientés vers le haut, aussi nuisibles qu’inutiles, gaspillant « plus de 50 % de l’énergie consommée par le luminaire : une perte énorme », ont appris les participants. Même une orientation à l’oblique augmente sans intérêt la nuisance.

Autre idée reçue bien ancrée : il est faux de croire qu’une lumière permanente améliore systématiquement la sécurité d’un site. Car elle le rend plus visible et attirant. Un éclairage à détecteur de présence peut dans certains cas être bien plus efficace à dissuader les intrusions, rendues ainsi très peu discrètes.

Il est également souligné qu’une lumière orangée est moins gênante qu’une couleur plus froide, ou que remplacer des halogènes par des leds ne suffit pas à réduire la pollution lumineuse si le luminaire est mal orienté.

Une petite partie seulement du site de SCIE Puy-de-Dôme reste éclairée la nuit, avec des lampes bien orientées vers le sol pour minimiser les nuisances.

En termes de législation, Clémence Ville a rappelé l’obligation si méconnue d’éteindre les éclairages au plus tard une heure après la fermeture d’un bâtiment industriel ou de toute autre enseigne, en dehors de quelques cas d’exception.

« Longtemps on a éclairé sans se rendre compte des nuisances parce que l’électricité n’était pas chère et les collectivités sont restées en roue libre sur ces questions », souligne Hugo Verdera. Les entreprises ne sont pas dans une autre logique.

Options multiples

Partant, les améliorations prônées par le Parc comme par les représentants de SCIE relèvent d’une recommandation essentielle : il n’y a pas une solution unique, mais de nombreuses options qui peuvent se combiner en fonction des contraintes et des besoins, dans une logique d’optimisation.

« Notre recommandation est d’aller vers des éclairages jaune orangé, en led, orientés vers le sol, mais d’abord de se questionner sur l’utilité d’éclairer », insiste Clémence, en donnant les exemples trop souvent observés de parkings de supermarchés sur-éclairés, d’équipements extérieurs jamais utilisés la nuit ou de lampadaires cumulant les erreurs.

De gauche à droite autour de la présentation des préconisations à l’écran : Hugo Verdera, Gaël Chalus et Clémence Ville, les intervenants de la soirée.

Hugo Verdera et son collaborateur Gaël Chalus, responsable des activités éclairage de l’entreprise, ont présenté une gradation d’adaptations, depuis la simple rénovation consistant à remplacer les ampoules trop consommatrices d’énergie, puis l’optimisation consistant en des gestes simples comme la coupure des éclairages ou leur réorientation.

Pour répondre à des problématiques plus complexes, d’autres possibilités existent, comme la détection de présence ou le pilotage des éclairages permettant de moduler les durées et les intensités de façon fine.

« D’abord de se questionner sur l’utilité d’éclairer. »

Car un cheminement piéton ne s’éclaire pas de la même façon qu’un stockage de matériaux sous la surveillance de caméras ; la fréquentation d’un lieu H24 ou des passages occasionnels dans la nuit n’impliquent pas les mêmes contraintes ; une boutique fermant tous les soirs à 19 heures n’est pas comparable à une agence bancaire dont le distributeur de billets est à disposition en permanence…

Le Parc en action

Le tour de l’entreprise accueillant la réunion a permis de découvrir la manière d’adapter un éclairage zone par zone, avec des intensités lumineuses différenciées, le choix d’un allumage programmé à l’année en fonction du lever et du coucher du soleil, une zone spécifique éclairée toute la nuit, etc.

Le maître-mot étant l’adaptation à chaque cas particulier, le parc Livradois-Forez propose d’accompagner les entreprises en effectuant un diagnostic personnalisé, en apportant des conseils, un suivi des actions engagées et même une assistance pour les aider à obtenir le label « entreprise engagée pour la nuit », en cours de création.

Observation des éclairages avec le groupe sur le site de l’entreprise où avait lieu la réunion.

Car le PNR a à cœur de développer une « trame noire » notamment dans le cadre de ses missions de préservation de la biodiversité. L’enjeu étant de mobiliser les entreprises pour rendre leurs activités le plus possible compatibles avec le respect du Vivant.

À en juger par le peu d’affluence à cette réunion, ou par ce qu’on peut voir parfois le soir en traversant certaines zones commerciales ou industrielles, il y a encore un peu de travail pour y parvenir.

Pour s’informer ou se faire accompagner dans des démarches d’optimisation des éclairages ou de préservation de la biodiversité, les entreprises du territoire du parc Livradois-Forez peuvent s’adresser à Clémence Ville, chargée de mission Entreprises et Biodiversité, joignable à l’adresse : c.ville[arobase]parc-livradois-forez.org

Reportage Marie-Pierre Demarty, réalisé mercredi 25 février. Photos Marie-Pierre Demarty, sauf indication contraire. À la une : éclairage d’une entreprise dans la zone d’activité à la sortie de Courpière, avec différentes couleurs aux impacts sont différents.

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