Féminisme et écologie s’allient pour un forum associatif indépendant à Clermont

À l’initiative d’Osez le Féminisme 63, des associations et collectifs d’action féministes, sociaux et de lutte contre le changement climatique se sont réunis au forum Place Libre Écologiste et Féminisme à Clermont-Ferrand le samedi 10 septembre dernier. Leur mot d’ordre : « La surconsommation des ressources naturelles est liée à notre société masculine ».

Par Imco Lanting
Avec Damien Caillard

Une diversité de stands associatifs s’était rassemblée à côté de la Comédie de Clermont-Ferrand samedi dernier, le 10 septembre : de la fresque du climat et Alternatiba au Planning Familial et My Girl’s Street. Plusieurs organisations avec des points de départ, des idéaux et des objectifs différents : certaines se battent pour le droit à l’avortement ou contre le harcèlement des jeunes femmes dans les rues de la Métropole, quand d’autres ont un objectif écologique, social et de justice fiscale.

Ecologie et féminisme : une relation forte, un message militant

Entretien avec Anne-Lise Rias, de l’association Osez le Féminisme 63, à l’initiative de ce forum.

Habituellement, la mairie organise en septembre un événement au cours duquel les associations sociales se présentent, sur la place de Jaude. Pourquoi pas cette année ?

Il y a bien un forum des associations Place de Jaude cette année, en ce moment même [samedi 10 septembre]. Mais la Ville a choisi de le dédier aux sports et de [décaler] en 2023 les associations qui agissent sur toutes les autres thématiques – les arts, la solidarité internationale, la culture, etc. C’est pourquoi nous, associations féministes et écologistes, sommes réunies à côté de la Comédie, un lieu passant, accessible à tous les publics. Et dans le cadre d’un forum indépendant de la collectivité : la “Place libre écologiste et féministe”.

Interview d’Anne-Lise sur le lien entre féminisme et écologie

Comment jugez-vous la décision de la Métropole de se concentrer sur les associations sportives ?

Quel que soit leur sujet, toutes les associations ont besoin d’être mises en visibilité et de compléter leur force bénévole chaque année. La rentrée de septembre est un moment propice pour s’engager, surtout pour les étudiant·es qui arrivent à Clermont-Ferrand et veulent s’intégrer. En mettant en commun nos moyens, nous avons tenu [notre propre forum] et donc répondu à la fois à l’intérêt du public et à des besoins associatifs !

En 2023, le public sera sûrement aussi intéressé par les associations sportives, il est donc attendu que la prochaine édition du forum reflète toute la diversité de la vie associative et engagée clermontoise.

Comment s’est déroulée l’affluence des visiteurs samedi dernier ? Êtes-vous satisfait ?

Si l’affluence a été un peu inégale au fil de la journée et des stands, toutes les associations présentes sont satisfaites d’avoir eu une place et une belle occasion de montrer leurs activités en cette rentrée. Côté Osez le féminisme 63, la bonne surprise est d’avoir reçu une dizaine de cotisations directement sur place en moins de 4 heures.

Quelle était la diversité du public ? Avez-vous atteint les groupes que vous vouliez atteindre ?

En plus des habitué·es qui nous ont témoigné leur soutien, nous avons accueilli des étudiant·es, des personnes qui nous avaient repéré sur les réseaux sociaux avant de venir, d’autres qui travaillent dans des établissements scolaires et sont intéressées par nos activités, des mamans avec leurs enfants, et des responsables politiques locaux en fin de journée. Tous et toutes avec beaucoup de curiosité et d’attentes.

Anne-Lise Rias, une des principales organisatrices du forum avec Osez le Féminisme 63, s’exprime lors du débat mouvant / Crédit photo : Imco Lanting (DR)

Comment ce sujet sera-t-il poursuivi ? De nouveaux liens ont-ils été tissés entre différentes associations ?

Les associations présentes co-existent en fait depuis plusieurs années à Clermont-Ferrand mais elles se connaissent maintenant mieux et découvrent leur complémentarité. En faisant un débat mouvant sur place, nous avons bien vu que tout le monde n’a pas le même niveau d’information et de compréhension des liens entre transitions écologiques, égalité femmes-hommes, monnaie locale et fiscalité. Nous avons encore de quoi discuter.

Y aura-t-il un autre forum ou d’autres actions liées au lien entre le féminisme et l’écologie/le changement climatique ?

D’autres actions oui ! et ça commence dès le dimanche 9 octobre, l’association la Fresque du climat propose un atelier pour mieux comprendre le dérèglement climatique, des membres d’associations féministes sont déjà inscrites à l’évènement, et nous invitons tout le monde à y participer.

Pour l’année 2023, nous réfléchissons encore aux moyens les plus efficaces pour sensibiliser le grand public en même temps à l’écologie et au féminisme. Nous pensons à des séances de ciné-débat, des tables-rondes, peut-être un podcast… que nous pourrons faire si nos associations en ont les moyens et sont soutenues.

Interview d’Anne-Lise sur les modalités d’action

Aperçu de quelques associations présentes au forum

Nous avons pu échanger quelques mots avec les animateurs de différents stands sur la Place libre écologiste et féministe. Ils nous ont résumé leur mission principale, et ont pu faire le lien entre les deux sujets.

Attac 63 (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) – Cette association, fondée en 1998, promeut l’initiative citoyenne nationale contre l’hégémonie de l’argent, pour la justice sociale et la transition écologique. Claudine Sannajust, membre de l’association : « Nous contestons le pouvoir de l’argent sur les gens et la nature. Cette « attaque » comprend une confrontation avec un monde traditionnellement patriarcal. » – Voir leur site web

Le Planning Familial, mouvement militant fondé en 1956 qui prend en compte toutes les orientations sexuelles, lutte pour le droit à la contraception, à l’avortement et à l’éducation sexuelle. Pour Coralie Loridon, « les mouvements qui ont émergé au cours du siècle dernier, pour l’égalité des sexes et les mouvements sociaux, environnementaux et climatiques, défendent tous une vie meilleure pour chacun. Cela les relie, et il est finalement assez logique que nous agissions ensemble. » – Voir leur site web

La Fresque du Climat, jeu sur la transition écologique dans le contexte du changement climatique, créé en 2018. Pour Anne-Sophie Menand, co-référente pour l’Auvergne : « la surconsommation et l’épuisement des ressources naturelles sont liés à notre société masculine. Les changements nécessaires qui attendent le monde entraîneront également des changements dans l’émancipation. Pas nécessairement de manière automatique, mais je crois que les femmes sont plus disposées à changer le monde que les hommes, de manière générale. C’est parce que les hommes ont quelque chose à perdre et que les femmes n’ont que quelque chose à gagner, dans le sens de l’égalité. » – Voir leur page Facebook

Alternatiba 63, association fondée en 2013 pour construire une société écologiquement durable, socialement juste et démocratique. Simon Jeansou, membre de la coordination : « pour moi, l’un des termes qui résume nos idéaux est l’émancipation. Elle est synonyme d’indépendance, et c’est quelque chose que chaque individu mérite d’être. » – Voir leur page Facebook

Autres organisations présentes :

Petite auto-promo : le premier livre édité par Tikographie sur la transition écologique en Auvergne

Echanges et débats sur écologie et féminisme

Au détour de nos échanges, nous avons recueilli des commentaires faits par les visiteurs auprès des organisations participantes. Des messages stimulants de la part d’un public déjà conquis et motivé. Petit florilège :

  • Les femmes sont plus écologistes que les hommes
  • Les hommes mangent plus de viande et utilisent statistiquement plus la voiture que les femmes« 
  • « Dans les pays pauvres, les femmes sont responsables de l’eau et de la nourriture. S’il en manque, ce sont elles qui doivent parcourir des distances toujours plus grandes pour les obtenir. » – insistant sur le fait que, dans les pays pauvres, les femmes sont les premières victimes du réchauffement climatique.
  • Enfin, « Les familles monoparentales, plus souvent des mères seules avec enfants que des pères, sont, plus précaires et ont donc plus de difficultés face aux coûts énergétiques (isolation, passage aux solutions non polluantes. Cela entraîne à son tour des problèmes de santé, etc.« 
Voir la page Facebook d’Osez le Féminisme 63

Reportage réalisé le 10 septembre 2022 par Imco, complété par Damien. Crédit photo de Une : Imco Lanting (DR)