L’écologiste le plus “pragmatique” est-il vraiment celui qui se soucie d’abord d’acceptabilité ?

Par

Damien Caillard

Le

Dans la bataille de la présidentielle, quand on parle d’écologie, on entend beaucoup de “moi, je fais de l’écologie pragmatique”. Autrement dit : “moi, je m’intéresse à des mesures concrètes, des solutions efficaces, que les gens de la vraie vie pourront appliquer” (et qui, souvent, ne seront “pas punitives”, mais c’est un autre sujet).

En miroir, on comprend une pique plus ou moins voilée envers deux autres types d’écologies : celle du rêve, qui développerait des solutions inenvisageables soit parce que non réfléchies, fumeuses, voire …. brrr … “décroissantes” ; et celle de la théorie, ou des études, qui s’intéresse aux grands chiffres du climat et de la biodiversité et dont nous fait part, à intervalles réguliers, des organismes comme le GIEC.

Spoiler : un peu des deux

Mais qui est le plus pragmatique, au fond ? Alerter sur des risques d’effondrement de chaînes alimentaires, de disparition d’insectes pollinisateurs (par exemple) parce que nous – collectivement, institutionnellement – ne sommes pas capables de néonicotinoïdes, n’est-ce pas pragmatique ? Affirmer que l’économie du ski alpin telle qu’on la conçoit aujourd’hui ne sera quasiment plus possible d’ici une poignée de décennies en France du fait du changement climatique, non plus ?

Si l’on fait confiance à la majorité de scientifiques qui travaillent sur les nombreux rapports environnementaux, relayer leurs messages me semble au moins aussi pragmatique que la volonté de chercher des solutions acceptables par tous. Ce sont deux maillons d’une chaîne de valeur qui sont différents mais complémentaires, et nécessaires.

Un pari risqué

En revanche, affirmer que la seule solution viable passe par l’innovation et qu’il ne faudra pas, hélas, imposer une forme de sobriété (ce qui est souvent résumé par l’adjectif “punitif”, un peu simpliste tout de même) : ça, ce n’est pas pragmatique. Nous pourrons parler dans une future chronique du rôle de l’innovation, qui sera nécessaire, mais certainement pas suffisant. Au mieux, c’est se voiler la face ; au pire, c’est de l’incompétence ou de la malhonnêteté. Ou de l’électoralisme.

Image : umsiedlungen sur Pixabay