Quelques pistes dans le maquis de l’Investissement Socialement Responsable, avec Eric Borias

L’ISR : une offre en forte croissance mais peu lisible et très dépendante de l’approche des gestionnaires de fonds, selon le co-fondateur du cabinet Axyne Finance.


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Pourquoi cet article ?

Je me suis personnellement intéressé à la « finance verte » dans le cadre de mon bilan carbone, réalisé avec un ami lyonnais en cours de formation sur la gestion patrimoniale.

En effet, il semble important – dans une démarche de transition écologique – de ne pas placer ses économies dans des « véhicules » financiers qui soutiennent des activités carbonées ou néfastes pour l’environnement.

Or, les avis semblent diverger quant à l’impact réel des placements de ce type. Bien sûr, cela dépendra des labels choisis et des fonds investis, mais il semble important de se renseigner sur les sociétés présentes dans les portefeuilles financiers pour en savoir plus sur leurs actions environnementales. Un travail de fourmi …

Eric Borias était intervenu sur le thème de l’Investissement Socialement Responsable lors d’un salon à Lyon. Je suis allé lui poser quelques questions pour en savoir plus sur son point de vue de gestionnaire de patrimoine.

Damien

L’intervenant : Eric Borias

Associé co-fondateur du cabinet Axyne Finance à Clermont. Président des Business Angels d’Auvergne.


Eric a une formation d’économiste, aux Arts et Métiers. Il a ensuite travaillé principalement dans le secteur bancaire, en gestion de fonds notamment de type ISR. « Je m’y intéresse depuis une vingtaine d’années, alors que ce n’était pas une mode. Je connais donc bien ces fonds. » , précise-t-il.

En 2007, il fonde avec Laurent Cornet le cabinet Axyne Finance, qui propose de la gestion patrimoniale et financière. Basé à la Pardieu, le cabinet propose notamment une offre élargie sur l’ESG. « On peut cibler précisément sur certaines catégories d’activités ESG » souligne Eric. « par exemple sur des sujets précis comme la biodiversité, l’eau, la nutrition … »

Egalement président du club des Auvergne Business Angels, Eric insiste sur l’intérêt des projets de type ESG que l’association peut soutenir. Selon lui, « parce qu’elles correspondront mieux aux attentes du marché, et parce qu’elles valorisent souvent l’économie de proximité. » Et donc parce qu’elles seront plus attractives pour les investisseurs.

Contacter Eric par e-mail : contact@axynefinance.fr

Crédit photo : Axyne Finance (DR)

La structure : Axyne Finance

Cabinet de conseil clermontois en gestion patrimoniale et financière pour les particuliers et les entreprises, avec des spécialisations ESG et fusions-acquisitions.


Axyne Finance couvre – outre la gestion patrimoniale et financière – l’immobilier, la retraite, la prévoyance, l’épargne salariale, et toutes les problématiques personnelles des clients. Elle s’est de plus développée récemment vers les fusions-acquisitions avec la création de la filiale Fusax Partners.

L’offre ESG et ISR y est fortement présente de par l’expertise d’Eric Borias, co-fondateur et associé, qui a travaillé depuis les années 90 dans ce domaine du côté des banques.

Créée en 2007 par Laurent Cornet et Eric Borias, et basée dans la zone de la Pardieu à Clermont, Axyne Finance comptait en mars 2020 six collaborateurs.

Voir le site web d’Axyne Finance


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L’ISR [Investissement Socialement Responsable] est à la mode … En tant que conseiller en gestion de patrimoine, comment cet effet de mode se concrétise-t-il ?

A la question « Êtes-vous favorables au fait d’œuvrer pour la protection de l’environnement et le bien-être au travail ? », plus de 60 % des personnes interrogées répondent positivement. Cela montre l’intérêt pour le sujet … en même temps, cela revient à leur demander s’ils sont pour la paix dans le monde !

Les conseillers n’ont pas toujours les connaissances requises pour proposer des solutions de type ISR.

En tant que conseillers en gestion de patrimoine, nous rencontrons beaucoup de clients désireux d’investir dans des placements dits ISR [qui correspondent à ces attentes]. Ils ont pour objectif de faire évoluer leur mode de consommation et de production et cela impacte leurs choix d’investissements. 

Cela dit, les épargnants sont assez peu informés sur ce type d’investissements car les conseillers n’ont pas toujours les connaissances requises pour proposer ce type de solutions. 

Une image d’illustration un peu « poncif » sur les placements verts. En y regardant de près, l’ISR présente une grande diversité d’approches liées à la stratégie et à la personnalité des asset managers / Crédit photo : Nattanan Kanchanaprat de Pixabay

Quelle est la tendance observée du côté de l’offre ?

Les asset managers [gestionnaires de fonds de placement ou d’investissement] ont fortement “verdi” leur offre. Aujourd’hui, on trouve beaucoup plus de solutions de placement ISR qu’il y a un an. Certains fonds deviennent même “intégralement ISR”. 

Les asset managers ont fortement verdi leur offre.

Rappelons qu’un placement dans un fonds revient à confier son argent à un gérant afin qu’il investisse pour notre compte sur les marchés financiers. Cela peut être des fonds actions, obligataires ou monétaires. Concernant les fonds ISR, ils investissent principalement dans les actions et les obligations.

Pour un particulier, qu’est-ce que cela signifie concrètement d’investir dans de l’ISR ?

[Concrètement,] Cela revient à investir son argent dans des entreprises qui remplissent les critères ESG [Environnementaux, Sociétaux et de Gouvernance]. Le gestionnaire de fonds va sélectionner des entreprises en fonction de leurs activités, de leur gestion et de leurs développements. Ainsi, il peut sélectionner librement les sociétés selon sa propre approche des critères ESG. 

Un gérant pourra par exemple retenir une société comme Total, qui pourrait sembler à priori peu ESG, mais qui se développe de plus en plus vers les énergies renouvelables, ce qui correspond à une approche environnementale. Du point de vue du gérant, l’entreprise visée pourra donc remplir les différents critères du fait de son activité, ou d’une partie seulement, mais aussi des efforts qu’elle réalise. 

Le gestionnaire de fonds peut sélectionner librement les sociétés selon sa propre approche des critères ESG.

Ainsi, le gérant fait une “sélection positive” : il “récompense” le chemin parcouru et la direction prise, même si la majorité de l’activité est non-ESG … Inversement, certaines activités comme le tabac ou l’armement ne seront jamais choisies. A l’inverse, certaines sociétés qui sont 100% dans l’ESG, comme les productrices d’énergies renouvelables, seront d’office sélectionnées.

Lire l’entretien avec Philippe Métais : « la multiplicité des sources d’énergie renouvelables est nécessaire »

Cela ne concerne-t-il que des grandes entreprises ?

Les fonds dits ISR investissent principalement dans des sociétés cotées et donc, mécaniquement, dans des grandes entreprises. 

Prenons l’exemple des fonds gérés par la société de gestion Pictet, asset manager Suisse qui a été l’une des pionnières de l’ISR ; cette dernière gère un grand nombre de fonds thématiques autour de l’eau, de la nutrition ou des énergies renouvelables. Les gérants y proposent des fonds de “grande capitalisation”, de type CAC40, et d’autres en petite ou moyenne capitalisation, dans lesquels on retrouvera davantage de nouveaux entrants.

Le fonds Pictet, basé en Suisse, est selon Eric un des plus reconnus sur le marché de l’ISR. Il propose notamment des approches spécialisées dans plusieurs thématiques environnementales / Crédit photo : Pictet (DR)

Les critères purement financiers restent-ils prépondérants ?

La prise en compte des critères ESG permet de soigner l’image de l’entreprise, mais derrière elle doit se développer, avoir ses propres ressources pour faire face aux chocs. Il ne faut pas oublier que toute société doit faire des bénéfices. 

Les fonds dits ISR investissent principalement dans des sociétés cotées.

Cela dit, clairement – et la crise sanitaire l’a démontré – les sociétés qui ont travaillé sur leur raison d’être sont plus résilientes. Elles ont en effet pour mission d’amortir les chocs sociétaux ou environnementaux, et sont ainsi par nature plus vertueuses et plus agiles. En outre, elles sont plus en phase avec leurs clients en recherche de sens. 

Lire l’entretien avec Laurent Cornet : « l’Etat doit fluidifier le système économique »

Au final, la société doit être pérenne dans le temps … or, les acteurs 100 % ESG sont plutôt jeunes et manquent souvent de recul ou d’historique.

Le greenwashing est-il une vraie problématique dans les fonds ISR ?

Il faut en effet prendre garde à cette tendance. La demande des investisseurs étant grandissante en la matière, nous pouvons rencontrer sur le marché des sociétés de gestion qui développent une approche plus marketing que réellement ISR. 

Le site de production photovoltaïque de Total, via sa filiale SunPower, à Prieska en Afrique du Sud. De par ses activités ENR, et « malgré » son historique dans les hydrocarbures, Total peut être sélectionné dans plusieurs fonds ESG / Crédit photo : Laurent Zylberman pour Total (DR)

Au sein d’Axyne Finance, notre travail consiste à identifier et sélectionner, parmi les 900 fonds ISR proposés en France, ceux qui, de notre point de vue, correspondent réellement à cet engagement, tout en restant prudents en matière d’analyse financière.

Donc l’ISR est, selon toi, un gage de sérieux et de performances ?

Tout à fait. D’ailleurs, dans un contexte de crise sanitaire et économique comme celui que nous vivons actuellement, les sociétés les plus performantes et vertueuses sont celles tournées vers la santé et les nouvelles technologies. C’est notamment le cas des grands laboratoires, dont plusieurs présentent de très belles perspectives de développement tout en affichant une approche ESG intéressante.

Lire l’entretien avec Damien Meyer : « nous sommes dans des maladies d’écosystèmes »

Ainsi, dans ces entreprises, la combinaison des approches ESG et « business » est réellement gage de sérieux et de performances. 

Quels sont les labels ESG qui te semblent pertinents ?

Les deux labels ESG soutenus par le gouvernement sont le label ISR et le label GreenFin. Néanmoins, chaque label a son propre cahier des charges et sa propre analyse des sociétés.

Présentation (et promotion) du label GreenFin sur le site du ministère de la Transition Ecologique

Il existe aussi le label Finansol, délivré par une association pour des placements d’épargne solidaire, qui permet à l’épargnant d’investir son épargne dans des livrets dont la rémunération est, pour partie, reversée à des organismes d’intérêt général. L’épargnant peut ainsi réellement contribuer au financement d’activités génératrices d’utilité sociale et/ou environnementales. 

Chaque label a son propre cahier des charges et sa propre analyse des sociétés.

Les labels sont là pour fixer un cadre, donner une orientation et imposer une certaine exigence aux fonds. Ils peuvent cependant complexifier la lecture pour l’épargnant, voire pour le professionnel. 

Quelle méthode appliquez-vous chez Axyne Finance pour déterminer la meilleure offre ISR ?

Nous avons mis en place une méthodologie très rigoureuse afin de pouvoir proposer une gamme de fonds ISR en adéquation avec nos valeurs, notre éthique et les intérêts de nos clients. 

Dans un premier temps, nous sélectionnons les sociétés de gestion qui ont déjà un savoir-faire reconnu dans l’approche ISR, de par leur expérience et leurs équipes dédiées à cette thématique.

Dans un second temps, nous analysons la stratégie d’investissement des fonds, par rapport à leurs critères de sélection des entreprises, les zones géographiques d’investissement, les performances passées et la résilience des fonds dans les situations de crise. 

Eric est intervenu comme « grand témoin » sur lSR lors du salon spécialisé Patrimonia à Lyon, en octobre 2020 / Crédit photo : Axyne Finance DR)

Au final, quel est l’impact environnemental réel des fonds ISR ?

L’impact des fonds ISR sur l’environnement est difficile à mesurer mais il n’en reste pas moins réel. Nombreuses sont les entreprises qui ont intégré la démarche RSE [Responsabilité Sociétale des Entreprises] dans leur fonctionnement afin de mesurer et d’évaluer l’impact de leurs activités en matière environnementale et sociétale (consommation d’eau, d’énergie, taux d’accident du travail…).

Elles montrent ainsi à leurs clients, salariés et investisseurs leur engagement dans une démarche responsable et durable. Les entreprises ont aujourd’hui conscience que, si elles souhaitent attirer les investisseurs, elles se doivent de mettre en place une telle démarche. 

Pour aller plus loin (lien proposé par Eric) :
le livre blanc sur l’ISR, écrit par Trusteam Finance

Propos recueillis le 9 décembre 2020, mis en forme pour plus de clarté puis relus et corrigé par Eric. Crédit photo de Une : Axyne Finance (DR)